On ne l'apprendra à personne, la Cinémathèque Française rend hommage à notre cher Jess Franco jusqu'au 31 juillet à travers soixante-neuf longs métrages, toutes périodes confondues. La tardive reconnaissance institutionnelle à ceci d'amusant qu'elle met soudain grand nombre de journalistes en demeure de discourir du jour au lendemain sur des œuvres qui courent depuis des décennies. Dans le cas de Franco, la tâche est d'autant plus ardue que ladite œuvre est labyrinthique - en établir un corpus intégral relève du fantasme - et que la très grande liberté qui y souffle a pour corollaire le minimalisme des moyens alloués tout autant qu'un parfait mépris du bon goût et des structures narratives rationnelles.
En d'autres termes, comment trousser une approche synthétique et sans impairs de cinquante ans tribulations incroyables, d'environ deux cent longs métrages, de montages alternatifs à occuper une vie, de retitrages délirants en pagaille et de pseudonymes surabondants (et pas tous revendiqués) quand tout ce fatras Z, cul, sale, underground, trivial, tout ça, est d'habitude l'apanage des seuls experts.
Mission tout aussi impossible que la filmographie en question - pour reprendre l'intitulé de la rétrospective - et quelque soit le sérieux qui préside aux articles, les approximations, les erreurs de chronologie et autres incongruités sont inévitables. La plus belle (et la plus cruelle) boulette est à chercher du côté de la une du Monde daté du dimanche 22 – lundi 21 juin avec cette photo de plateau de The Drowned, segment de Christophe Gans pour l'anthologie Necronomicon (1993) produite par Brian Yuzna, nous enjoignant d'identifier Janine Reynaud en lieu et place d'une Maria Ford squameuse glissant vers l'abîme sous l'œil ravi du co-fondateur de Starfix. Le Necronomicon de Franco [Succubus] (1967) était présenté en ouverture du cycle…
Il y a quelque chose d'ironique, en accord avec la réputation de cinéaste maudit de Franco, dans cette photographie qui substitue de manière si criante un de ses coreligionnaires réalisateurs à l'homme aux dizaines de pseudos. Comme une impossibilité, alors même qu'il reçoit des honneurs qu'il n'a jamais convoité, a jamais obtenir une pleine reconnaissance.
Pour la vaste majorité des lecteurs du Monde, JesùsFranco Manera aura donc les traits de l'auteur du Pacte des loups. " Il n'y a pas plus conformistes que les amateurs de films d'horreur " s'exclamait Jean-François Rauger, programmateur de la Cinémathèque et collaborateur de l'exigent quotidien du soir, lors de son bouillant discours inaugural (visible ici ou jetez un œil sur notre profil) à propos des nombreux amateurs de fantastique qui n'ont eu de cesse de railler Franco et de le rabaisser au rang d'inlassable faiseur d'étrons filmiques. Peut-être, mais une connaissance exhaustive du cinéma (incluant donc un savoir approfondi en matière de productions horrifiques) aurait sûrement permis d'éviter aussi grossière méprise. Gageons néanmoins que l'intéressé, dont les films témoignent d'un goût de la distanciation et d'un humour tout en décalage, ne devrait pas s'en offusquer un instant.
PERVERT ! - un film de Jonathan Yudis le jeudi 12 juin à 20h30 au STUDIO
Pervert!
USA / 2005 / 81' / VOSTF Prod. : Jonathan Yudis, Zach Mosley, Mike Davis pour Infinite Films et Stag Films
Réal. : Jonathan Yudis
Dir. art. : William Moore
Cost : Azalia Snail
Effets spé., anim. prod. : Timothy Johnson
Réal. claymation : Corky Quakenbush
Photo : Guy Livneh (Super 16 mm couleurs & NB – 1.85 : 1)
Mont. : Michael T. Fitzgerald Jr. Fitz
Mus. : Elliott Goldkind, Matt Piedmont
Mus. superv. : Mike Davis
Son : Dolby SR
Scén.: Mike Davis
Int : Mary Carey (Cheryl), Sean Andrews (James), Darrell Sandeen (Hezekiah), Juliette Clarke (Patty Veroce), Sally Jean (Alisha), Jonathan Yudis (le mécanicien/ voix du Perv), Tula (l'auto-stoppeuse), Candice Hussain (Marissa), Malik Carter (le narrateur), Edmund Johnson (le sorcier vaudou), Aurelie Sanchez (Coyote), Lucia (Montage babe ), William Yudis (le fils du mécanicien) … et The Perv.
Première projection : 05/10/2005 (Harmony Gold Theatre, Hollywood) – Inédit en salles en France (présenté dans la sélection Censured au WEEKEND DE LA PEUR 2007)
Projection DVD - Interdit - 16 ans
James, étudiant introverti, décide de passer ses vacances d'été dans le ranch isolé de son veuf de père, lequel manifeste une prédilection pour des beautés fortement poumonnées dont la vitalité ne saurait éreinter ni le barbon ni le rejeton. Passées quelques cabrioles, les rondes maîtresses ont la fâcheuse habitude de succomber à de sanglantes attaques nocturnes. Bien que le paternel aime à exprimer une nature artiste et bouchère dans des sculptures féminines agrégeant diverses pièces de viande, n'est-il pas trop tôt pour crier au dangereux pervers alors que la région fourmille de tempéraments défiant la normalité et que James lui-même peine à assumer une virilité par trop vagabonde ?
Tourné en à peine plus de deux semaines sous un soleil de plomb et pour la modeste somme de 50 000 $, Pervert! n'a rien d'un laborieux décalque cherchant cyniquement à capitaliser sur l'œuvre outrancière du regretté Russ Meyer même si l'obsession mammaire de ce dernier jalonne le métrage avec une irrésistible absence d'inhibitions.
Avec humilité, Jonathan Yudis ne se pique pas de rivaliser avec l'intensité dramatique de la première époque du Maître (les tendus Le Désir dans les tripes [Mudhoney] et Faster, Pussycat ! Kill ! Kill !), ni avec les impressionnantes expériences de montage de sa période exubérante (Mega ou Ultravixen).
En bons amateurs de culture pop travaillés par l'envie de célébrer les images qui les ont nourris et de détourner les clichés y afférents, Yudis et son scénariste Mike Davis optent pour une narration quasi-instinctive s'adonnant à un constant mélange des genres qui détermine la véritable identité de leur film.
Pervert! alterne ainsi érotisme, comédie, horreur et animation en volume(s) avec l'arbitraire qui régit nombre de bandes d'exploitation,assurant ainsi pléthore de décalages, surprises et raccords imprévisibles dans la grande tradition des productions désormais estampillées Grindhouse.
L'esthétiquePlayboy, les comic books, le Frank Hennelotter de Frère de sang [Basket Case ] et d'Elmer Le Remue-méninges[Brain Damage], les tatouages de Billy Bob Thornton dans U-Turn, des ambiances réminiscentes d'obscures séries B, les élans champêtres de Bollywood, les musicothèques des années 70, les chromos de l' Americana comme des téléfilms à l'eau de rose, le gore potache, un sens du grotesque qui tutoie le temps d'une séquence les visions infernales des fictions japonaises les plus démentes... un nombre considérable de références plus ou moins conscientes cohabite harmonieusement, mieux : se mélange, s'interpénètre sans heurt, et sans temps mort.
Pris à sa juste mesure (ni plagiat complaisamment nostalgique ni film auteurisant prétendant discourir des méfaits du cagnard sur une Amérique fruste) et dans la limite de ses ambitions de garnement (majoritairement actualisées avec succès), Pervert! est une déclarationd'amour tordue à la culture populaire, voire à la sous-culture la plus crasse, dont la désarmante spontanéité et la fausse désinvolture ne pouvaient que nous émouvoir. Au point d'en faire l'ultime film de cette saison de Cannibale peluche et de déplorer que les sorties estivales ne nous promettent pas d'aussi déviantes réjouissances.
Hyacinthe Cannibale
Sexe ! Gore ! Liberté ! Peut-on mieux résumer Pervert! ? Pour en juger, rendez-vous donc au Studio ce jeudi 12 juin à 20h30, pour la dernière Cannibale Séance de la saison ! Au programme, nous vous avons concocté quelques petites surprises (dont des DVD à gagner en collaboration avec Néo Publishing, éditeur français du film ).
Mus. : Osamu Shôji ; " Hold Me In The Shadow " int. par Hitomi Toyama
Son : Dolby Stereo
Scén. : Kisei Choo d'après un roman de Hideyuki Kikuchi
Int : Yûsaku Yara (Taki Renzaburo), Yoshiko Fujita (Makie), Ichirô Nagai (Giuseppe Maiyart), Takeshi Aono (Mr. Shadow), Mari Yokô (la femme-araignée), Arisa Andô (la masseuse), Kôji Totani (Jin), Tamio Ohki (l'hôtelier)
Distr. : Japan Home Video / Video Art (Japon) / Dybex (France)
Sortie : 19/04/1987 (Japon) – Inédit en salle en France
Projection DVD - Interdit - 16 ans
Quoique fort occupé par sa double fonction de représentant en électronique et de Garde Noir au service de la paix entre le monde des humains et celui des démons, le viril Taki trouve néanmoins le temps de fréquenter les bars à la recherche d'une conquête d'une nuit. Mal lui en prend car la docile élue s'avère être une beauté arachnéenne à l'intimité gloutonne. A quelques jours de la reconduction du pacte de non-agression entre les deux univers, des terroristes protéiformes à l'appétit sexuel carnassier s'échinent ainsi à compromettre une paix fragile. Taki se voit alors adjoindre Makie, beauté glaciale enfantée par les ténèbres, avec pour mission de protéger Giuseppe Maiyart, diplomate garant de la signature du traité et " vieux coq fripé " dont l'âge avancé est inversement proportionnel à la verdeur...
Wicked City est le deuxième long-métrage de Yoshiaki Kawajiri après Lensman[SF Shinseiki Lensman]space opera réalisé en 1984 d'après les écrits de E.E.''Doc''Smith. Formé au sein de Mushi Pro, fondé par Osamu Tezuka (le fondateur du manga moderne), Kawajiri participera à l'animation de Kureopatra[Cleopatra, Queen of Sex] lorsque le studio s'aventurera, dès le début des années 70 sur le terrain d'une animation plus mature et plus expérimentale. Cette prédilection pour le film pour adulte trouve chez lui sa première vraie expression lorsqu'il s'attelle à nouveau, en 1987, à l'adaptation d'une œuvre littéraire, en l'occurrence le premier roman d'une trilogie due à Hideyuki Kikuchi, un des piliers du fantastique locale.
L'objectif n'est cette fois plus de dérouler une geste spatiale mais de transposer à l'écran ce qui à l'époque tenait de l'impensable : un thriller gothique émaillé de péripéties sexuelles grotesques (au sens nippon du terme) ouvrant sur une représentation fantasmatique autant que mythologique des vamps et autres femmes-pièges qui ont hanté la littérature pulp et le film noir.
John Carpenter avec The Thing (1982) et David Cronenberg (toute sa filmo !) avaient pavé la voie d'un cinéma de l'horreur organique, des métamorphoses de la chair. Ne restait plus qu'à pousser l'audace jusqu'à propulser le concept à la lisère de la pornographie en puisant dans un imaginaire japonais déviant remontant aux estampes dédiées aux commerces visqueux, en passant par l' Eroguro (érotisme grotesque) cher au romancier Edogawa Ranpo et au cinéma de la cruauté de Teruo Ishii sans préjudice des débordements sordides des Roman Porno de la Nikkatsu les moins amènes.
Ce genre " tentaculaire " où les organes sexuels mâles connaissent de multiples figurations métaphoriques allant du squameux au rugueux - contournant ainsi malicieusement la censure pour s'adonner aux spectacles les plus dantesques - fera des émules variablement inspirés en animation comme en prises de vues réelles pour finalement intégrer un imaginaire populaire débordant largement le cadre de son public initial. On en trouve récemment des traces jusque dans le final de Silent Hill (Christophe Gans ; 2006) ou encore le Drown World Tour d'une Madonna qui s'ébattait sur fond d'extraits d'anime dont la très chaotique saga Urotsukidôji (1987-1995) à laquelle Wicked City est fréquemment comparé.
Semblable généalogie vouée aux noces de la mort et du sexe ne doit pas faire oublier ce qui fait le prix de Kawajiri : un romantisme tranchant avec le cynisme souvent mercantile des autres artisans du registre hentaї (" pervers ") une virtuosité rompue à l'économie de moyens, des obsessions graphiques et chromatiques, enfin, une sympathie jamais démentie pour les personnages de durs à cuir dont l'intégrité est mise à l'épreuve par un système qui les relègue au rang de pions. Rien d'étonnant dès lors à ce que les frères Wachowski aient fait appel à lui en 2003 pour réaliser (Programme) ou scénariser (Record du Monde) deux segments de l'omnibus Animatrix.
Adulé par les frangins de la Matrice, Guillermo del Toro, Todd McFarlane ou Tsui Hark maître d'œuvre en 1992 de The Wicked City[Yiu sau dou si], nouvelle adaptation, live celle-ci, Yoshiaki Kawajiri ne connut pourtant jamais les honneurs des salles obscures en France, à l'exception de quelques festivals et conventions. Trop proche du Bis par ses outrances salées et ses références à la crème du cinéma de genre occidental comme asiatique, trop ancré dans l' "action " voire l' " exploitation " pour revendiquer une valeur ajoutée culturelle à l'heure où la japanimation connaît un relatif anoblissement, Kawajiri continue, vingt-cinq ans après ses premiers pas à la réalisation, à faire partie de ces auteurs inconnus du grand public mais dont chaque nouveau projet est ardemment guetté par les initiés.
THE RED SHOES - un film de Kim Yong-gyun le 24 avril à 20h30 au Studio
The Red Shoes
Titre original : Bunhongshin
Corée du Sud/ 2005 / 108' (Director's cut) / VOSTF Prod. : Shin Chang-gil, Peter Kim, Kim Kwang-su, Park Hyon-tae pour Generation Blue Films, Cineclick Asia, Cinewise Films, Sovik Venture Capital
Réal. : Kim Yong-gyun
Dir. art. : Im Hyeong-tae, Jang Pak-ha
Photo : Kim Tae-gyeong (Couleurs – Cinémascope 2.35 : 1)
Mont. : Shin Min-gyeong
Mus. :Lee Byeong-wu
Son : Dolby Digital
Scén. : Kim Yong-gyun, Ma Sang-ryeol d'après le conte de Hans Christian Andersen
Int : Kim Hye-su (Sun-jae), Kim Seong-su (In-cheol), Park Yeon-ah (Tae-soo), Ko Su-hee, Jo Deok-jae, Jeon Hanssen, Park Pal-yeong, Kim Yeong-jun, Lee Eol (caméo), Sa Hyon-jin (caméo)
Distr. : DCG+/ Showbox (Corée du Sud) / Pathé en association avec Des Films (France)
Sortie : 30/06/2005 (Corée du Sud) – Inédit en salle en France
Version longue - Interdit - 16 ans
Epouse dévouée et calcéophile invétérée, Sun-jae surprend son mari en pleine partie de jambes en l'air avec une inconnue prolongée de talons aiguilles bleus empruntés à sa collection. Elle quitte alors le domicile conjugal avec sa fille Tae-soo pour un appartement aux couleurs de son mal-être. Une paire de chaussures fuchsia trouvée dans le métro sera l'adjuvant nécessaire pour que l'épouse bafouée retrouve confiance en elle et noue une nouvelle relation avec In-cheol, décorateur en charge des travaux de son futur cabinet d'ophtalmologie. Alors que Tae-soo prête à son tour de puissantes vertus aux chaussures, leur emprise provoque un drame d'une violence inouïe. Commence une double enquête entrecroisant le passé sanglant lié au fétiche et le secret entretenu par Sun-jae autour de sa séparation..
Second film de Kim Yong-gyun après l'inédit Wanee wa Junah (2001), The Red Shoes s'inspire librement du conte de Hans Christen Andersen tout en s'inscrivant dans la mouvance pléthorique des films de fantômes asiatiques - ou hollywoodiens - capitalisant sur le succès de Ring [Ringu](1998) ou Dark Water [Honogurai mizu no soko kara], chef-d'œuvre aqueuxde 2002, tous deux de Hideo Nakata, Ce qu'on assimilerait trop hâtivement à une énième resucée trouve néanmoins une tonalité personnelle grâce à ces chaussures volontiers tachées de sang et dont le fuchsia à intensité variable symbolise autant une quête éperdue de féminité qu'un appétit formel quasi maniériste.
Le chef opérateur Kim Tae-gyeong et le compositeur Lee Byong-woo sont ainsi vivement sollicités pour plonger la quasi-totalité du film dans une atmosphère fantastique via des éclairages saturés trouant des pans d'obscurité, des objectifs inusités et une musique dissonante. En résulte une approche panachant attention psychologique et tours de force baroques telle cette très graphique scène de meurtre utilisant le verre brisé à la manière d'un Dario Argento. D'œuvre traitant du fétichisme et de l'illusion obsessionnelle du bonheur et de l'unité grâce à un artefact, The Red Shoes devient à son tour, par contagion, un film fétichisant l'image.
La version longue inédite du métrage, refondu à l'occasion de l'édition DVD, fait bifurquer la production d'horreur attendue vers le thriller horrifique. Si la structure de la version salle s'en trouve pertinemment modifiée et la part fantastique minorée (moins d'apparitions spectrales, compression des flashes-backs explicatifs), c'est pour mieux s'attacher au présent tourmenté de Sun-jae. A la résonance d'un crime vieux de deux générations, Kim Yong-gyun favorise les dérèglements induits par de récentes et oppressantes zones d'ombre. La réincorporation d'inserts gore ou sexuels - rabotés pour l'exploitation grand public - ne s'apparente pas ici à un argument racoleur mais accentue la cruauté des situations.
Proche des grands axes thématiques de Nakata (focalisation sur l'héroïne, rapport mère/ enfant), Kim Yong-gyun sait aussi s'en démarquer par un pessimisme fort peu consensuel, nous rappelant ainsi que les fantômes les plus redoutables sont ceux qui grouillent en notre for intérieur et finissent par nous dépouiller de notre humanité.
En complément de programme, Pure laine vierge (2006) d'Emmanuel Malherbe nous convie à la découverte d'un autre fétiche vestimentaire tout aussi dévorant.
LA CHUTE DE LA MAISON USHER - un film de Roger Corman du 26/03 au 08/04 au Studio
La Chute de la maison Usher
Titre original : House of Usher
Autres titres : The Fall of the House of Usher / The Mysterious House of Usher / I Vivi e i morti / La Caída de la casa Usher / O Pyrgos ton kataramenon / Die Verfluchten / Der Untergang des Hauses Usher / Dom Usherów / Gäst i skräckens hus / Kirous / Usherien talo / Usherin talon häviö / Vieraana kauhujen talossa / Ondskabens slot
USA./1960/85'/VOSTF Production : Roger Corman, James H. Nicholson pour Alta Vista Productions,American International Pictures (AIP)
Réal. : Roger Corman
Photo: Floyd Crosby(Eastman Color - CinémaScope 2.35 : 1)
Dir. Art. : Daniel Haller
Cost. : Marjorie Corso
Effets photo. : Larry Butler (Lawrence W. Butler), Ray Mercer
Effets spé.: Pat Dinga
Montage. : Anthony Carras
Son: Phil Mitchell - (Mono)
Musique : Les Baxter
Scénario : Richard Matheson d'après la nouvelle d'Edgar Allan Poe
Int : Vincent Price (Roderick Usher), Mark Damon (Philip Winthrop), Myrna Fahey (Madeline Usher), Harry Ellerbe (Bristol), Eleanor LeFaber, Ruth Oklander, Géraldine Paulette (fantômes crédités), David Andar, Bill Borzage, Mike Jordan, Mike Jordor, Nadajan, George Paul, Phil Sulvestre, John Zimeas (fantômes non crédités)
Première (Palm Springs) : 18/06/1960. Sortie (USA) : 20/07/1960
Distribution : Films sans Frontières
En des terres désolées, le précieux Roderick Usher vit reclus dans sa demeure. Son hypersensibilité ne lui accorde de répit qu'auprès de sa sœur Madeline. Lorsqu'un importun s'aventure à contrarier leur trouble routine et à solliciter les faveurs nuptiales de la belle, le maître des lieux n'entend pas se contenter de crier « Madeline » pour qu'elle revienne. L'ancestrale corruption familiale, imprégnant chaque pierre de la maison, pourrait bien faire de celle-ci le tombeau des Usher…
Deuxième incursion de Roger Corman dans le fantastique brumeux et costumé après l'étrange galop d'essai de The Undead (1956), cette version de La Chute de la maison Usher s'avèreradécisive. Point de départ d'un mémorable cycle consacré à l'œuvre de Poe (huit films en cinq ans), elle constitue en outre un jalon essentiel de la vague gothique qui inspirait alors aussi bien l'Angleterre (Le Cauchemar de Dracula de Terence Fisher, 1958) que l'Italie (Le Masque du démon de Mario Bava, 1960).
En optant pour le CinémaScope couleur – une première pour un film d'horreur américain -, Corman y travaillait un subtil équilibre entre économie de moyens ancrée dans la série B, symbolisme chromatique hypnotique et accès baroques aussi parcimonieux que saisissants. Soit ce qu'on est en droit d'attendre d'une adaptation : une trahison inspirée et personnelle.
Dans le rôle de Roderick Usher, Vincent Price s'impose comme l'un des derniers monstres sacrés du fantastique. Il impressionnera durablement le jeune Tim Burton qui lui rendra hommage avec le court-métrage Vincent (dont il sera le narrateur) avant de lui offrir sa dernière apparition à l'écran sous les traits du créateur d'Edward aux mains d'argent.
Séance présentée par Cannibale Peluche, l'association cinéphage au doux pelage
Le mardi 1e avril à 20h30
dans le cadre de ses exhumations et redécouvertes de films hors normes.
(Film programmé du 26 mars au 8 avril)
Le Studio - 3 rue du Général Sarrail Le Havre
« Le cinéma fantastique n'étant que le miroir des préoccupations parfois morbides de son public, il entra dans l'ère atomique peu après Hiroshima. (...) Beaucoup crurent que le fantastique traversait une nouvelle période de gloire. Seuls les amateurs de science-fiction y trouvèrent leur compte.
Pourtant un spécialiste de la série B et de films à petit budget trouva une nouvelle source d'inspiration. Le mélancolique macabre de Poe avait toujours séduit les Américains. Roger Corman, en 1960, demanda pour la première fois, à ses producteurs Nicholson et Arkoff, un vrai budget. Habitué à réaliser deux films pour le prix d'un, il mit en chantier, cette fois, un film pour le prix de deux 17. « The House of Usher » d'après The Fall of the House of Usher » d'Edgar Allan Poe. Il utilisa, dans le role principal, Vincent Price, qui avait déjà fait quelques apparitions depuis 1939 (« Tower of London »), puis s'était affirmé en tant que vedette grâce à un (sic) interprétation dans « The Fly » de Kurt Newman en 1958. Il allait devenir l'un des principaux représentants de la nouvelle génération de stars de l'épouvante18.
Price et Corman s'attaquèrent, ensemble, à une grande partie de l'œuvre d'Edgar Poe, fidèles à l'esprit du grand écrivain, et derniers rescapés du film d'horreur américain.
17. Le budget ne dépassa pas 300 000 dollars, mais la phrase est anecdotique.
18. Price avait, en outre, été la « vedette » d'un film de 1940. Il est difficile de se souvenir de son visage dans ce film : il s'agissait de « The invisible man returns ».
Bénichou, Pierre Jean-Baptiste, Horreur et épouvante, Paris, PAC Collection Têtes d'Affiche, 1977, p.36.
« Tous ces exemples de séries, de cycles, de sous-genres traités et répétés jusqu'à l'épuisement révèlent un opportunisme mercantile manifeste, la formidable capacité de Corman à exploiter ses idées, à leur conférer un véritable pouvoir commercial, allant même jusqu'à générer des modes et courants. Cette démarche d'approfondissement d'un sous-genre, d'un cycle, voire d'un unique thème (les infirmières, les courses de voitures, les gangs de rebelles...) est aussi l'évidente illustration d'une spécificité fondamentale du travail cinématographique qui est avant tout une pratique de la répétition, de la copie sans fin ; remake, absence de la notion « d'original », copie du réel, copie de ses propres formes, copied'autres formes populaires, résurgence perpétuelle d'un même propos... le cinéma n'a de cesse de jouer sur les différentes variations des effets de reproduction et de répétition. Corman fait donc fonctionner le médium filmique dans ce qu'il a de plus spécifique, en utilisant la puissance de l'itération des propres formes du cinéma afin de créer tendances, attente et engouement de la part du public. »
Foresti, Guillaume,Corman Lovecraft: la rencontre fantastique,Paris, Dreamland,Collection CinéFilms, 2002, p.48.
« L'équipe Corman
Afin de mettre à profit ses ambitions artistiques et d'optimiser son désir constant de création, Corman s'entoure d'une équipe que l'on retrouve de film en film, qui fait partie intégrante de son processus de mise ne scène, et qui participe de l'élaboration de la silhouette de l'univers cormanien. Rarement, un cinéaste aura su comme Corman rester ainsi fidèle à ses collaborateurs et à ses acteurs afin de créer une réelle complicité de création et une osmose artistique indéniable.
Collaborateurs
Outre la présence récurrente des monteurs Ronald Sinclair (quinze films) et Charles Gross (huit films), des musiciens Les Baxter (six films) et Ronald Stein (seize films), des scénaristes Charles B. Griffith (douze films) et Charles Beaumont (quatre films), et du directeur artistique Daniel Haller (dix-sept films), on s'arrêtera ici exclusivement sur le chef opérateur Floyd Crosby et le scénariste Richard Matheson dans la mesure où ils sont particulièrement représentatifs de ce principe de création collective en ayant su parfaitement se modeler aux désirs cinématographiques du réalisateur, afin de contribuer puissamment à l'élaboration du monde cormanien, tout en parvenant à conserver leur style et à mettre en image leurs propres obsessions. »
Un des nombreux plaisirs de la cinéphilie tient à la lecture rétrospective des critiques ayant accompagné les sorties en salle du temps jadis. On se reportera, à titre d’exemple, au numéro 6 de Mad Movies dont le fac-similé est proposé en complément de la parution de ce mois. Datée d’octobre 1973, il ne s’agit rien de moins que de la première publication française à avoir proposé un dossier consacré au cinéma hongkongais, et plus spécifiquement à ses productions martiales, au point de s’autoriser la suprême audace de célébrer Bruce Lee en couverture. En 1973 ! A une époque où la distribution massive et irraisonnée de ces films débordait une critique bien pensante trop prompte se pincer le nez devant tant de violence et de codes barbares (soit 99% de la profession de l’époque, et il y a des survivants) !
Au-delà des compliments que méritent encore cette entreprise de défrichage et l’ouverture d’esprit qui la caractérisait, ce numéro se révèle d’une lecture indispensable pour appréhender la réception de l’ex-colonie britannique en France. Vingt-et-une pages initiatiques offraient au lecteur nécessairement en mal de repères une approche honnête, ludique et documentée, à l’aune des rares sources d’information alors disponibles.
De chroniques variablement enthousiastes en synopsis parfois monolinéaires, on apprend à y distinguer les films de sabre des "Karaté-soja" autrement appelés "Western-bambou" - eh oui ! le terme kung-fu tardait à aborder nos doux rivages -, on y trie le bon grain de l’ivraie (sont ainsi salués les classiques La Rage du tigre et Les Griffes de jade ainsi que les films du Petit Dragon), on y identifie, enfin, les interprètes les plus marquants tels David Chiang et Ti Lung, " deux des plus sympathiques acteurs du cinéma chinois ". L’adjectif fera sourire par son paternalisme inconscient, et ce n’est pas le moindre intérêt de cette réédition que démontrer que quelque fût le sérieux et la passion qui ont présidèrent à la rédaction de cette appareil pionnier, la prose des mieux disposés n’échappait pas aux jeux de mots douteux et autres facilités condescendantes en vigueur dans la presse de " bonne tenue ", il est vrai lourdement encouragée par force détournements, titres d’exploitation grotesques et autres doublages éthylico-consternants.
Petit florilège de citations abasourdissantes à remettre impérativement dans leur contexte :
" Il ne faut donc pas consommer le petit Chinois n’importe comment "
" Fantastique combat organisé contre le Mé-Chang du coin. "
" Un des premiers films de sabre vu en France, hélas celui-ci ne passe plus depuis la marée jaune que nous connaissons actuellement. "
" La distribution française a attrapé la jaunisse. Est-ce à dire qu’elle est malade ? Est-ce un bien ou un mal ? Seul l’avenir nous le dira. "
Ouf ! Trente-cinq ans plus tard, on se dit qu’on a échappé à de belles crises d’angoisse. Sans parler de la déferlante porno qui n’allait pas tarder à redoubler cette " invasion " des écrans, suscitant à son tour semblables inquiétudes.
Signalons pour faire bonne mesure que le dossier est illustré de quelques coquets pavés de presse dont l’ intérêt historique ne saurait se discuter.
Ce long préambule – exquis épanchements du blog : on digresse, on musarde... – pour dire qu’un spectateur de Vampyros Lesbos a eu la délicatesse de faire don à l’équipe de Cannibale Peluche d’un lot d’exemplaires de la défunte revue Téléciné couvrant dans sa largesse une bonne décennie (1956-1967) d’analyses éclairées/éclairantes et aussi, il faut bien, de jugements à l’emporte-pièce d’une lecture salutairement drolatique en ces longues soirées d’hiver. [1]
On garde quelques perles par-devers nous, mignonnes grenades toutes d’hilarité assassine à dégoupiller en temps et en heure, mais, dans l’immédiat, impossible de résister au plaisir de reproduire les opinions concernant deux films chers à nos yeux : Le Cauchemar de Dracula, qui fit les beaux jours de la saison dernière et se voit ici malmené avec un sens aigu de l’indignation puritaine, et La Chute de la maison Usher, dont il conviendra de franchir le seuil au CINEMA LE STUDIO DU 26 MARS AU 8 AVRIL. Coup de bol : le Corman s’en sort mieux que le Fisher.
Téléciné n° 82, mai 1959.
Téléciné n° 116, mai-juin 1964. Les moins dissipés auront rectifié d’eux-mêmes : le film est bien américain et date de 1960.
Hyacinthe Cannibale
[1] Qu’il en soit à nouveau remercié ! et qu’il soit également assuré de recevoir le programme de nos prochains méfaits.
Après une longue pause - sa deuxième et précédente édition remonte à 2004 au bar havrais L'Apple Pie - le festival d'animation ZOOTROPE reprend de plus belle, cette fois à cheval entre Rouen et Le Havre. Retrouvez ci-dessous tous les renseignements pour adresser vos courts-métrages au Collectif d'en Face.
Cannibale Peluche vous tiendra évidemment au courant des dates et de la programmation.
Le Collectif d'en Face organise ZOOTROPE, un festival du court-métrage d'animation qui se déroulera au mois d'octobre 2008 à Rouen et au Havre.
Si vous désirez participer au festival, envoyez-nous vos productions sur DVD (10 minutes maximum) avant le 6 juillet 2008 à l'adresse suivante :
Hélène Lefrançois
1 place du docteur Alfred Cerné
76000 Rouen
Pour toutes questions, contactez Hélène Lefrançois par mail : helene.lef2@voila.fr
On ne pouvait pas passer à côté, il était de notre devoir de relayer l'information, et vous savez à quel point Hyacinthe Cannibale et Cunégonde Peluche sont consciencieux ! Alors voilà : l'Etrange Festival, rappellons-le annulé dans son édition parisienne cette saison et qui depuis quelques temps déjà a fait des petits en province (Strasbourg depuis 13 ans, Lyon pour la première fois du 26 au 30 mars 2008), sera fidèle au poste cette année dans notre belle région, à Caen (pour sa 5éme édition), et c'est ce week-end !
Au programme (attention, c'est du copieux !) :
Vendredi 22 Février - Le Cargo l'Atelier du Film Court propose un programme vidéo en préambule à l'étrange festival. Puis trois groupes se succéderont : Cocktail et son… cocktail de rock'n'roll, de playback, d'énergie, de sérieux sans se prendre au sérieux, de sueur et de rires. Second concert, second univers. Celui de Darling : vibrant, écorché, intimiste, touchant d'intensité, et n'est pas sans appeler les mélodies de Pj Harvey, Interpol et autre Shannon Wright… La Confédération du Bricolage, trio de musiciens, s'échange ordinateurs, guitares, claviers, violon et autres outils sonores, et propose un affrontement « downtempo headbangin' electro rock from hell improvisé » quelque part entre Unsane et Dälek. Adepte d'un breakcore furibard et saturé où s'entrechoquent électro tordue, hip-hop ravageur, guitares métal, et samples de jeux vidéo et de dessins animés, Princesse Rotative aime faire de la musique qui provoque des sensations fortes. Avec: L'Atelier du Film Court Princesse Rotative Cocktail La confédération du bricolage Darling
Ne ratez donc pas cette programmation hors-norme (allez, Caen, c'est quand même pas si loin !), en tout cas Cannibale Peluche sera présent au rendez-vous, et il n'est pas interdit de penser que vous aurez sous peu et dans ces pages un petit compte-rendu forcément Etrange de cet évenement !
La fin de semaine s'annonce chaude dans les salles havraises, alors cela méritait bien un éclairage sur ce qu'il faut voir en priorité, de manière à ne rien louper, attention c'est parti :
Une soirée Tim Burton pour commencer, au Sirius le jeudi 31 janvier à partir de 19h30, où vous pourrez (re)voir Les Noces Funèbres suivi de son petit dernier, Sweeney Tod en VOST, + un court metrage surprise, le tout pour la modique somme de 8 euros (moins cher qu'une place chez XXX !!!).
Une manière de faire le bilan sur ce que Burton était devenu avant de renaitre peut-être avec cette dernière livraison qui s'annonce bien plus sombre et gore...?
Réponse ce jeudi donc.
Le lendemain, vendredi 1er donc, Elu par cette crapule vous propose une soirée "Cinéma d'avant garde Autrichien" à partir de 19h00, un florilège de films expérimentaux (oui, autrichiens, vous avez bien compris), en 16 mm.
Et ce n'est pas fini, puisque le Studio programme à partir de demain 30 janvier jusqu'au 12 février (séance du 05 février présentée par Youri Deschamps)Perfect Blue, le fantastique Manganimé pour adultes de Satoshi Kon, qu'on ne peut définir autrement qu'en terme de chef d'oeuvre définitif et culte (non non, je n'en fais pas trop). Incontournable !
Alors avec ce programme bien chargé, bonne semaine à tous !
Richard Recher est décédé dans la nuit du 29 au 30 décembre 2007.
Cannibale Peluche présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.
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Je ne connaissais pas suffisamment Richard pour dresser de lui un portrait qui lui rende justice. Voici juste quelques souvenirs, en lien avec ce qui nous avait réunis, des fois où nous nous sommes croisés et où il m'a invité chez lui.
Difficile, en effet, pour un cinéphile havrais un tant soit peu curieux de ne jamais avoir taillé le bout de gras avec Richard au moins une fois et de ne pas l'avoir sollicité pour dénicher quelque série B improbable.
Je l'avais rencontré il y a cinq ou six ans lors d'un vide - greniers place Vavasseur. Il y tenait un stand imposant ; un bonheur pour l'amateur de cinéma fantastique qui avait délaissé la période " classique " au profit des marges et des entreprises les plus déviantes.
Impossible de ne pas entamer la conversation : la Hammer, ces petits films de monstres américains des années 50 qu'il adorait rechercher sans se faire d'illusion sur la réelle valeur de la majorité d'entre eux, les serials, d'impayables nanars qui avaient marqué au fer rouge sa mémoire de jeune cinéphile tels Le Mort dans le filet de Fritz Böttger, aberration ouest-allemande avec Barbara Valentin avant qu'elle ne gagne la troupe de Fassbinder… Il avait ses genres fétiches : le western – américain seulement ! - et le cinéma d'aventure.
Le Mort dans le filet (1960) et sa bébête qui vous laisse des séquelles durables
Pour le ciné populaire italien, son enthousiasme était bien moindre sauf pour Le Géant de lavallée des rois et quelques rares autres. Sur un plan purement technique, il ne se faisait pas à la réalisation et au découpage des productions transalpines. Et puis, le spaghetti western marquait la démythification des héros, l'apogée des mal rasés amoraux, l'escalade dans une violence cynique, parfois grotesque, à force d'hyperréalisme.
Bref, la fin de cette époque "naïve" du cinéma qu'il chérissait et sur laquelle il était intarissable, une époque où le cinéma était soucieux d'assurer en premier lieu une fonction de divertissement, de vous coller des frissons en racontant avant tout une histoire. On ne tombait finalement d'accord sur pas grand-film. Il percevait très bien ce qui était à l'oeuvre dans bon nombre de films à partir des années 60, et qui le rebutait. Les mêmes éléments me ravissaient.
Au-delà de ces divergences, de ces questions de génération, son enthousiasme et son érudition l'emportaient sur toute autre considération. Comme ce devrait toujours être le cas. Sûr que le jour où je m'attaquerai à la filmo de Randolph Scott, j'aurais une pensée pour Richard.
Un passionné, en somme, qui avait sa conception propre du cinéma mais avait l'intelligence et l'ouverture d'esprit de garder un oeil sur ce qui se faisait à côté. Toujours content de dire qu'un chaland avait trouvé dans ses bacs un film invisible depuis des lustres.
Je me rappelle d'un dimanche où avec son ami Eric, ils m'avaient invité à leur stand afin que je liquide quelques Z poussiéreux qui m'envahissaient. Ils se blaguaient mutuellement sur leurs goûts. Au bout du compte, je leur ai embarqué bien plus de films que je n'en ai vendus. Evidemment.
Il m'avait convié à lui rendre visite, ce qui donna lieu à quelques samedis après-midi de longues discussions, entrecoupées de passages de ses amis. Il recevait, beaucoup. Il me rappelait fréquemment quand nous étions au téléphone que je pouvais passer l'après-midi de mon choix, je devais juste penser à appeler la veille pour m'assurer qu'il serait là.
Richard faisait partie de ces personnes qui vivaient leur passion et savaient la rendre vivante, prenant du plaisir aux échanges qu'elle générait plutôt que de s'abîmer dans la collectionnite stérile.
Parlant collection, je me souviens des cahiers où il avait répertorié la liste idéale de films qu'il s'était fixé pour but de trouver et revoir ; des copies d'affiches, de photographies qui attendaient de trouver leur emplacement définitif. L'avènement de la VHS et la multiplication des chaînes satellite lui avais permis de se constituer une vidéothèque riche en séries B totalement méconnues, parfois enregistrées sur des chaînes allemandes sans sous-titres ! The Trollenberg Terror vous connaissez ?
The Trollenberg Terror (1958), affiche italienne. Pour faire marrer Richard.
Et puis il y avait la salle de projection qu'il s'était aménagée ! Derrière l'apparente nostalgie perçait une conception romantique du cinéma, un désir de retrouver ne fût - ce que brièvement un émerveillement de gamin. Je me rappellerai toujours de la fois où il m'avait expliqué qu'il lui arrivait de se livrer à un petit rituel avant de lancer un film : il sortait et refaisait le chemin vers la salle avant de prendre place. Instants d'attente qui précédent la (re)découverte, sas que l'on traverse jusqu'au dernier palier avant l'immersion… Comme dans un vrai cinoche.
Depuis un peu plus d'un an, il s'était lancé dans l'aventure du fanzinat à tirage ultra - restreint sur abonnement. Rédigé, mis en page, imprimé