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Nienna

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Jun 1, 2008

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Tuesday, June 17, 2008

14:57 - De l’huile dans le moteur / Et de l’eau dans le gaz
Current mood: botaniste

Post mixture. Ne pas tester à domicile.

DE L'HUILE DANS LE MOTEUR...
...parce que ma chère Kreestal m'envoie ce message que je m'empresse (que je m'enduis, même) de transmettre à feu vif, et qui reparle des huiles de vidange dans les huiles pas-de-vidange-mais-de-table :

Ils vont y arriver à nous empoisonner tous !
>
INFO  
> Rappelons brièvement les faits :
> - La société Saipol, propriétaire de la marque Lesieur, et grossiste en huile, a acheté à vil prix un lot de 40 000 tonnes d'huile de tournesol ukrainienne.
> - Exerçant son métier, cette société a revendu avec profit cette huile à d'autres multinationales de l'agroalimentaire.
> - Un contrôle a posteriori a mis en évidence la présence frauduleuse dans ce lot d'huile minérale destinée à la lubrification des moteurs.
> - Même s'il n'est pas établi que ce mélange peu ragoûtant soit méchamment toxique, eussions nous eu affaire à des gens responsables que ce lot eût immédiatement rejoint la seule destination qui lui seyait : la poubelle.
> - Que croyez-vous qu'il arriva ? Ces empoisonneurs dont l'avidité autant que la veulerie sont sans limite, ont néanmoins décidé d'utiliser sciemment cette huile pour composer leurs produits de merde.
> - Le pire, c'est qu'ils ont eu l'accord des autorités (françaises et européennes) qui ont décrété que tant que les produits n'en contenaient pas plus de 10%, personne ne devait tomber trop malade.
> - Ils ont 40000 tonnes à écouler, un peu plus de 5000 pour la seule France. Cela fait eviron 100 grammes de saloperie par habitant à faire ingurgiter !
> - La Grèce , dont les autorités semblent moins irresponsables que les nôtres, vient de réagir et d'interdire l'utilisation de tous les lots depuis le 1er janvier. Mais chez nous, dans nos hypermarchés, il y a donc en ce moment dans des produits contaminés à l'huile de moteur ! C'est le Canard Enchaîné qui a révélé l'affaire il y a 2 semaines, avec des reprises le jour même dans la presse nationale. Puis plus rien, tout le monde s'en fout. La semaine dernière, le Canard publie une liste de marques et des types de produits concernés. Aucune réaction cette fois. Enfin hier, le Canard publie des notes internes de l'ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires), qui montrent l'envers du décor, comment les industriels vivent la crise, en chiant dans leur froc et priant que l'info ne soit pas reprise et que le temps efface rapidement cette histoire.
> Il a été décidé hier en réunion de crise à l'ANIA de ne pas répondre au Canard enchainé formellement. Un projet de communiqué de presse, préparé la semaine dernière, a été réactualisé. Le communiqué de presse ne sera pas diffusé en proactif. Nous attendons la prochaine parution du Canard Enchaîné et les éventuelles reprises par la presse pour réagir.
> Par rapport à l'article de mercredi dernier,cette nouvelle parution n'apporte pas d'éléments clés supplémentaires et n'est pas à la Une du journal. En revanche, de nombreuses marques sont citées, ainsi qu'une liste à la Prévert de nombreux produits incorporant de l'huile de tournesol, ce qui n'était pas le cas la semaine dernière mais que l'on craignait.
> Ces gens là sont capables d'importer n'importe quelle denrée alimentaire de l'autre bout du monde, dans le seul but de gagner de l'argent. Ils n'ont plus la moindre emprise sur la "traçabilité" des produits qu'ils achètent ainsi, qui peuvent être trafiqués, bourrés de pesticides ou de n'importe quelle autre merde. Et qu'ils ne viennent pas prétendre le contraire, puisque cette sombre affaire en fournit une preuve éclatante.
> D'ailleurs un produit importé au prix le plus bas est une quasi certitude de mauvaise qualité doublée d'exploitation des humains qui ont servi à le produire, triplée d'une pression sur l'emploi et le salaire des salariés français.
> Ce sont les mêmes qui vendent leurs produits au prix fort en geignant sur la hausse des matières premières, et nous gavent de pubs ineptes avec enfants blonds et mamans épanouies qui éprouvent un plaisir intense à bouffer leurs saloperies suremballées dans d'affriolants plastiques aux couleurs vives.
> Il faut lutter contre ces pratiques ! Ils faut lutter contre ces salopards ! Et il faut rappeler à Monsieur Delanoë que c'est ça, le libéralisme !
> Comme on l'a vu, leur plus grande trouille est que le nom des marques s'ébruite, ce qui pourrait occasionner une baisse de leurs ventes et de leurs sacro-saints profits, qui les aveuglent à un point tel qu'ils sont capables pour cela d'empoisonner leurs clients sans remords.
> Alors dénonçons les, ces sinistres pleutres ! Et vous camarades lecteurs, relayez l'information ! Selon vos moyens, parlez-en autour de vous, dans vos blogs, dans vos journaux, et surtout, CITEZ LES MARQUES, c'est de ça dont ils ont la trouille !
> Les marques concernées, à boycotter d'urgence et durablement, sont les suivantes :
> Lesieur, bien évidemment, puisque leur avidité est à l'origine du problème et toutes les marques du groupe :
> Fruit d'or
> Epi d'or
> Frial
> Isio 4
> Oli
> Carapelli
> Saupiquet
> Toutes les marques du groupe Unilever , par exemple

Amora
> Planta Fin
> Maille
> Knorr
> Magnum
> Miko
> ....
> Les poduits les plus susceptibles de contenir de l'huile empoisonnée sont les suivants :
> Mayonnaise
> Tarama
> Sauce Béarnaise
> Chips
> Vinaigrette allégée
> Surimi
> Céleri Rémoulade
> Soupe de poisson en conserve
> Poisson pané
> Paupiettes de veau
> Thon et sardines à l'huile
> Pates à tartiner chocolatées
> Gaufrettes à la confiture
> Barres céréalières et sucrées pour les enfants
> Cookies


> Merci d'avance, et faites tourner !



Voilà, ça c'est fait.

DE L'EAU DANS LE GAZ...
...Parce qu'on consomme comme des fous mentaux, qu'un milliard d'humains (!) n'a pas accès à l'eau potable, ce petit coup de gueule parfaitement non documentée mais empiriquement inattaquable :
Je trouve passablement débile le fait que les magasins bio & autres sympathiques boutiques naturelles affichant du "I love my planet" à tous les rayons, vendent sans vergogne des litrons de sels de bains, boules de bain, machins colorés pétillants de bains et potions mégasuperbiopleinesdelabelpartout de bains.
...Parce que, de base, si on a envie de réfléchir *un peu* aux arcanes causales du "I love my planet"... ben ... on en prend pas ... des bains.

(Ici, un smiley de bon aloi)

Remarquons tant qu'à faire que c'est un peu le même type d'incohérence (oui car je me prends la tête sur l'incohérence, au milieu des rayons hors de prix de la Biocoop :D), avec les gels douche bio. Bon OK c'est bio ça fait bien et tout, (et non pas bain ce qui est déjà un progrès), *mais* :
    - c'est un flacon en plastoque
    - c'est du gros gaspi par rapport au savon -- je ne parle même pas de la savonnette, ça va m'agacer :D
      - et euh c'est tout. (je réfléchis aussi sous la douche mais comme c'est neuralement le matin, je me rappelle moins bien de mes conclusions douchatoires)

Si vous avez d'autres incohérences de ce staïle à signaler, foncez. :D

DU BEURRE DANS LES EPINARDS...
...Parce qu'il faut bien trouver un sous-titre qui n'a rien à voir avec mes expériences culinaires du moment. Donc je ne vais pas du tout préparer ça, mais plutôt un petit tajine de navets aux dattes et miel, et continuer à parfumer mes vins, mais shuuuut :P
(Il faudra un jour que je raconte la tête de mon aïeule quand je lui narrai les affres de l'omelette aux cerises, de la tarte à l'hibiscus et de la confiture de butternut ^^)

DU COEUR A L'OUVRAGE...
...Mais en fait, nan. :D
Pourtant j'aime bien cette expression ! C'est juste qu'il est l'heure que l'on indique usuellement au Dr Schweitzer, là.
Donc, la honte, j'avais des liens de pétitions, que j'ai perdus avant de les poster ici -- sachant qu'ils viennent peu ou prou des mêmes endroits : RESF, NaturaVox, Greenpeace, Avaaz. Mes excuses si je ne mets pas les liens ^^

DU SABLE DANS LES YEUX...
...Parce qu'il est l'heure de retrouver ma lecture adorée de ces temps-ci, Les Contes du Vagabond de Claude Mamier. :-)

End of the mixture. Un peu bâclée, je vous l'accorde, mais faut aimer les mélanges. Politique et omelette, ou rhum et figues, ou eau et feu. Ou ?

La prochaine fois, nous reviendrons sur l'absence d'entretien avec quelqu'un de courageux, mais pas ce jour-là, ni ce jour-ci non plus, qui ne répondait strictement rien. Jamais.

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Monday, June 09, 2008

15:22 - Dédicaces Album Toulouse -- la review de moi que j’ai
Current mood: Signet(te)

...Plus trop le temps de blogguer dans le détail, ces jours-ci. Alors je me contente de mettre le lien vers la petite ou plutôt très longue review tout juste pondue pour le Fofo de La Lune Mauve, par ici la review, en page deux. :-)

Et une review n'arrivant jamais seule, voici également le lien du soir / blog de Nébal vers de belles et bonnes photographies de l'événement.

Et voilà, si l'on ajoute que ce lundi démarra par une excellente nouvelle top-chut, continua par du champ's au taf, twice, et se termina par encore du ramassage de coquelicots rouges à en crever et fins à en pleurer, l'on peut en conclure que j'ai vécu des lundi plus dégueulasses.

:-)

***

La prochaine fois, nous reviendrons sur l'ébouriffant entretien avec la guide de l'inauguration du Centre de C'est Vraiment Sérieux Pour De Bon Et Tapa Fini D'En Chier, qui répondait tout le temps "oui oui c'est vrai, on vit le long du rail porte-malade, mais c'est pratique, la vitesse est constante", et un cône d'encens pour l'inconstance, un.

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Saturday, May 31, 2008

03:17 - "Il est samedi après-midi et je suis encore à Pékin"
Current mood: Minuit à sa porte

...Ainsi commence le dernier mail que je viens de recevoir, d'une personne très proche, qui est effectivement en Chine ces jours-ci.

Les témoignages directs sont souvent des... directs, ou des uppercuts, donc sans vouloir dévoiler trop de choses personnelles, je vous livre quelques extraits de cette correspondance...

(...)
A propos des grands nombres usuels ici :

- les ouvriers qui travaillent dans la fabrication electronique et informatique, ordinateurs, telephones portables, appareils de photo numeriques, sont 3 millions en Chine. Les tres mauvaises conditions de travail dans ce domaine, conditions connues et acceptees par les multinationales qui les emploient, touchent donc 3 millions de personnes. Salaires tres bas, accidents que l'on pourrait evieter tres nombreux, heures supplementaires dementielles et pas toujours payees, par exemple 140 heures par mois pour une personne - alors que le droit du travail les limite a 36 h/mois, un jour de conge par mois etc. Ils dorment sur place, a' 14 a' 16 personnes par chambre de 20 m2. Et les multinationales richissimes qui sont les patrons ferment les yeux ou bien disent que ce n est pas vrai ... Bref, en faisant depuis 20 ans "tout pour l'economie", on viole ici sans arret les droits du travail, et de la pire des manieres.

- on dit que des dizaines de millers de kilometres de fils electriques sont par terre, ainsi que des millers de poteaux electriques  - un ouvrier de la campagne disait, a' la television d'Etat qu'il etait heureux : avant, il gagnait, pour faire vivre sa famille, 20 euros par mois, oui, vingt, maintenant il gagne 80 a' 100 euro par mois : le luxe !
(...)

Voilà, c'était pour vous faire partager cela. Je-sais-que-vous-savez, et sans doute bien mieux que moi, mais je ne vois pas mieux qu'essayer de *passer*, de faire les passeurs, de tenter de transmettre les paroles les plus *live* possibles, des témoignages quoi.
Je n'ai compris que tout récemment l'importance cruciale de ce recueil-là, en discutant avec un gars palestinien qui va chercher la parole des vieux, dans les camps, des vieux survivants de la Naqba, et qui a vraiment de la distance "vigilante" pour les infos qui circulent sur les sites, de site en site, et qui selon lui sont un peu toujours les mêmes.
(Bon vous me direz, qu'est-ce que je suis en train de faire, là, sinon de "numériser" une information concrète et de la rendre un peu virtuelle... Pffff putain c'est vraiment compliqué)
Il ne s'agit pas de la même histoire que pour la Chine bien sûr, mais sur le principe du témoignage, ça me fait penser à ça. Certainement que les plus historiens d'entre vous connaissent ce débat, là aussi, bien mieux que moi. :-)

***

Sinon, je sais que ça fait longtemps que je n'ai pas blogué, ni transmis de pétitions ou d'articles. Chaque jour il y a au moins une info qui me claque à la figure, un chiffre, une histoire, une petite action à tenter. Et j'ai un peu -beaucoup- -à la folie- faibli dans la transmission de ça, j'avoue, je suis sur d'autres combats. Individuels et collectifs, on va dire.
(Oui parce qu'il faut toujours choisir entre différents combats, qu'on n'arrive pas à pousser les murs du Temps, et c'est très très relou !!)

So, en vitesse et en mode bâclé :

- tiret copinage : pour la page myspacienne de Cadaqués, aller simple, dont j'ai ouï la lecture publique, après l'avoir lu et relu, et que je trouve toujours très bien (comme beaucoup) et très sombre (comme personne).

- tiret sonore : pour mes récentes découvertes d'Omasphere (qui a le bon goût d'être un peu pyrénéen, il faut croire) et de Sabazios et ses compositions aquatiques. Sans compter le concert d'Ez3kiel, plein de monde multiforme, très prenant et même lacrymal dans mon cas. Picon-larmes, et un vraiment beau moment.

- tiret du chapeau : beaucoup, moult, plein, trop d'articles de Courrier International, que je ne peux linker séparément, parce que je suis un peu addict à ça, et que je ne sais plus jusqu'où je peux faire partager mon ressenti sur ce que j'y lis. Et à partir de quand ça ne sert plus à rien. Je ne sais pas. Donc je continue de temps à autre, à remettre le lien du journal, au cas où. :-)
(Mais j'ai fini par m'abonner ^^)

- tiret sur la corde : sur les cordons de la bourse même, parce qu'ayant grillé toutes mes économies et un peu plus, j'ai quand même souscrit à Avant l'Hiver - Architectonique des Clartés de madame Silhol Léa, et à sa splendide couverture. :-)
***

...Tous ces éléments, comme vous l'avez deviné, sont complètement reliés entre eux.

La prochaine fois, nous reviendrons sur le serrement de coeur vers la fin du mail dont je vous entretenais, qui parlait de Tianjin -grosse ville industrielle proche de Pékin- et qui disait " La minuscule boutique tibetaine en plein centre ville a, comme c'etait previsible, disparu, ainsi que toutes les autres du quartier d'ailleurs, au profit d'un gigantesque machin tout en verre et pas encore fini."

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Tuesday, May 06, 2008

08:45 - Roundope - Les pissenlits ne lui disent pas merci
Current mood: Crevasse

Piochée ce matin via NaturaVox, cette contre-affiche de l'association Eaux et Rivières de Bretagne, qui a le mérite de la clarté -- et de ne pas aimer le RoundUp :

... Et comme ça, on sait quoi dire quand vient le moment de bourrer le mou à tata pour qu'elle arrête d'acheter son désherbant affreux. Voire lui donner envie de (re)voir La constance du jardinier (The constant gardener) ce super film bien flippant.

Point trop le temps d'en dire plus, là. La prochaine fois, nous reviendrons sur les angoissantes plongées dans la cinématographie de la malbouffe, où ma mauvaise conscience se vautre avec (non, pas délices) mauvaise conscience, justement. Le glaçant Notre pain quotidien et le terrifiant Fast food nation pour commencer, le précurseur Soleil vert pour continuer, We feed the world en attente, et j'en oublie mais je suis sûre que vous avez des idées.

Ah, et bien sûr, le désormais tristement célèbre docu sur la firme Monsanto, pour se désherber la tête, mais là je ne vous apprends rien. ;-)

 

Lecturing : Ambre / Babel Tour
Audioturing : Vent libertaire
Mangeuring : mon poing (facile, certes. Mais c'est la fin du post ainsi que des haricots)

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Friday, April 25, 2008

02:44 - Peaux de chagrin
Current mood: floconneuse

Culpabilisation & frissons dans le dos - UN :

(Piqué dans Le Monde du jour)

***

Culpabilisation & hauts dans le coeur - DEUX : le rapport de la CIMADE sur les centres de rétention, transmis et commenté par RESF.

***

La prochaine fois, nous reviendrons sur l'entretien inconnu que je suis censée avoir dans cinq minutes.

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Monday, April 21, 2008

04:51 - Monter en y pensant
Current mood: avalanche

Spécial dédicace à ceux qui se reconnaîtront, ou pas.

Ai trouvé ce texte de Bernard Amy sur Mountain Wilderness (un endroit où on parle de montagne en ramassant ses mégots, pour esquisser). Que je livre tel quel, pas irréguliers et chemins pentus inclus...

* * * * *

Monter en y pensant
   
08-11-2007


de Bernard AMY

 

   ai toujours été un peu gêné quand quelqu'un
Oh ! Vous savez, je ne suis pas alpiniste. La montagne, je la pratique à un niveau très modeste

Pourquoi faudrait-il faire une différence entre celui qui quitte la vallée et s'engage sur le sentier montant, et celui qui est déjà là-haut ? Celui encore tout près des hommes, et celui plus près du ciel.  Celui sur le ruban de terre qui prolonge les terres, celui sur ces pierres où commence le ciel. Et d'abord, qu'est-ce que la montagne, je veux dire l'alpinisme ?
On dit souvent       Celui qui revient est différent de    Oui, c'est peut-être un cliché. Mais tout usé qu'il soit, un cliché garde trace de ce qui l'a d'abord porté      Trouver l'idée première sous le cliché     Celui qui revient est différent de celui que l'on a vu partir     Et marcher, escalader, c'est d'abord partir       Partir pour aller vers ce qui barre l'horizon        Le montagnard est homme des obstacles, et toujours pour rêver de les franchir     Et s'abîmer dans le franchissement : monter, d'abord pris tout entier par l'effort, possédé par cette force toujours prête —et peu d'hommes en connaissent l'exacte mesure— toujours prête mais que bien souvent l'esprit et son corps ne savent libérer que dans les épreuves —ou bien est-ce l'épreuve qui l'impose, qui par sa force oblige à la force mimétique ?      Tout entier pris, puis soudain libéré, se retournant, et découvrant "l'aventure stupéfiante du monde", et se sentant enfin porté par la "puissance du bonheur palpable", et, parce qu'emporté par le bonheur, saisi par l'envie d'aimer, envahi par l'envie de vivre, et se demandant     Est-ce cela l'enchantement ?     Et en même temps : pourquoi croire que l'enchantement puisse être différent ? Homme de col ou homme de sommet, l'envie de vivre n'est-elle pas la même ? Col ou sommet, l'ascension semblable ?       Question de définition peut-être     Ou plutôt, trouver tout ce qui définit la chose en la faisant
Oui, gêné. Et alors :
Vous, pas un alpiniste ? En êtes-vous sûr ? Vous n'êtes pas un pur citadin. Vous allez en montagne, je crois.

Oui, oui, mais de la randonnée seulement. Pas plus. Pas l'escalade, et en tout cas pas au niveau où vous

Pourquoi vouloir tant que nous ne soyons pas semblables ? Je sais qu'à un moment précis         Là, à l'endroit précis où lui s'est arrêté de monter, et où moi je me suis assis dans l'herbe au retour de ma course, là au bord du sentier, lui et moi sur le même bout de planète, touchant la même terre, et nos regards        Sont-ils différents, nos regards, lorsqu'ils balaient lentement, paisiblement, avec tout le bonheur possible l'espace au-dessus des profondeurs et s'arrêtent sur les montagnes sœurs de la nôtre, là-bas à niveau, à même hauteur     Oui, le bonheur se mesure-t-il ? le mien plus grand que le sien, parce que venu d'en haut ?      Mais lui, peut-être plus fort que moi parce que plus loin de lui-même    Ou peut-être plutôt, ni plus ni moins fort            Chacun avec ses forces mises à nu, et c'est ça qui compte         Chacun qui a fait son pas le plus haut aujourd'hui : cela ne suffit-il pas ?

Je sais, la montagne est la même.    Mais vous pourtant      Non, jamais je ne pourrai      J'admire que vous puissiez     Là-haut, là d'où vous venez, rien n'est fait pour l'homme, c'est l'homme qui doit se faire pour elle, la montagne     Alors que moi, je sais bien que le sentier a été fait pour l'homme, pour moi qui ne suis qu'un homme qui marche    Non, non, l'alpiniste c'est vous, pas moi

Toujours gêné de s'entendre ainsi élever     Mais pourquoi gêné    Il n'est pas faux que je me suis élevé, et au point le plus haut      Et m'élevant, je sais bien qu'une part de moi se voit au-dessus des autres, et se montre, toujours, en appelant l'en-bas, en faisant signe, en racontant, en écrivant, chaque fois incapable de ne pas dire      Et se montre pour que celui d'en-bas ait à lever la tête et me montre dans son regard cette admiration, cette reconnaissance qui m'élèvera        Monter pour s'élever dans l'esprit de ceux qui restent   Monter pour se grandir      Vers le sommet et donc loin des hommes   Devenu le temps d'une course le veilleur de Jean-Paul Hameury : "Ils se tiennent là-haut, les veilleurs, à l'aplomb du passage, attendant que le désespoir nous verse où ils demeurent"      Mais pour être monté en escaladant plus haut que lui qui a marché, lui ai-je pris sa place de veilleur?
Il faut des veilleurs de pente proche à qui ceux qui vivent dans les plaines demandent simplement de voir au-delà de l'horizon     Et des veilleurs des cimes, qui pourront dire ce qui vient de plus loin et appartient au monde par-delà le ciel     Lui, veilleur d'en bas, moi, veilleur d'en haut, "n'attirant ni n'exhortant mais simplement marquant le lieu…"   Tous les deux guetteurs de vent, jouissant de sentir nos regards qui élargissent le monde
Et tous les deux, moi sur mon sommet, lui sur le replat de son col, rêvant déjà des sommets et des cols révélés, mais sachant bien qu'à la fin tous les deux nous trouverons sous nos paumes appuyées sur la pierre froide le même regret      "Le regret de l'autre versant, et le souci de cet autre temps où, s'en allant vers toute fin, nous pensions vivre d'avantage"
Mais non ! Même sans se dire que nos fins se rejoindront parce que le dernier regard sera le même d'être pour tous inimaginable, même sans cela encore une fois       La même terre, la même pierre souterraine, le même ciel au-dessus, plus vaste et plus profond que l'espace inverse de la vallée, tout cela fait la même montagne, non ?      Et si l'alpinisme est un art qui      Dire plutôt : fait partie de ces arts qui enseignent à "entendre le silence et à voir l'invisible", pourquoi pourrait-il être noble ou vil ?     Petit ou grand selon la distance du ciel ?     L'altitude du geste mesurerait la hauteur de l'action ?      Non ! La vraie hauteur est celle qui sépare le geste du but, la décision de l'accomplissement     "Du premier pas dépend le dernier". Mais le dernier n'est rien sans le premier       Il n'est pas du haut sans le pas du bas     L'alpiniste : celui qui fait le premier pas, et le fait montant ?  Puis s'élève encore, et au-dessus s'élève plus haut que l'au-dessus
L'un marchant, l'autre escaladant, mais chacun mesurant le monde de son pas       L'un, pas régulier et paisible, l'autre, pas inégal et toujours à calculer     L'un, pas qui se fait oublier et donne au regard tout l'esprit à emplir, l'autre, pas qui emplit l'esprit tout entier puis chaque fois le laisse assez vide pour donner place à la totalité du monde        Mais tous deux mesurant la pente, arpenteurs de pierre ou de terre dure, allant entre l'espace du vide et la matière du plein, entre l'impalpable lumière des étendues profondes et la substance qui se tient derrière la pente ou la paroi

Mais pourquoi gêné ?  … vrai que j'étais là-haut, très au-dessus de lui. Je voudrais qu'il n'en soit pas ainsi ?
Pourtant : être alpiniste, c'est peut-être tout simplement
Vous savez, Monsieur, nous aimons la même montagne parce que nous y aimons la même vie, je crois        Comment vous dire       On est alpiniste dès qu'il y a une pente, oui, c'est ça, l'équilibre sur la pente, et le sommet pas forcément comme un but, mais comme un amer vers quoi faire aller sa vie
Le temps d'un jour        Pour construire du présent assez solide pour être trame des jours futurs

… Gêné dès que quelqu'un s'excuse de n'être qu'un randonneur
Et plus s'il insiste : Oh ! Vous savez, ma montagne n'est pas la vôtre, elle est tout à fait modeste

Gêné : alors que faire d'autre que sourire pour lui dire que nous sommes semblables     Semblables dès que la pente est là     Je sais, il veut être un simple randonneur    Mais comment lui dire que le plus difficile est de partir, et de commencer de monter ?

Voyez-vous,  moi, jamais     Il s'excuse de n'être qu'un simple randonneur   Mais ne le fait-il pas pour être contredit, pour que je lui dise mais non, mais non

D'habitude je souris, puis je dis : "Oh ! Vous savez, l'alpinisme commence là où l'on doit se tordre les chevilles pour marcher". Il sourit à son tour. Au fond de lui, il le savait. Il y a en tout homme une part de lui-même qui, sans toujours se le dire, regarde la montagne comme une terre familière, sait que l'alpinisme a été mis dans le cœur des hommes depuis toujours, et pressent qu'être alpiniste c'est tout simplement accepter la montagne en soi.


  * * * * * * *


La prochaine fois, nous reviendrons sur les pierres qui roulent.

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08:49 - Polynectar du soir - (Dés)espoir
Current mood: évidée

Post multimixé à base de trucs divers et en désordre.
(J'avoue que ça me sert aussi de pense-bête).


Primo : un peu de mauvaise conscience politique, avec le film contre la rétention de sûreté, reçu depuis La Bande Passante et disponible sur L'Autre Campagne.

Segundo : un peu de vadrouille middle-west, avec ce roadie-blog sur les traces de Kerouac.

Terzzio : un peu de green-clics dans tous les sens, avec une barre d'outils (trop) pleine de liens en veux-tu en voilà et même si t'en veux pas c'est la même. Plus sobrement nommée Ecolo-info.

Quatrièmementizzio : un peu de coeur à l'ouvrage. Sans clic et sans soleil mais parce que, y a besoin parfois.

Cinquantièmientizzitio : un peu de pub copinage mais pub quand même pour un super petit bouquin "Cadaqués, aller simple", auteur Philippe-Marie Bernadou, poète libraire de son état, édition L'Arpenteur. L'histoire d'un effacement, et d'une pérégrination surréaliste dans une ville qui ne l'est pas moins. Avec une héroïne nommée Léa, même que. :-)

SixSixSix-izzio : un peu d'instructive lecture avec ce gros dossier "Le Tibet sous tension" chez Courrier International.

Septimo : est encore et toujours un chiffre coolesque. Et mon inspiration bloguesque me planta là, sous la pluie du lundi.

***

La prochaine fois, nous reviendrons sur le surréaliste entretien avec un enfant de cinq ans, mien ami, qui répondait tout le temps "Dessine-moi un Minotaure", et même qu'après exécution il était "exactement comme ça", et ben ouais.

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Tuesday, April 15, 2008

04:49 - Semblant - by Drac
Current mood: Sans paroles



A la source : le blog de Drac, called Histoire de rêver.

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Monday, April 14, 2008

04:24 - En Vrac
Current mood: Autre.Autre.Autre.Autre.Autre.

Pas le coeur à détailler. Plus le temps de faire dans le détail.

Donc en musique et en silence, B.O.en vrac pour emotional landscapes, @Björk.

Ez3kiel - Naphtaline
Camille - Pâle septembre
Dresden Dolls - Missed me
Mademoiselle K - Grimper
Manson - The nobodies
Muse - (plein)
Eminem - ?
Billie.

etc.



La prochaine fois, nous reviendrons à la surface.

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Wednesday, April 02, 2008

16:36 - Pas du Piémont - J7
Current mood: Suppliante

Sept petits jours sur la voie du Piémont...


Septième jour : Bagnères-de-Bigorre => Lourdes – 29 km environ (dont ... 28 en voiture)


En voiture donc. Petit déj prolongé et copieux au Chat Ronfleur de Bagnères, et départ en camionnette.
Le gardien est très cordial, ne me juge à aucun moment. Pourtant j’ai un pincement. Moi je me juge. Je me vois faisant ce trajet-là assise, motorisée, passive. C’est si facile ainsi, et ça pert tellement de son intérêt. En dépit des anti-inflammatoires, mon genou ne me lâche pas, donc de toute façon je pense que j’aurais été bloquée en pleine montagne. Mais quand même. Je me sens un peu frustrée, et j’ai peur pour mon voeu.

J’ai tenu à tout prix à arriver jusqu’ici, pour diverses raisons (non religieuses d’ailleurs). Je ne sais pas si arriver en voiture, ça « compte » quand même. Et puis je me suis un peu habituée à me lever et marcher, là je ne suis déjà plus dans ce truc-là, c’est passé beaucoup trop vite (pourtant les journées étaient longues), il n’y a donc plus de sens, déjà ?

Il me laisse à la Cité Saint-Pierre de Lourdes, où je dois loger. Les 24 dernières heures vont être légèrement surréalistes.


Je suis à ce centre du Secours Catholique très tôt, puisque venue en voiture. Ils reçoivent des pèlerins (ça a d’ailleurs été tout un poème pour réserver) qui font le chemin mais aussi énormément de gens qui viennent à Lourdes parce que c’est Lourdes.

C’est une grosse usine ce truc, en plus il y a la semaine spéciale où cinq ou six mille gamins anglais handicapés viennent de concert, plus une tripotée de bonnes soeurs hindoues, plus d’autres gens encore, plus tout un tas de bénévoles à bloc, du style que je ne détaillerai pas pour ne pas être méchante, mais bon, on voit le genre. Ça bourdonne de partout, gros contraste pour moi !

Et je suis littéralement envahie par un monsieur retraité, bénévole lui aussi, souhaitant vraiment se mettre en quatre pour moi, et donc ne pas me lâcher une minute de la journée, en fait. Il me suit ou plutôt me précède à l’accueil, puis à mon bâtiment, puis au self, puis au café, puis vers la kiné belge expatriée (qui elle pense que j’ai une entorse), puis me propose la veillée aux flambeaux, la Grotte, la messe du lendemain, wow wow, je prends la fuite fissa et vais mettre le nez et le bâton boîteux dans le centre ville.

Là c’est un déferlement de nationalités, sauf que tout le monde a l’air un peu pareil. Une enfilade un peu écoeurante de boutiques à bondieuseries, vierges en plastique pleine de flotte (et non de poudre ^^), des trucs assez cocasses, d’autres déstabilisants, cinquante hôtels au mètre carré.
Enfin, je m’en moque, j’avais besoin d’arriver ici parce qu’il y a une gare pour le retour, et puis pour d’autres raisons.

Le soir venu, entrée se voulant discrète au même self, où mon bénévole me remet le grappin dessus, par pour longtemps heureusement, il est quelque peu refroidi par ma description et mon sentiment des activités de cette ville. Les marchands du temple et tout le tintouin. (Ce à quoi l’on peut parfaitement objecter que je n’avais qu’à aller ailleurs ! En effet, je saurai me souvenir que si le presbytère a été un moment assez terrible dans le bon sens, cette usine à cathos commerçants, par contre je ne risque pas d’y remettre les pieds !)

Et puis, tôt ou tard, j’ai retrouvé une librairie, et me suis permise de me charger à nouveau. Je bouquine des trucs, écoute vers 1 heure l’arrivée massive de gamins surexcités dans les étages, et de matrones fournies avec.

Comme je n’ai pas usé mes souliers et mes neurones sur les routes aujourd’hui, insomnie majeure. Heureuse parfois, mais pas triomphale, un peu vacillante de n’avoir partagé tout ça avec personne. Même aujourd’hui où j’écris ces lignes. Même si.


...Et puis, hein, hier j’ai quand même eu ça... :-)


Dernier jour :

j’aurais bien traîné au lit, n’ayant pas grand chose à faire en attendant mon train dans la journée, mais on n’arrête pas d’entrer dans ma chambre !
D’abord une femme, qui ne se présente pas, qui ne comprend pas qu’avec ma jambe je suis un peu ralentie pour me préparer et ranger.
Ensuite un gars qui entre carrément alors que je termine ma douche.
Et puis une troisième personne qui vient toquer.

Décidément, quel super endroit. Je file vite fait, vais me poser dans un parc quasi désert, où je suis mieux qu’en pleine rue. Vais me promener un peu dans les hauteurs avoisinantes, finis mon tour de Tao, reprends mon train, puis mon car, vers un décor familier, si vite, si vite... Déjà.


A-Moralité


Je me suis retrouvée dans la peau de, in disorder : stoppeuse, touriste, randonneuse, bad girl, tea girl, marginale, estropiée à Lourdes, ermite, douteuse et espéreuse.

Si c’était à refaire ? Je le referais, je crois, oui.

J’ai (ré)appris plein de choses que je croyais savoir et d’autres nouvelles, sur mes capacités, mes réactions, mes envies. Sur le regard des gens – toujours instructif – selon que l’on est soignante ou randonneuse. Sur la beauté coupante que l’on peut croiser à chaque minute de sa vie. Sur les photographies qu’il y aurait à faire à chacune de ces minutes. Sur la « simplicité volontaire », encore et toujours, de marcher, la simplicité faussement simple, les illusions qui se brisent un peu sous les pas, le corps et l’esprit qui se nettoient, se métabolisent. Sur la dilution de soi, ou ce qu’on voudrait en diluer.

Sur le fait que ça ne change rien, que ça change tout malgré tout, qu’on ne préside aucune destinée et surtout pas la sienne, mais qu’on peut essayer de faire, juste, quelques pas.

Si c’était à refaire (il est vraisemblable que ça le sera), je pense que j’organiserai un sac un peu plus léger (éternelle antienne :-D), et des étapes un peu plus courtes. Que j’aurai un poncho en acier. Que j’essaierai de ne pas paumer mes cartes ! Que j’aimerais bien aller jusqu’au bout (Santiago). Que j’aimerais bien ne pas le faire seule, peut-être.




Epilogue


Vous vous souvenez la la « yourte crème » du premier jour ? Le lendemain de mon retour, j’ai appris que des amis allaient y vivre quelques temps. Précisément dans celle-là. Gustav is back. :-)

Bon. Et mon voeu ne s’est pas encore réalisé.

Et j’aurais au moins appris durant ce bref voyage que tellement de choses se serrent dans ce pas encore. Et que cet intervalle est si dangereux.

(...)

La prochaine fois, nous reviendrons sur mon digital entretien avec certain APN, qui répondait tout le temps « Paysage : adapté aux sujets distants », le pernicieux.


* * * Fin du voyage * * *


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16:31 - Pas du Piémont - J6
Current mood: Tuile

Sept petits jours sur la voie du Piémont...


Sixième jour : Sarlabous => Bagnères-de-Bigorre – 22 km environ (dont 8 en voiture)


C’est officiel, Dieu n’est plus en rétention urinaire. Il pleuvra à seaux du lever au coucher.

Je traîne un peu dans la chaleur du gîte, à nettoyer et refaire mon sac, puis me décide à rejoindre Bourg-en-Bigorre, où paraît-il se trouve un « point alimentation ». Plutôt soviétiques, les rayonnages. Vides, quoi. Je repars avec une boîte de sardines, trois de gâteaux secs, pas de pâtes ni de pain, quelques cartes postales et 10 euros en moins. Je dois avoir une bonne dégaine de touriste.

Les 3 heures suivantes, je ne perds pas un instant le GR, mais peu à peu, sous cette grisaille diluvienne, mes forces et mon sang-froid. Trempée de la tête aux pieds, je n’arrive pas à me réchauffer, donc j’accélère jusqu’à Castillon (pas celui près de chez moi, un autre), au mépris de la boue des sentiers. Je progresse, je ne me perds plus et peux passer plus de 2 heures sans une pause.


Le petit pont de boue-bois dans la forêt des Baronnies

Cela étant, à Castillon je me bloque dans un abri de cabine ouvert au vent.
Là je passe une petite heure à piétiner et me refroidir, mange quelques chips, sans trouver le courage de tenter le réchaud sous ce déluge.
Mon manteau est lourd est détrempé. Je me sens faible, stupide. La « confrontation à soi-même » ne me fait pas rire, là de suite. Je me retrouve simplement comme une ado capricieuse, incapable de pousser vers ses propres buts. J’ai brutalement envie qu’on vienne me chercher dans une voiture chaude et sèche, j’ai envie qu’on me dise que mon voeu se réalisera quand même.
Mais bon. Raison venant, je suis franchement au milieu de nulle part, je m’y suis mise toute seule, et le souci principal ce n’est jamais que la pluie.
Malgré ma (petite) boîterie, je ne fais pitié à aucun véhicule du secteur, je repars donc, résignée à recouvrir le poncho déchiré-mais-bon-finalement. Je repense aux multiples gardes d’urgence où j’ai balancé à des accidentés divers « si vous pouvez marcher c’est que ça va, pas de béquilles ». J’utilise beaucoup le bâton spiralé.


Pas de photos aujourd’hui, alors pour égayer cet humide chapitre : un arbre à pierres

Donc je repars parce que c’est évident qu’il n’y a rien d’autre à faire, je croise quelques personnes sous des porches, dans des cours de ferme, mais je n’ose pas leur demander de m’aider. Je continue un peu, remotivée par un panneau « Bagnères 10 km », en forçant le pas, les articulations se font oublier.

Après 3 km supplémentaires à peu près, j’entends un truck derrière moi sur la route, il peut toujours à verse, et maintenant que je sais que j’ai été capable de repartir de la cabine, ni une ni deux je pose tout et je fais du stop. Je le sens bien ce truck tout jaune. Bingo.

Un monsieur d’âge mûr, anglophone exclusif, volant à droite, ne comprenant pas bien pourquoi je vais walking « in this », c’est-à-dire dans ce climat épouvantable, à épuiser mes pensées, mes déterminations et mes voeux.

Moi je suis très contente d’être au sec et au chaud, où ça avance tout seul, d’avoir quelqu’un à qui faire la causette, donc quoi qu’il dise je suis d’accord avec lui.

Il fait même un détour jusqu’à Bagnères pour moi. Il est persuadé que je suis « homeless », je dois maintenant avoir la dégaine correspondante, et que je vais à Lourdes rejoindre plein d’autres homeless. Je lui explique mon travail à l’hôpital, mais il renchérit, ne comprend pas pourquoi j’ai alors choisi d’être homeless, puis me montre des flics sur le bas-côté, « cops, careful, you are the bad girl », tout ça tout ça. Pilgrim, y connaît pas. Peu importe.
Je remercie chaudement my english savior, et pars en quête du gîte du Chat Ronfleur, vite trouvé (il y a une gavée d’hôtels dans cette petite ville thermale, justement réservés aux curistes, sans ponchos ni pompes boueuses mais avec plusieurs nuits et billets d’affilée). L’accueil y est génial, douche bouillante, au-delà de toute description, enfin au sec.


Bordures de champ en ardoise & lierre

Sentiment mitigé. Soulagement intense, entre mon genou, la pluie et la fatigue accumulée, mais j’aurais aimé avoir la force de faire quelques kilomètres de plus sous la pluiene sorti de l’espace pour regretter mon bout de trajet motorisé, cependant.

Le soir je dois voir le mari de la gardienne, pour évaluer les possibilités de trajet jusqu’à Lourdes demain, ma dernière étape. Mon espoir qu’il existât un car entre ici et Lourdes s’est en effet effondré à mon arrivée.
La gardienne, toute gentille, me confirme que l’étape de demain est la plus longue, avec beaucoup de dénivelé. Il ne fera peut-être pas ce temps (et en effet, ce sera fort clément demain), mais avec ma jambe en vrac, c’est pas vraiment faisable.
Pour l’heure je pars en sieste, puis fais connaissance de ma colocataire du soir, joviale stagiaire en diététique.

Second miracle du jour, après le yellow submarine, le gardien peut m’emmener demain en camionnette, eu égard à mon hydrique genou, et malgré son souci de cheval qui ne passera hélas pas la nuit.

Il me reste un peu de temps ce soir, l’étape a été très courte au final, pour faire ma correspondance et avancer mon Tao, dont certains passages résonnent tout particulièrement en moi ces jours-ci.
Je suis aussi zen ce soir que j’en ai bavé ce matin, à nouveau. Corps & âme ont une tessiture étendue. Je ne regrette vraiment pas tout cet itinéraire. Dès le moindre obstacle, il faut savoir gérer le découragement, mais dès la moindre amélioration, la joie est complète.

Je suis également très soulagée, comme une enfant à qui on aurait fait une surprise, de ne pas avoir à marcher demain. Mes petites marches régulières et mon sevrage tabagique m’ont certes mis en forme, mais là je me suis vraiment tapée un morceau plus gros que je croyais.


La perte du jour : ma fierté ! Chercher l’autonomie totale.

La loufoquerie du jour : « You work at hospital, miss, so you are a nurse », avec nurse=infirmière. En fait ce n’est pas loufoque, c’est juste classique. Mais bon, je ne lui en veux pas à lui, oh que non. ;-)

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16:10 - Pas du Piémont - J5
Current mood: Bâton spiralé

Sept petits jours sur la voie du Piémont...


Cinquième jour : Lortet => Sarlabous – 21 km environ


Réveil génial. Au chaud, reposée, beau temps piquant (7°, mieux que les jours précédents !), le son de la rivière sous mon balcon. Petit déj face cheminée, déjà il faut s’arracher de la vue hypnotique des flammes.
L’hôtelier me dépanne d’une flûte entière qui me tiendra plusieurs jours, grâces à lui, car l’épicerie prévue à Lortet n’existe pas.

Sortir de ce chouette endroit est moins simple, les balises se planquent, et une dame, depuis son balcon à elle, m’indique obligeamment et spontanément une direction complètement fausse. Je me rabiboche vite avec le « sens de la marche », et m’engage dans un bois suivi de nombreux autres.
Dès la première descente je suis obligée de constater que mon genou est déjà douloureux à la flexion. Malgré bandage + traitement symptômatique de base (ibuprofène), il apparaît vite que j’ai besoin, vraiment, d’un bâton de marche.


Baguette magique ?

La Grande Mère, ou peut-être Démeter ou Yavanna ? Entend ma prière, quelques minutes plus tard, je vois LE bâton n’attendant que moi dans ce bois charmant. Long, droit, sec, propre, torsadé dans un lierre, amoureux ancien, ils ont poussé en même temps. J’ôte le lierre, et voici un magnifique bâton spiralé, un vrai truc de magicienne. D’ailleurs ça marche (ah ah), ça soulage réellement. Après examen j’ai un début d’hydarthrose (et risque de tendinite du calcanéen associée, je le crains).

Première pause à Labastide, bourgade à l’aquarelle, gris clair et paisible. Soleil, ruisseau, lavoir.
Je poursuis par d’autres bois et collines vers Esparros, où l’averse me prend ainsi que l’envie brusque de déjeuner sous le porche d’une villa aux fenêtres closes.
Mon portable capte, ici, et entre deux chips je reçois les messages de proches super inquiets, j’en envoie quelques uns pour rassurer. J’ai un peu honte d’avoir fait flipper, j’ai fait preuve de maladresse dans ma préparation.


L’après-midi est une alternance de soleil, de vent, de crachin, de soleil, temps indécidable et changeant. De même mon humeur. Puis montée très agréable du Col des Palomières, où la vue sur les vallées est somptueuse. Les hauts sapins, les lumières, tout est vraiment beau ici, je ne laisserai pas mes petites articulations gâcher ce plaisir tellurique, aérien.



La fin de journée s’allonge le long d’un sentier de gros ruisseau assez boueux, proche de la route, et enfin, à nouveau sous la pluie, sur les rives de l’Arros, j’atteins le gîte. Accueil gentillet mais formalités très longues, et c’est pas la bonne clef, et j’ai pas la monnaie, etc, et c’est fou comme on se déshabitue vite des trucs pénibles.
Bref, je prends mes quartiers dans un gîte immense au Moulin des Baronnies, près de Sarlabous (plus de 20 places, une salle commune énorme, une cuisine de chef) pour moi seule, , lave moi, cheveux, linge, vaisselle. (je n’ai volontairement emporté que deux T-shirts et deux séries de sous-vêtements, donc lessive au savon d’Alep quotidienne ^^).


Le silence n’est pas le même dans ce dit moulin. Il est bizarre. Les lieux sont trop vastes, peut-être. Au point que je piétine (réflexe) tous mes beaux principes et meuble mes oreilles avec cette chose nommée TV. Je m’allonge dans une chambre propre et laide, comme une chambre de garde.
Cet endroit est assez classe, très confortable, pourtant il y a un truc, de mauvaises ondes, je ne sais pas. Cela dit, je remercie ma boussole et la chance de ne pas m’être perdue plus que ça aujourd’hui !


La perte du jour : l’espoir de me ravitailler dans une épicerie. Chercher à toujours me remplir (de pain, de bruit, d’un autrui qui m’aime et me suive).

La loufoquerie du jour : un reportage sur la reine d’Angleterre, dans le plus pur ton M6 ou TF1, je ne sais plus. Décalage spatiotemporel assuré.

* * * * * La suite ensuite * * * * *

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16:04 - Pas du Piémont - J4
Current mood: Chemin de croix

Sept petits jours sur la voie du Piémont...


Quatrième jour : Saint-Bertrand de Comminges => Lortet – 32 km environ


Petit déj solitaire dans la chambre du presbytère, je ne repars pas avant 8h.
Les balises du GR font comme des boucles dans la ville, celles « voie du Piémont » logiquement, ont disparu. Un peu de route donc, pas vraiment de pluie mais du vent, assez morne, jusqu’à Nestié. Je m’aperçois qu’une souffrance physique relative n’empêche pas du tout de penser, raté. Avec tous mes repas ingurgités, mon sac est carrément léger maintenant. Moitié du poids de départ, à peu près.
J’arrive au Calvaire des Ares, que je gravis pour rien (c’est tout dire), du moins, le chemin ne fait que le croiser.


Puis je reprends le GR que je suivrai jusqu’au soir. A travers champs et bois, c’est vraiment apaisant, je suis encore seule sur le chemin, comme les autres jours je ne croise personne qui le fasse si tôt dans la saison.
(Je crois que quelques heures de marche font aussi beaucoup pour l’apaisement intérieur, voire la libération d’endorphines. Les après-midi seront ainsi tous plus zen que les matinées).


Vers la fin, je dois rater un virage, et je finis en haut de sommets herbeux et clôturés. Je dois rattraper par un autre forêt, bien moins sympathique, et retombe sur un village qui n’est pas le bon (Izaut).
Trois kilomètres en plus jusqu’à Lortet, à vue d’orteils. Fin de trajet éprouvante pour les jambes. Il commence à y avoir un truc avec mon genou gauche, dont je ne veux pas tenir compte, en bon cordonnier « mal chaussé ».


Arrivée à l’hôtel du Mont d’Aure, super bien situé à l’aplomb d’une rivière, bon accueil, quasi vide. Repas chaud, délicieux, pantagruélique, face au feu. Discussion brève mais sympathique avec deux voisins de table grisonnants, très étonnés de rencontrer une jeune femme seule dans ce mini périple. Douche et lessive du jour simultanées, et je me couche aussitôt.


La perte du jour : fermeture éclair de mon gros blouson, d’où bricolage obligatoire. Chercher à tout réparer.

La loufoquerie du jour : Entre la cheminée et mon dîner, tous deux providentiels, dort un gros chat gris posé sur le « toit » d’un aquarium.

L’autre loufoquerie du jour : des portraits de cochons bleus.


* * * * * La suite ensuite * * * * *

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15:23 - Pas du Piémont - J3
Current mood: Gantée

Sept petits jours sur la voie du Piémont...


Troisième jour : Aspet => Saint-Bertrand de Comminges – 39 km environ (en comptant les détours)


Petit déj royal, départ vers 8h30 pour rattraper mon point d’accroche, à Juzet à 6 km de là. Route claire, couleurs superbes et lavées, frais et à peu près beau temps.


Je perds du temps à Juzet à retrouver les balises, que je récupère sur la route de Cazaunous. De là, petit pont, petit sentier deviendra grand, menant au Col des Ares. Neige au sol, neige aux branches, neige partout. Très froid et sublime. Chevaux et bêtes à cornes complètent l’impression irréelle.



L’abreuvache

Au bar (fermé) du Col (767m), vers midi, je m’abrite sous le porche pour déjeuner frais et faire un café-neige entre des arbres-neige et face à une cabane-neige. (Goût étrange, le café).


Je repars enthousiaste par un chemin très beau, à flanc de colline – encore des chevaux – jusqu’à la petite vallée encaissée de Frontignes. Tout va bien jusqu’à Génos, puis paumage se soldant par 4 km en trop !


Un arbre-pèlerin

Plus d’une heure pour retrouver ma route, et j’embraye sur la voie très piémontaise, pour le coup, c’est-à-dire de moyenne montagne, passant par le refuge Saint-Martin. Me voilà à nouveau plongée dans les monts bicolores admirés auparavant...
Le paysage est très vide, très pur, et l’ascension passablement difficile – glaciale si je m’arrête. Mais le temps est sec. C’est un bel et bon moment. Les muscles chauds et la truffe froide, je dois me sentir à peu près comme l’animal (un loup ? Se dit mon imagination enflammée) dont je suis un temps la trace, et qui lui-même suit aussi les balises ! Cette partie est vraiment bien indiquée.



Cependant je dois quitter le chemin trop tôt, car il est déjà bien 19h quand je tombe sur Barbazan, village que je n’étais pas censée traverser, gniiiiii. J’ai mis beaucoup de temps à traverser le mont, je dois m’activer mais j’ai la journée dans les pattes.

Il faut maintenant trouver Saint-Bertrand. On en voit la cathédrale à éclairage nocturne de loin, n’empêche qu’elle est loin. Et inutile de chercher les balises après le coucher du soleil...
Garonne
traversée (elle est minuscule par rapport à sa portion toulousaine !). Beaucoup de route goudronnée, de voitures qui ne s’arrêtent pas, les kilomètres s’étirent, malgré l’effort et les couches de vêtements je suis gelée et crevée.
Enfin j’atteins la ville basse.
J’appelle le prêtre qui doit m’accueillir au presbytère, avec mes presque 40 bornes dans les jambes, et là. Il ne se souvient pas de moi. J’insiste (ah oui), il m’indique et vient me chercher dans les vieux escaliers menant à la ville haute.


La traversée du presbytère se fait à la lampe de poche, entre les aubes poussiéreuses, les vieilles statues, les couloirs déserts, le tout laissant un sentiment d’abandon. Un vrai moment de fantastique !
« Vous êtes claquée ma pauvre fille » me dit gentiment le prêtre, d’un âge respectable, qui s’encquiert même de mon dîner.
La chambre est assez misérable, mais il y a un matelas propre, des couvertures que je prends toutes. Une seule prise électrique, il faut choisir entre chauffage et lumière. Chauffage. Pas d’eau chaude.
Au-delà de la fatigue, et bien au-delà de la joie d’être arrivée, je renonce à me doucher à l’eau froide (quatorze heures de marche dont la moitié de neige, ça ira), fais cuire ma soupe, passe des habits secs, mange dans la pénombre, sous la fenêtre qui présente de jolies lumières éparpillées, et enfin vient l’instant béni entre tous où je m’effondre.
Mes jambes ont des pulsations. Je suis vraiment heureuse d’être dans cette situation pas possible, d’être là, mais je ne sais pas si je vais tenir pour la suite. Le sommeil est un bonheur complet.


La perte du jour : un poncho d’un seul tenant. Chercher à tout faire d’un seul tenant.

La loufoquerie du jour : la marque du produit à récurer des WC ecclésiastiques est LaCroix, et à minuit, complètement déchirée, ça me fait bien rire. ^^


* * * * * La suite ensuite * * * * *

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14:47 - Pas du Piémont - J2
Current mood: Boussole

Sept petits jours sur la voie du Piémont...


Second jour : Castillon => Aspet – 38 km environ (dont 5 en voiture)


Départ de Castillon à potron-minet, 5h30 ! (Cette bonne résolution restera fâcheusement unique). Longue journée en perspective, et encore j’ai sous-estimé la distance, et passablement négligé la météo que je connais pourtant.

Un peu de ménage dans la gloriette de poupée, je pars de nuit et de neige, et là j’ai vraiment mal partout. Souvenirs musculaires...


Je redescends sur Audressein pour rejoindre ma route, récompensée très vite par un lever de soleil sur les collines bicolores, arbres noirs & poudre blanche.


La suite de la matinée passe peu à peu des doux flocons flottants à la franche coulée de neige. En manquant un sentier, je croise deux ou trois fois le même écureuil curieux, mais en dépit du (bon ?) présage de l’écurieux, je vais devoir revoir mes... plans. En effet, toute la pochette contenant les photocopies des cartes IGN, avec le sentier tracé en rouge et tous les détails indispensables, a fini quelque part dans la neige et le vent.

Il me reste les topos très bien faites et bien sûr la boussole, mais c’est un coup dur. Je comptais beaucoup dessus, je m’y suis déjà référée 10 fois depuis la veille, je pense un instant que ce sera vraiment impossible sans ces cartes-là.

Me voilà plantée au lavoir de Buzan, la neige décide à cet instant de se changer en tempête blanche. Je n’ai marché que 3 heures, il est 9h du matin et je suis déjà vermoulue, frigorifiée, et découragée par la perte de mes plans, le climat masochiste, les kilomètres restants. Une confrontation avec soi, c’est ce que je voulais, c’est exactement ce que j’ai, là.


Avec un temps pareil, hors de question de poursuivre sur les sentiers embourboneigeux. Je bifurque sur la route vers Saint-Lary, face au vent, en montée. Tout est absolument blanc, le poncho à vieillissement prématuré se déchire d’heure en heure, je continue car je ne peux de toute façon pas rester en pleine tempête.

Arrivée à Saint-Lary, déjeuner sous abribus. Je reprends des forces, des couleurs et du fromage. Mon repas est pisté de près par un énorme chien noir tranquille, dont la bave à moitié gelée crée une stalactite sous sa gueule (beurk !). S’ensuit un gars entre deux âges qui vient discuter, se décrire comme « un peu atypique » comme tout le monde ici, et m’inviter à aller voir ses mocassins fait maison. Bon. Café-réchaud, il me faut absolument du chaud, et je prends congé au premier rayon de non-neige.



Ma décision de suivre la route et non le sentier, pour cause de blizzard en plus et de cartes en moins, me fait un bien fou. C’est toute revigorée que j’embraye pour les 6 km raides et réguliers jusqu’au Col de Portet d’Aspé, marchant sous la bénédiction de trois chevaux qui viennent à ma rencontre.

Là-haut (enfin, 1069m seulement) il fait un temps de col, je ne peux pas m’arrêter même le temps d’une photo sous peine de geler sur place. Donc je continue. La vie commence vraiment à se simplifier (c’est aussi un des buts de l’opération, c’est vrai).


La vallée de la Bellongue, et le village de Saint-Pé d’Aspé

Où je découvre à intervalles réguliers, et dès qu’on y voit quelque chose, les paysages de la Bellongue enneigée, qui sont des tableaux. Toute la semaine, j’aurai cette impression récurrente : marcher dans un tableau. Je voudrais tout photographier, tout retenir, tout avaler. Je devrai faire ce deuil-là aussi !

Autre deuil du jour, je me libère du Poncho Infernal, qui me galérifie la route. Je suis rapidement blanche de la tête aux pieds, mais je n’ai pas froid et ça change tout.

Depuis le col il reste environ 15 km jusqu&rsqu