Esther Sweet

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Oct 5, 2008

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October 25, 2007 - Thursday

Les Indésirables

Je stoppai la voiture sur le bas côté de la route. J'étais arrivée à un carrefour et ne savais plus trop quelle direction prendre. Je dépliai la carte sur le volant, la tournant et la retournant dans tous les sens. "Impossible de se repérer la dessus" conclu-je et je fis une boule de celle-ci avant de la jeter sur le siège arrière.

Je devais rejoindre mon amie Michelle dans une petite ville du Nevada, si petite et si perdue qu'elle ne figurait sur aucune carte. Derrière les collines le soleil déclinait lentement et la couleur orange qui envahissait le ciel semblait teinter de concert le paysage. Il était déjà vingt heures trente. Mon arrivée chez Michelle n'était prévue de toute façon que le lendemain, même si j'avais espéré m'être avancée assez pour être rendue le soir même.

Ce n'était pas le cas, aussi décidai-je de passer la nuit dans un motel et d'en repartir le lendemain tôt, afin d'être chez Michelle le plus rapidement possible. Bien sûr j'aurais pu continuer ma route et arriver dans la nuit, mais je ne me sentais pas d'attaque pour poursuivre mon chemin. J'avais voyagé depuis Paris la veille et ne m'étais pas encore remise totalement du décalage horaire. Une bonne douche, un repas et des draps propres me requinqueraient efficacement pour la suite de mon expédition.

Je redémarrai et quittai le bas côté après avoir laissé passer un camion. Un nuage de poussière se souleva lorsqu'il m'eut dépassée, noyant la Chrysler de location dans un tourbillon de cendres. Je toussai et râlai après le conducteur, bien que j'en convins, cela ne servait à rien. Il faisait encore chaud malgré l'heure avancée et je retirai le gilet qui me couvrait pour me retrouver en débardeur. J'ouvris la fenêtre de la voiture, mis mon bras à la portière, réglai la radio sur une station de country music et roulai. Seule au volant de ma voiture qui filait le long de la route déserte et droite, je me prenais pour une vraie américaine.

J'avais prit à droite au carrefour. Une pancarte indiquait "Maryland Hôtel 15 miles". C'était la direction qu'avait prit le poids lourd tout à l'heure. Un vrai repère de camionneurs, imaginai-je. Avec concours de descente de bière et de rots à la clef ! Super classe...

Au bout de quelques minutes j'aperçus le camion devant moi, le rattrapant malgré mon allure modérée. En bonne française je jurai quand j'arrivai à sa hauteur, lui reprochant sa vitesse un peu trop lente à mon goût. Je me déportai sur la voie de gauche et commençai à remonter le camion lentement. Décidément ces américaines étaient de véritables veaux ! Aucune reprise ! Quand j'arrivai au niveau de la cabine du conducteur je tournai la tête pour voir le visage du chauffeur. Un brun aux cheveux en pétard et à moitié rasé me regardait avec envie et me fit un clin d'oeil.

- Eh ! Dépêche toi de rentrer, ça serait con de retrouver une aussi belle poupée saignée" Me cria t-il.

- Va te faire foutre! " Lui répondis-je en français. Et je lui tendis mon majeur.

Je dépassai finalement le camion et prit de la vitesse. Au bout de deux minutes, celui-ci n'était plus qu'un point minuscule dans mon rétroviseur.

"Une aussi belle poupée saignée..."

Quel taré ce type ! Le genre à péter un câble dès qu'il voit une minette. J'imagine l'état de sa cabine…

Un bruit sourd retentit tout à coup à l'avant de la voiture. Je crus que l'on m'avait tiré dessus. La Chrysler tangua d'un côté puis de l'autre, mon pneu avant gauche avait éclaté. Je fis un freinage d'urgence digne d'un policier d'une série américaine et me rangea comme je pus sur le bord de la route, le pneu fumant et chaud. "C'est bien ma veine" maugréai-je. Je descendis de la voiture et constatai les dégâts. La gomme avait sans doute chauffée sur le bitume brûlant et une grande partie était restée accrochée à la chaussée. Pas moyen de repartir, il fallait attendre de l'aide. Je me maudis de n'avoir pas fait étendre mon réseau de téléphonie mobile sur le continent américain, tout ça par soucis d'économie. Cette route était déserte et je me voyais mal passer la nuit au milieu des corbeaux et des coyotes !

Et puis mon copain camionneur fit son apparition au loin. Quelle poisse ! Je n'avais absolument aucune envie de monter en cabine avec lui... Il approchait doucement de l'endroit où ma voiture avait lâché. Il ralentit puis s'arrêta à ma hauteur.

- Alors poupée on dirait qu'on a des problèmes...

- Mon pneu a éclaté, répondis-je avec un manque total d'amabilité.

Il avança et se rangea quelques mètres devant ma voiture. La porte s'ouvrit et je vis une paire de bottes noires descendre du poids lourd, recouverte par des jeans bleu foncé relevés de deux ourlets. Il claqua la porte et s'avança vers moi. Sa démarche de cow-boy me fit me demander si je ne 'étais pas trompée d'état et ne m'étais pas retrouvée par inadvertance au fin fond du Texas. Au moins trois crucifix s'entrechoquaient au milieu de sa poitrine et jouaient une musique assez désagréable à l'oreille. Il était grand, imposant et tout en muscles. Ses cheveux bruns et sa barbe naissante lui donnaient un petit air rebel. Il n'avait pas quarante ans. Il était beau, ce que je n'avais pas remarqué tout à l'heure. Sur son biceps était tatouée une tête de vampire barrée par un glaive.

Il s'approcha de la voiture en me jetant un regard rapide. Il vint s'accroupir à côté du pneu et observa la roue quelques secondes.

- Je suis désolée de vous apprendre que votre roue est foutue, vous êtes condamnée à attendre un éventuel sauveteur.

- Merci du renseignement… Lâchai-je, excédée.

- Ce n'est pas une réputation alors.

- Quoi ?

- L'amabilité légendaire des français, me répondit-il avec un sourire amusé.

Il sortit un paquet de Marlboro de sa poche et en alluma une.

- Vous fumez ?

- Oui… Il me jeta le paquet. Je pris une cigarette et il s'approcha pour l'allumer.

- Qu'est-ce que ça représente ? Demandais-je en désignant le tatouage qu'il avait sur le bras.

- Rien qui ait un sens.

- C'est le même dessin que sur votre briquet, lui fis je remarquer.

Il me regarda longuement et ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais je le stoppai en lui demandant :

- Pourquoi vous m'avez dit ça tout à l'heure ?

- Dis quoi ?

- Ca serait con de retrouver une aussi belle poupée saignée...

- Pour vous faire peur.

- Très intelligent.

- Et ça a marché ? Me demanda-t'il

- Pas le moins du monde..."

Il me regarda avec un sourire ironique, lisant dans mes yeux le mensonge que je venais de formuler. Il écrasa finalement sa cigarette dans la poussière et me demanda :

- Je vous embarque ?

Je me retournai vers la Chrysler, hésitante.

- C'est une voiture de location, l'informais-je.

- Vous inquiétez pas, ce n'est pas des voleurs qu'il faut avoir peur ici.

Je le regardai avec suspicion alors qu'il retournait déjà au camion, couru jusqu'à la voiture, prit mon sac et décidai de le suivre.

La cabine n'était pas comme je l'avais imaginée. Je m'attendais à trouver des posters de pin up accrochés dans l'habitacle et des boites de bière éparpillées sur le sol, même si ça faisait un peu cliché. Au lieu de ça, l'intérieur était nickel et deux crucifix pendaient au rétroviseur. Une couchette à l'arrière était impeccablement rangée et une bonne odeur de cannelle parfumait l'air.

- Vous ne vous attendiez pas à ça, n'est- pas ? Interrogea t-il.

- C'est à dire ?

- Avouez... Vous pensiez trouver le calendrier Pirelli en dix exemplaires.

- Pirelli ? Non, je pensais plutôt à celui de Playboy... Lui répondis-je, en lui adressant un sourire rempli d'excuses.

- Je ne sais même pas comment vous vous appelez, "mlle La Française" me dit-il dans ma langue natale.

- Lana.

- Bienvenue en Amérique Lana, Hugh à votre service. Il prit ma main dans la sienne et la serra sans me quitter des yeux. Sa poigne était douce et ferme, son regard pénétrant, un vrai délice.

- Alors, dites-moi Lana, où allons-nous ?

- J'étais en route pour le "Maryland Hôtel".

- Mauvais choix…

- Ce qui veut dire ?

- Qu'il va falloir changer vos projets. Cet hôtel n'existe plus. Si vous voulez dormir quelque part cette nuit il va falloir aller jusqu'à Carson City c'est à dire à cinq bonnes heures de route. Et je n'ai pas vraiment envie de faire un si long détour.

- Cinq heures ?! Vous plaisantez j'espère ?

- Qu'est ce que vous croyez ? Que je vous dis ça parce que j'ai l'intention de vous kidnapper ?

Je le regardai avec hésitation, ne sachant que penser de sa réflexion.

- Là, je plaisante ! Si vous aviez vu votre tête... Et il rigola.

- Qu'est-ce qui était prévu après le Maryland Hôtel ? Reprit-il.

Je lui répondis que je devais rejoindre une amie à Tallulah et avais prévue d'arriver demain en début d'après midi. Il allait dans cette direction et pouvait m'avancer mais il faudrait passer la nuit dans son camion. Demain matin je pourrais appeler une dépanneuse d'un bar quelconque que l'on trouverait sur la route et qui se chargerait de réparer et de ramener ma voiture au point de location le plus proche. Je pourrai toujours louer une autre voiture. Je commençai à protester mais il s'empressa de me dire qu'il dormirait à l'arrière du poids lourd.

 - Et qu'est-ce qui me dit que je peux vous faire confiance ?

- Je peux vous laisser passer la nuit ici si vous préférez. Alors, que décidez-vous ?

Je fis un geste las de la main, indiquant que je restai avec lui.

- Très bonne décision. Vous verrez que vous avez eu raison.

Il mit le contact, embraya et nous quittâmes la route alors que le soleil se noyait dans les montagnes. D'ici quelques minutes il ferait nuit et j'espérai avoir fait le bon choix.

Nous gardâmes le silence quelques instants puis je lui demandai :

- Qu'est-ce que vous faites Hugh, je veux dire ici, avec votre camion ?

Il ne répondit pas à ma question tout de suite et je crus ne pas avoir parlé assez fort, j'allais répéter mais Hugh répliqua :

- Je nettoie.

- Vous nettoyez ? Vous nettoyez quoi ?

- La région.

Je restai troublée par sa réponse qui m'avait quelque peu étonnée et Hugh sembla s'en apercevoir. Il me regarda et me demanda gaiement :

- Un peu de musique ?

J'acquiesçai. Il brancha la radio sur la station de country que j'avais écouté tout à l'heure. Un chanteur du cru s'égosillai à vanter les mérites de la femme d'un dénommé Bob. Hugh sourit et  alluma à nouveau une cigarette. Il me tendit le paquet sans rien dire et je le saisis en même temps que le briquet à la tête de vampire. J'allumai la clope, tirai une bouffée et observai le dessin. La tête du vampire était surmontée de deux cornes pointues et ramenées vers l'intérieur du crâne, pareilles à celles d'un démon. Des yeux rouges et vifs me fixaient si intensément qu'ils paraissaient remplis de vie. Ses canines débordaient de sa bouche, humide et avide de sang. Un serpent noir était enroulé autour de son coup. Hugh me saisit le briquet de la main et le remit dans la poche de son jean.

- Vous allez faire des cauchemars me dit-il en souriant.

- Pourquoi avez-vous le même dessin sur votre bras ? Redemandai-je.

- Je le trouve beau.

- Beau ?

- C'est ça. Je le déteste et je l'aime à la fois. Il représente la force et la puissance.

- Mais qui ?

- Valorès.

- Qui est-ce ?

- C'est une très vieille légende. C'est le chef des Attomoye, une espèce de vampires. On dit qu'ils courent la région et qu'à la nuit tombée ils sortent prendre leurs repas.

- Vous me dîtes qu'il y des gens ici qui croient encore à ça ?

- Peut-être bien...

- Vous y croyez-vous ? C'est pour ça que vous m'avez dit ça tout à l'heure quand je vous ai dépassé avec ma voiture...?

- Je pensais que vous étiez du coin. Ici tout le monde connaît les Indésirables.

- Les Indésirables, c'est comme ça que vous les appelez ?

- C'est comme ça.

La nuit était complètement tombée et Hugh avait allumé les phares. Il était vingt deux heures. Des deux côtés de la route l'étendue déserte s'étalait, bordée par les montagnes du Nevada. Perdue au milieu de nulle part, je me sentis soudain en sécurité dans le camion en compagnie d'un chauffeur qui commençait à piquer ma curiosité.

Nous avons roulés pendant longtemps. Parlé de choses et d'autres mais jamais de lui. A chaque fois que j'orientais la conversation vers sa vie, il la détournait habilement. Je me demandais encore ce qu'il avait voulu dire exactement quand il m'avait dit qu'il étai nettoyeur. C'est vrai, il n'y avait rien à nettoyer ici, la région était désertique. Je voulais le lui demander franchement mais n'osais pas, après tout nous ne nous connaissions pas et je n'avais aucun droit de lui poser des questions indiscrètes. S'il avait voulu m'en dire plus il l'aurait fait. Au fil de la conversation, une certaine attirance avait naquit doucement en moi et je pense que je ne le laissai pas indifférent non plus. La première impression que j'avais eu de lui avait complètement disparue, il n'était pas ce qu'il avait laissé paraître au prime abord c'est à dire vulgaire et rustre mais intelligent, fort et plein de bon sens.

Je le vis tout à coup fixer quelque chose dans les plaines au loin. Je regardai dans la même direction et aperçu une silhouette dans la nuit éclairée par la lune. Hugh ralentit sans quitter des yeux l'ombre qui se déplaçait avec la grâce et la vitesse d'un félin.

- Il y a quelqu'un ? Demandai-je, inquiète de le voir tendu.

- Je ne sais pas, on dirait bien...

- Et c'est si rare que ça pour vous préoccuper autant ?

Hugh ignora ma question et freina jusqu'à ce que le camion s'immobilise. Il tira le frein à main et me regarda avec gravité.

- Lana, vous allez faire ce que je vous dis. Je vais descendre quelques instants pour aller voir ce qu'il se passe. Vous allez rester enfermée dans le camion et n'ouvrirait que pour me laisser remonter.

- Hugh, que se passe t-il ?

- Faites ce que je vous dis, ne discutez pas !

- Mais attendez, vous n'allez pas me laisser ici toute seule !

- Ecoutez Lana, je dois absolument allez là-bas, je n'en n'aurais pas pour longtemps... Promettez-moi de ne pas quitter le camion.

- Dîtes moi quel est le problème, Hugh !

- Faites-moi confiance Lana.

Je poussai un soupir d'agacement mais Hugh me remercia avant que je ne proteste une nouvelle fois. Il ouvrit sa portière et descendit sur la première marche. Il paru hésiter, remonta finalement et me donna un baiser.

- N'ouvre à personne et ne descend pas de ce camion, me répéta t-il.

Je n'eus le temps de faire le moindre geste, il avait claqué la portière et disparu. Je m'empressai d'abaisser le loquet et me colla au fond de mon siège, attendant sagement son retour. J'éteignis le plafonnier, je ne voulais pas que quiconque puisse me voir dans le camion.

Qu'avait-il bien pu aller voir là-bas ? Je pouvais distinguer le faisceau de sa lampe électrique balayer le désert. Hugh semblait avancer au pas de course vers un point bien précis puis il s'arrêta. Il brandit ce que je crus être un arc, je distinguai mal, avec pour seule source de lumière la lune. Il mit en joue la silhouette noire qui fondait sur lui et lâcha sa flèche. La forme noire s'écroula aux pieds d'Hugh dans une nuée de poussière. Je le vis s'abaisser et la retourner face vers le ciel puis un nuage passa devint la lune et se fut le noir total. Sa lampe électrique était toujours allumée mais dirigée dans le mauvais sens, ce qui fait que je ne voyais strictement rien de ce qui se passait. La lampe s'éteignit et lorsque le nuage dégagea la face de la lune, Hugh et la silhouette avaient disparu. Je cherchai la moindre trace de leur présence mais tout était calme et désert. Puis j'entendis la remorque du camion s'ouvrir.

"- Hugh... ? M'aventurai-je, c'est toi... ?"

On chargea quelque chose à l'arrière et la porte de la remorque se referma.

" Hugh... Retentai-je, si bas qu'il n'aurait de toute façon par pu m'entendre."

Puis je vis sa tête apparaître à la vitre. Je me précipitai pour lui ouvrir. Il monta dans le camion, du sang tâchait son tee-shirt ainsi que son front.

- Hugh, qu'est-ce qu'il s'est passé, lui demandai-je affolée.

- Rien... La routine, me dit-il avec un sourire étonnamment détendu.

- Mais qui étais-ce ? Et où est-il ?

- Eh bien, tout à l'heure tu m'as demandé ce que je faisais avec mon camion... Je viens de te donner la réponse.

- C'est à dire ?!

- Ce que je t'ai raconté tout à l'heure n'est pas une légende.

- De quoi ? Les Indésirables... ?!

- Exactement. Ils sèment la panique depuis la nuit des temps ici. Moi et quelques autres nettoyeurs sommes chargés de les éradiquer.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? T'es complètement fou !

- Ecoute Lana, on va rouler un peu et on va s'arrêter pour se reposer quelques temps... Il ne faut pas traîner dans le coin.

- Je ne roule nulle part, je veux descendre !

- Lana, fais moi confiance. Je sais que ça doit te paraître complètement dingue mais tu dois me croire.

- Croire quoi ? Qu'il y a des vampires ici ?!!

- Je ne te laisserai pas descendre de toute façon."

Puis un choc sourd contre ma portière me fit faire un bond en arrière. Je me retrouvai contre Hugh, le regard dirigé vers la porte. Là, me fixant de ses yeux rouges et scintillants, un Indésirable me souriait, toutes canines dehors.

- Oh Mon Dieu... Lâchai-je.

- Tu veux toujours descendre et continuer à pieds ? Me demanda Hugh

Il me repoussa sur mon siège, démarra et passa la première. Hugh appuya sur l'accélérateur tandis que l'Indésirable sautait sur le capot. Il était grand et lourd. Il enfonça la tôle de l'avant du camion dans un bruit de ferraille et se jeta sur le pare-brise. Le verre s'effrita à ma hauteur et Hugh donna un coup de volant pour le déséquilibrer. L'indésirable essaya de s'agripper comme il put au camion mais Hugh revira dans l'autre sens et le vampire fut projeté sur la chaussée. Le poids lourd prit de la vitesse et je jetai un oeil dans le rétroviseur pour m'assurer que le monstre n'était plus accroché au camion.

Je me tournai vers Hugh, qui me dit sans me regarder :

- Je sais, ça remet pas mal de choses en cause...

- Pas mal de choses en cause ?! M'exclamais-je. Mais c'est de la pure folie !

- On va rouler quelques temps, ils ne nous suivront pas.

Je me blottis au fond de mon fauteuil et gardai le silence. Etait-ce possible ? Tout ce à quoi nous croyions, le monde dans lequel nous vivions, tout cela n'était que tromperie. Combien de gens savaient ? Combien de personnes connaissaient la vérité ?

- Comment est-ce possible Hugh ? Je veux dire, comment arrivez-vous à garder un tel secret ?

- On met tout en oeuvre pour garder  un secret d'état...

- Un secret d'état ? Ce qui veut dire que le gouvernement est au courant ?

- Comment pourrait-il en être autrement ?

- Mais... Tu travailles pour le gouvernement alors ?

- Oui.

- Si c'est un secret d'état, pourquoi m'en parles-tu si facilement ?

- Ecoute-moi bien Lana. Tu vas être confronté au même choix auquel j'ai été confronté il y a quelques années. Je vais t'emmener quelque part et tu vas devoir choisir la direction que prendra ta vie.

- La direction que prendra ma vie ? Rien que ça ? Ma vie va être très simple, je vais retourner à Paris par le premier avion et je ne remettrai jamais les pieds ici !

- C'est pas si simple Lana.

- ah oui pourquoi ?

- Parce que tu connais la vérité... Et je ne peux pas te laisser partir comme ça.

- Je pars si j'en ai envie, je n'ai pas besoin de ta permission !

- Vas-y, ne te gêne pas... T'as vraiment envie de te retrouver face à un des leurs ?"

Hugh pila en même temps qu'il me parlait. Il se tourna vers moi et me fit un geste de la main en direction de la portière.

-Vas-y... Tu es libre.

- Je croyais que tu ne pouvais pas me laisser partir ?

Si tu sors maintenant, je suis certain que tu ne pourras pas dévoiler notre secret. Mais je ne te laisserai pas sortir de ce camion car je te l'ai dit tout à l'heure, se serait con de voir une aussi jolie poupée saignée...

Il s'approcha et prit mon visage dans ses mains.

- J'espère que tu feras le même choix que moi, me dit-il et il m'embrassa. Je lui rendis son baiser. J'étais terrorisée et sa présence me rassurait. Je me pelotonnai contre sa poitrine et Hugh me serra longuement dans ses bras. Une larme roula sur ma joue et il l'essuya du bout des doigts.

- Ca va aller me dit-il... T'inquiètes pas. On va s'arrêter une petite heure et tu vas te reposer. Va sur la couchette, je vais aller à l'arrière du camion.

- Hugh... ? Reste avec moi s'il te plaît, ne me laisse pas seule.

- Très bien, va au fond.

Je me faufilai dans le fond de la cabine et m'allongeai sur le matelas. Hugh me rejoint et s'allongea contre moi. Je posai ma tête sur sa poitrine et il passa son bras autour de mes épaules. Je pouvais entendre battre son coeur en un rythme lent et régulier.

Aucun de nous deux ne parla pendant un long moment, puis je brisai le silence :

- De quel choix me parlais-tu et où veux-tu me conduire ?

- Tu connais la vérité, je ne peux pas te laisser partir comme ça...

- Qu'est-ce que tu vas faire de moi ?! Lui demandai-je, me relevant d'un coup, affolée.

- Ne t'inquiètes pas, rien qui puisse te faire du mal.

- Tu m'as dit que tu as été confronté à ce choix. Quel a été le tien ?

- Vous êtes trop impatiente "mlle la française", tu vas avoir les réponses à tes questions mais pas tout de suite.

- C'est maintenant que je les veux !! Explosai-je. Et je me mis à pleurer. Des sanglots et des hoquets incontrôlables secouèrent ma poitrine, je me mis à faire une véritable crise d'hystérie, réalisant à quoi j'avais et j'allais être confrontée. Réalisant que tout ceci n'était pas un rêve ni un cauchemar mais bel et bien la réalité, réalisant que ma vie si elle ne devait pas se terminer au beau milieu du désert du Nevada, ne serait plus jamais comme avant.

- Lana, Lana, calme-toi... Respire.

J'étouffais dans cette cabine si petite, dans cet habitacle si réduit. Je me levai d'un bond, enjambai les sièges et ouvrit la portière. Je sautai sur la chaussée et me retrouvai face contre terre. Je respirai bruyamment, cherchant à reprendre mon souffle et à enlever ce poids qui pesait sur ma poitrine. Je me relevai et commençai à courir au milieu de la route. Hugh ne tarda pas à me rattraper et me souleva du sol avec une facilité déconcertante.

- Lâche-moi ! Hurlai-je, je veux partir d'ici, je veux rentrer... Je t'en prie, lâche-moi !

- Arrête ça tu veux !

Hugh me tenait fermement alors que je me débattais. Il me jeta sur le siège et monta dans le camion.

- Tu ne recommences jamais ça d'accord ! T'es inconsciente ou quoi ?! Tu aurais pu te faire tuer, Nom de Dieu !!!

Je me recroquevillai sur le siège du conducteur, pleurant toujours fiévreusement.

- Allez ça va aller... Lana respire, je t'en prie calme-toi.

- Me calmer ? Lui répondis-je entre deux sanglots, mais comment veux-tu que je me calme ? Je suis au beau milieu du Nevada avec des vampires aux quatre coins des montagnes et toi tu ne trouves rien de mieux que de me demander de me calmer ?!!

Je vis l'expression dans les yeux d'Hugh changer.

- Tu vas revenir doucement sur ton siège, d'accord ? Je vais prendre ta place.

- Va te faire foutre ! Lui lançai-je méchamment.

- Fais ce que je te dis, m'ordonna t-il.

Hugh fixait quelque chose derrière moi et je me retournai. Séparé par une simple vitre de portière, un Indésirable se tenait à une dizaine de centimètres de moi. Son visage hideux collé contre le carreau me souriait vulgairement, l'envie se lisant dans son regard affamé. Je fis un bond vers Hugh sur qui j'atterris lourdement. Il se dégagea et se remis derrière le volant. Hugh voulu démarrer mais les clefs ne se trouvaient pas sur le contact.

- Les clefs ?! S'interrogea t-il. Merde ! Où sont-elles ?!

Je le regardai affolée, incapable du moindre geste.

"- Regarde sur la couchette !" Me cria t-il. Tandis qu'il se penchait pour voir si elles n'étaient pas tombées sur le plancher.

Je ne réagis pas.

- Lana, bouge-toi bordel !!

Je le regardai comme s'il s'était adressé à quelqu'un d'autre, comme si j'avais assisté à la scène depuis un fauteuil de cinéma. Voyant que j'étais complètement tétanisée et incapable de lui apporter une aide quelconque, Hugh se précipita à l'arrière de la cabine à la recherche des clefs.

L'indésirable donna un coup de poing d'une puissance phénoménale dans la vitre qui se fendilla. Je poussai un hurlement sous le choc de l'assaut et Hugh revint à sa place avec la clef de contact dans la main. Il l'introduisit dans la fente et la tourna. Le camion vrombit et Hugh appuya au maximum sur la pédale d'accélération. Le poids lourd fit un bond en avant, s'élançant sur le macadam. L'indésirable redonna un violent coup de poing dans la vitre qui éclata. Des milliers de bouts de verre volèrent autour de nous. Je me protégeai les yeux avec mon bras. J'en avais partout, dans les bras, le crâne, les cheveux mais aucun ne me blessa. Hugh avait été touché au visage et un filet de sang dégoulinait de son front. Une vilaine entaille barrait sa joue également. L'indésirable commença à monter le long du camion pour entrer dans la cabine par la vitre brisée. Il s'accrocha au bras d'Hugh et je pus distinguer ses mains longues et squelettiques pourvues d'impressionnantes griffes. Hugh essaya de se dégager de son emprise mais le vampire était bien accroché. Le camion faisait des zig zag sur la route et ses phares balayaient la nuit comme pour demander du secours.

- Sous mon siège ! Hurla Hugh à mon intention.

Je le considérai un moment.

- Putain Lana remues toi !!

Je sortis de ma torpeur et me baissai sous le siège d'Hugh. J'attrapai un fusil à pompe et le sortit. Hugh me le prit des mains et le dirigea à bout portant sur l'Indésirable. Il tira et le vampire reçu la balle en pleine tête. Son crâne explosa sous le choc et du sang gicla jusqu'à moi. Je poussai un hurlement de dégoût, essayant de passer au travers des gouttes de matière grise qui constellèrent la cabine. Le vampire lâcha prise, roulant sur la chaussée. Hugh se pencha à la fenêtre, s'assurant qu'il n'était pas resté accroché à la remorque.

- Ca va ? Me demanda Hugh en se retournant vers moi.

- Je crois... Réussis-je à articuler. Est-ce qu'il va revenir ?

- Avec ce que je lui ai mis, je ne pense pas.

- D'où sortait-il ?

- Droit de l'Enfer.

Hugh avait été bien touché par les bris de verre. En plus, l'Indésirable lui avait ouvert le bras en s'agrippant à lui. Au bout de quelques minutes Hugh arrêta le camion. Il fallait absolument qu'il se soigne, le sang continuer à couler.

Il avait de quoi panser ses blessures à l'arrière de la cabine. Il s'installa sur la couchette et ouvrit la mallette devant lui. Je le rejoignis, lui proposant mon aide. Il avait plusieurs éraflures sur le visage dues aux éclats de verre qu'il avait reçu lors de l'explosion de la vitre. La plus grande se trouvait sur sa joue gauche, elle faisait cinq bons centimètres. Je pris du coton sur lequel je versai du désinfectant. Je m'approchai du visage d'Hugh et tamponnai délicatement ses blessures. Une grimace de douleur se dessina sur son visage.

-Pardon... M'excusai-je

Il me sourit et tendit son bras. L'entaille était plus profonde que celles du visage. Il aurait eu besoin de points de suture mais il faudrait se contenter de désinfecter. L'indésirable avait planté ses griffes violemment et la plaie n'était pas belle. Je pressai le coton imbibé et regardai Hugh.

- Ca va... ? Ca ne fait pas trop mal ?

- Ca va aller.

 Je pansai le bras et attachai fermement la bande.

- Te voila tout neuf.

- Merci la petite française.

Il posa son regard sur moi et me fixa quelques secondes sans dire un mot.

- Quoi ? Finis-je par lui demander.

- Tu es belle.

Je souris, gênée du compliment. Il me prit la main et la porta à ses lèvres. Il l'effleura délicatement sans me lâcher des yeux. Mon coeur battait la chamade et je trouvais la situation totalement irréelle. Je venais de découvrir des choses extraordinaires qui avaient fait écrouler le monde dans lequel je vivais. J'aurais pu mourir, me faire massacrer, j'éprouvais une peur viscérale, une peur que je n'avais jamais ressentie auparavant, tellement inimaginable que je ne pouvais même pas mettre des mots dessus et, malgré tout cela j'avais une envie irrépressible de lui. Un désir profond auquel je n'avais aucune intention de résister grandissait dans mon ventre, alors je l'attirai à moi.

Il me fit l'amour comme jamais personne ne me l'avait fait. Je me sentais vivante et humaine. Ce fut tellement bon que j'aurai voulu que ça ne s'arrête jamais. Toute cette explosion d'émotions diverses me bouleversait. Passer de la peur de mourir au plaisir et à l'abandon total de soi était assez déconcertant pour quelqu'un qui avait une vie aussi paisible qu'un lac. Tout est toujours réglé au millimètre prêt, aucune émotion, aucune sensation, aucun sel. Je réalisai que ma vie avait un encéphalogramme totalement plat. Jamais aucune surprise, mise à part celle de découvrir que le plat du jour au restaurant est celui qu'on préfère. Un tel bouleversement émotionnel en si peu de temps me fit incompréhensiblement redouter le retour à la civilisation. J'aurais tout donné pour rester là, allongée contre lui et avoir la faculté de suspendre le temps.

Je me réveillai sur la couchette, seule. Nous roulions sur un chemin de terre battue à une vitesse extrêmement réduite. Hugh fumait une cigarette, son bandage était rouge de sang.

- Où sommes-nous ? Demandai-je

- Nous arrivons, me répondit-il.

- Mais où ? Insistai-je

Nous arrivâmes à un camp clôturé par d'immenses barrières de fil barbelé. L'entrée était surveillée par deux militaires armés, des caméras et d'énormes projecteurs étaient braqués sur le camion.  A l'intérieur du camp, l'agitation semblait intense. Hugh ouvrit la portière.

- J'en ai pour deux minutes. Et il claque la porte. Je regardai ma montre, il était trois heures et demie.

Il se dirigea vers l'énorme portail de fer et certaines caméras suivirent son déplacement, les autres restant orientées sur le camion. Il serra la main des deux militaires et commença à parler. Depuis la cabine je ne pouvais distinguer leurs paroles mais Hugh faisait des gestes vers le poids lourd.

Il revint et répondit à ma question :

 - Nous sommes arrivés à la base. C'est ici que vivent les nettoyeurs du Nevada et que toutes les expériences sur les Indésirables sont effectuées.

- Mon Dieu, mais comment est-ce possible ?

- Nous ne sommes pas au courant de la moitié des choses qui se passent dans ce pays, n'est-ca pas ?

- Tu crois que la base 51 existe ?

- Roswell ? J'en suis à peu près persuadé. On ne nous confie pas tout, dit-il en rigolant. On fait notre job ici et on évite de poser trop de questions.

Le camion traversait le camp. Partout des hommes armés arpentant de long en large les allées à peine éclairées. Hugh m'expliquait qu'aucun avion n'était autorisé à survoler la base, à part Air Force One. Les voies d'accès étaient extrêmement difficiles et le chemin tortueux par lequel nous étions arrivé unique et étroitement surveillé. Je restai subjuguée par toute cette activité insoupçonnable sur laquelle nous fantasmions uniquement à travers le cinéma Hollywoodien.

 - Il n'y a aucun bâtiment... C'était plus une constatation qu'une question.

- Bien sur qu'il n'y a aucun bâtiment, tu t'attendais à trouver des pancartes sur la route aussi ?  Me répondit-il sur un ton légèrement moqueur.

C'est vrai, ma réflexion était stupide et je souris. Hugh arrêta le camion devant une rangée de militaires.

- On descend, m'informa t-il.

Je descendis donc du véhicule et me retrouvait à côté du camion avec une dizaine de lampes électriques dirigées vers moi. Je me protégeai les yeux de la main, éblouie par d'aussi vives lumières.

 - C'est bon les gars... Intervint Hugh. La pêche est dans la remorque vous pouvez décharger.

- La pêche ? Repris-je.</SPAN>

- Ce qu'on a ramassé pendant la nuit si tu préfères.

- Tu veux dire qu'il y avait un de ces monstres avec nous dans le camion ?!

- Ouais, et parfaitement raide tu peux me croire !

Je me souvins du bruit de la remorque qui s'ouvrait lorsque Hugh avait quitté le camion la première fois. Je ne savais pas encore ce qui m'attendait à ce moment là...

Deux militaires s'approchèrent de nous et nous demandèrent de les suivre.

 - Où nous emmènent-ils ? Chuchotai-je à Hugh.

- Ca va être le moment de faire ton choix.

Je le regardai avec hésitation, ralentissant le pas. Il me prit par le bras et me redemanda pour la énième fois de lui faire confiance. Jusque là, il fallait bien avouer que j'avais eu raison d'avoir foi en lui. Nous suivîmes les deux militaires à un endroit où les la végétation était étrangement dense si l'on prenait en considération la région dans laquelle nous nous trouvions. De là partait un sentier que nous prîmes. Nous marchâmes un bon moment. Des militaires étaient postés presque tous les vingt mètres et me dévisageaient lorsque nous passions devant eux. Un étranger dans leur base devait les intriguer profondément, qui plus est quand cet étranger se révélait être une étrangère. Hugh semblait connaître à peu près tout le monde si j'en jugeais par les signes de tête qu'il distribuait à la moitié des soldats. Nous parvînmes finalement à une petite clairière. Au centre de celle-ci, quatre gardes, immobiles comme des statues portaient leur mitraillette en bandoulière. Derrière eux, deux plaques de ferrailles étaient posées au sol, entourées par deux poteaux en fer d'un mètre environ devant lesquels les militaires ne bougeaient pas d'un millimètre. Nous approchâmes au centre de la clairière et l'un des deux soldats qui nous accompagnait sorti un badge qu'il tendit à l'un des cerbères.

- Jackson nous attend, dit-il à la sentinelle.

Notre accompagnateur approcha de la borne en ferraille et posa sa main dessus. Un bruit électronique se fit entendre puis il recula. Le gardien introduit un passe dans la fente de la borne alors qu'un deuxième militaire effectuait simultanément l'opération sur sa jumelle.

Les deux plaques de fer s'écartèrent, dévoilant un escalier qui semblait mener directement vers les entrailles de la Terre.

- Tu vois pourquoi nous n'avons pas besoin d'un bâtiment, me chuchota Hugh 

Un militaire me fit signe avec sa mitraillette d'emprunte l'escalier. J'avançai, Hugh me suivait, une main dans mon dos.

Nous descendîmes les marches, creusées à même la roche. Les lumières qui éclairaient notre descente étaient vives et blanches, aveuglantes et impersonnelles. Les plaques se refermèrent au-dessus de nos tête, la Terre nous avait avalé tandis qu'une angoisse profonde commençait à m'envahir. Hugh ressenti mon inquiétude et posa sa main sur mon épaule. Il était le seul auquel je pouvais me raccrocher, mon unique espoir vers lequel je pouvais encore me tourner.

Arrivés en bas des escaliers, nous dûmes suivre un couloir sur plusieurs dizaines de mètres. Les murs blancs et les sols carrelés ne faisaient que renforcer la froideur de l'endroit. Seules quelques portes blindées d'un gris neutre venaient agrémenter le décor. Nous arrivâmes au bout du couloir, un sas nous forçant à nous arrêter. Un des deux militaires appuya sur ce que je pris pour un interphone.

- Soldat Terry, Calley et Redman. Jackson nous attend. Nous amenons l'Alternative.

-         L'Alternative ? Dis-je tout bas en me retournant vers Hugh. 

Hugh me fit signe de la tête en guise de confirmation. Au-dessus de nous, deux caméras pivotèrent et s'assurèrent que la voix correspondait bien à l'homme. Le sas s'ouvrit avec un bruit de décompression. Les deux militaires nous priâmes d'entrer et restèrent à l'extérieur.

- Jackson est de l'autre côté, Redman. Mission terminée, dit-il ». Et il salua militairement Hugh, suivit de son acolyte. Hugh leur rendit leur salut et nous nous retrouvâmes tous les deux, seuls dans le sas.

« Pourquoi passe t-on là dedans, lui demandais-je.

-         Ils vérifient une dernière fois que nous ne sommes pas en possession de quoi que ce soit qui puisse leur nuire.

-         C'est un détecteur de métal ?

-         Plus que ça… C'est un détecteur de pensées… 

Je le regardai interloquée, ne sachant s'il se moquait de moi ou non. Le sourire qu'il m'adressa ne fit que confirmer l'amour que j'avais pour lui. Mais comment était-ce possible d'aimer quelqu'un en si peu de temps ? C'était en réalité la première fois que je rencontrais un homme comme lui. Honnête et droit, intelligent et doté de bon sens, fort et courageux et… Terriblement séduisant. Pourrais-je le revoir après ça ? En aurais-je le droit ? Je n'avais aucune idée de ce qui allait se passer. J'étais au courant d'un secret d'état et je ne voyais pas comment ils pouvaient assurer mon silence. Une surveillance permanente ? La séquestration ? La mort ? Une larme se détacha de mes cils.

- Ca va ? S'inquiéta Hugh.

-         J'ai peur. 

La porte du sas s'ouvrit et nous en sortîmes. Au fond de la pièce dans laquelle nous pénétrâmes, un homme noir était assis à un bureau. Il se leva et vînt à notre rencontre. Il était de grande taille et de carrure imposante. Une vraie armoire à glaces ! Il nous salua de la main, je lui fis un signe de tête en guise de réponse.

- Général Jackson ! S'exclama Hugh en lui rendant son salut.

-         Alors voila notre Alternative, fit Jackson en me regardant.

Je me rapprochai instinctivement de Hugh.

- Comment l'avez-vous récupéré ? Demanda le Général.

-         Elle était en panne sur le bas côté de la route, la nuit allait tomber. Je ne pouvais pas la laisser là.

-         Vous avez bien fait Redman, C'est toujours une vie sauvée. Lui avez-vous parlé du choix qu'elle devra faire ?

-         Je l'en ai informée mais sans aucun détail. 

Ils parlaient de moi comme si je n'avais pas été là. Ni l'un ni l'autre ne m'adressait la parole, comme si cela ne m'avait jamais concerné. Je me retrouvai dans la peau d'un animal prit au piège, attendant que les chasseurs qui l'ont capturé décident de son sort.

 - Très bien Redman, reprit Jackson. Il est temps de la mettre au courant. Laissez-nous à présent.

-         Bien Général, répondit Hugh. Je serai dans la deuxième unité au cas où…

-         Je sais où vous êtes. 

-         Hugh s'éloigna de moi en direction d'une porte que je n'avais pas vue. Il se retourna et me fit un sourire rempli d'espoir.

-         J'espère que tu feras le bon choix.

Deux secondes plus tard, il avait disparu. Je me retrouvai seule avec le Général Jackson dans cette grande pièce aux murs immaculés. La boule d'angoisse qui ne m'avait pas quitté depuis plusieurs heures redoubla d'intensité et Jackson le vit.

-         Asseyez-vous, mle… ? Me demanda t-il en m'indiquant un fauteuil qui se trouvait près du bureau

-         Mle Lana Guardes, réussi-je à articuler en me dirigeant vers celui-ci.