Bruno

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Apr 28, 2008

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Thursday, July 03, 2008

Plus de peur...

Revenant d'une soirée trop arrosée, je me suis allongé au pied d'une résidence.

Proie facile on dira. Mais à La roche Sur Yon (vraiment petite ville de province), ça ne devrait pas être un problème.

Un beur et quelques autres apparaissent, me demandant : "Montrez-moi vos papiers !"

Je ne me laisse pas faire, je me réveille assez pour prendre mon vélo et retourner sur la route.

Non, l'un d'eux me retient par la manche puis me fait tomber de mon vélo.

Et alors des automobilistes font fuir mes assaillants. Ils voudraient que je porte plainte, mais je comprends le climat de haine qui traîne en ce moment. Ils voudraient me ramener à la maison, mais je veux y aller par moi-même. Même pété.

Personne ne m'a fait de mal. C'était de bonne guerre. La peur qu'on sème ne germe que dans ceux qui y sont un terrain fertile.

Il serait plus intéressant de trouver un Jean-Marie pété, je suppose. Quelqu'un qui réagisse réellement à la provocation...

Putain ! A La Roche Sur Yon... Ça craint.

5:21 PM - 3 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Tuesday, May 27, 2008

Sevres en plus grand

Alors un compte-rendu de très mauvaise foi...

Il n'y a pas de phare à Epinal, c'est donc une ville exceptionnelle (ce n'est pas une ville-bateau).

Expo B. Ah que c'est beau...

Un lampadaire anglais très steam-punk plus loin, nous cherchons Mélanie sous les tables. Nous parvenons à la déloger de sa cachette avec l'arme qui conduira un jour à sa perte : le munster. Mélanie est toujours vivante, elle porte des bas à la Ann Rice.

Stéphanie : "Alors, je lis un extrait au hasard : dentelle-dentelle-dentelle- GOTHIQUE-dentelle-dentelle-GOTHIQUE-dentelle-dentelle...."

Gilles Dumay semble un peu complexe. Comme quelqu'un qui cherche un pot de rillettes à tout prix, il ne regarde personne dans les yeux. On me dit qu'il est un peu timide. Je pense plutôt qu'il est resté trop longtemps loin du Mans.

"Elles sont où les rillettes ?"

Je n'ai pas vu Sylvie Denis. Mais elle m'avait dit qu'elle le ferait pas tous les jours. Je me suis fait embrasser par Ayerdhal à la place. Il ne sent pas le pâté sinon je lui aurais dit d'aller voir Gilles.

"Ah ça, c'est ben vrai !"

Sylvie Lainé m'a repéré du premier coup : "Tiens, c'est Francis !". J'ai eu peur de savoir de quel Francis il s'agissait. Bon, Sweetboy, c'est quand qu'on se fait une bise ? ;)

"Ben oui, tu as une veste en cuir et une casquette."

A Epinal, il y a une taxe de séjour pour les hôtels qui, de plus, acceptent de réserver des chambres de l'un à l'autre quand leurs chambres sont en rénovation.

"Alors, on n'est pas obligés de vous la compter mais elle est sur la note."

J'ai pas pu signer mon bouquin parce que Rivière Blanche n'est pas la bienvenue au festival. Bah, je finirai bien par intéresser quelqu'un... lol

"Ben, toi, on te repère bien !"

Les mecs mignons du festival (liste non exhaustive) : Jérôme Vincent, Olivier Girard, Sire Cédric, Manu et sans doute quelques autres...

Les filles mignonnes du festival : Michelle bien sûr, Charlotte (sans doute Charlotte mais bon, on me l'a pas présentée), Bénédicte, Li-Cam...

Mention beauté gothique : Mélanie...

Mention beauté salsa : Flô...

Pardon aux oublis, tout ceci est bien subjectif.

PS : Et merci à Malpertuis pour l'accueil. C'était le stand de la mort qui tue (par opposition à celle qui ne tue pas et fait chier...)

3:48 PM - 9 Comments - 8 Kudos - Add Comment

Friday, April 25, 2008

L’excuse à la NS...

Le meilleur professeur pour trouver des excuses qui entubent tout le monde (ou presque)

2:36 PM - 2 Comments - 1 Kudos - Add Comment

Tuesday, April 22, 2008

Au lavoir des temps modernes...

En allant au lavomatique, je suis tombé sur une annonce de casting pour un film qui serait tourné à la fin de l'année. J'ai des doutes sur le budget et toute l'entreprise (pas de site web), mais comme, a priori, le sujet relève de la SF, je retransmets ici :

"Les Productions Syriusse Horizon Ouest recherchent : acteurs/actrices (merci de nous faire parvenir votre press book), 500 figurants tout âge homme/femme, Ass/Sté reconstituants Naopléonien, 1 réalisateur, 1 metteur en scène, 2 cadreurs, 2 éclairagistes électriciens, 1 ingénieur du son, 1 preneur de son, 2 monteurs monteuses informatiques; 1 photographe scripte, 2 coiffeuses maquilleuses.

Le film : Le secret de la statue équestre de Napoléon place Nap [Note de moi : LE monument de La Roche Sur Yon]

Le sujet : Napoléon revient à notre époque grâce à une machine découverte par hasard dans le socle de la statue par un ouvrier de la ville.

Début du tournage : fin 2008.

Tel. : 06 68 32 03 54
36 rue de Verdun, 85000 La Roche Sur Yon."

Bref, ça peut toujours intéresser des gens des pays de la Loire.

11:49 AM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Thursday, March 27, 2008

Prix Orwell
Category: News and Politics

Tiens, je fais comme Lucie... ;) Une initiative intéressante que je viens de découvrir :
http://bigbrotherawards.eu.org/Palmares-2007-des-Big-Brother-Awards-France.html

5:06 PM - 5 Comments - 9 Kudos - Add Comment

Sunday, March 09, 2008

Non aux congelés de la glotte ou de la glose

Arf. Un article intéressant sur le débat "essentiel" concernant l'utilisation de "au temps pour moi" plutôt que celle de "autant pour moi".

http://mawwic.free.fr/blob/index.php?2005/05/12/77-autant-au-temps-otan

5:57 AM - 5 Comments - 6 Kudos - Add Comment

Saturday, March 08, 2008

Once in a while...
Current mood: contemplative

...or quite too often, for my taste, I "switch". I change my secondary psychological patterns to fit the main situations I am faced with. Which means, I can't hold a grudge for very long. At one point, the hurt I felt doesn't mean a thing anymore. This is unsettling for me and also for others (especially the ones who continuously bear the grudge they hold against me).

Words are just words. They are empty vessels anyone fills with a personal value. Not to say that when dealing with a public situation, it doesn't become more complicated. But when someone chooses to act hurt, stricken or offended by mere words, I am reminded that words do have a shared value and that they reveal more about the person who react to them than the person who says/write them (one thing some extremists in France have understood quite well).

Faced with people who never take responsibility for their thoughts, I am always amazed to what extents simple situations that could be stopped by merely dismissing them become huge stupid wars.

I just "switched" from being completely shaken by such a psychological war to seeing it from far away. Of course, there are consequences. There might be or there will be. I don't care. It is bringing me ahead.

We build from our errors/failures, not from our successes...

12:05 AM - 1 Comments - 4 Kudos - Add Comment

Monday, February 25, 2008

Du Zélire à l’Yguande (12)

Ah, la fin du texte écrit. Frustrant, hein ? ;)

" Léonie avait très vite localisé le livre. Maintenant qu'elle savait ce qu'il contenait et qui l'avait écrit, elle étouffait de rage. L'auteur du récit que le Conclave avait intégré vivait dans son propre univers. C'était impossible ! Pas avec une histoire publiée, ce qui aurait dû être le cas. En revanche, si quelqu'un – et qui d'autre sinon Geneviève ? – avait traffiqué les données, alors elles se trouvaient ailleurs. Une idée terrifiante. Parce que non seulement elles pourraient y mourir, mais en plus elles risquaient de tout détruire par la même occasion : l'univers conscient et ses ramifications.
La cantatrice entra dans un immeuble tout gris. L'appartement de son aînée se trouvait au deuxième étage. Evidemment, il n'y avait pas d'ascenceur. La cage d'escalier, quant à elle, s'avéra fort étroite, pourvue de marches trop hautes pour une vieille dame surenveloppée. Durant sa lente ascension, Léonie analysa de nouveau les éléments qu'elle avait accumulés jusque là. Ce serait sans doute une erreur que de sauter au visage de Geneviève en l'accusant de tous les maux. De deux choses l'une, soit leur cons--ur avait agi avec une insouciance dangereuse, soit elle dissimulait une facette manipulatrice inquiétante. Le mieux était sans doute d'attendre qu'Olivia se réincarnât en personnage secondaire de la présente histoire. À deux, elles auraient plus de force contre les catastrophes potentielles du futur.
Parvenue au premier pallier, la cantatrice s'adossa entre deux entrées d'appartement. Les cheveux et vêtements dégoulinant de pluie, elle respirait bruyamment, suait à grosses eaux, tremblait de toutes parts, à croire que son nouveau corps n'avait pas été prévu pour une telle masse. Machinalement, elle porta le regard sur une plaque argentée, fixée sur une porte vernissée aux tons bruns rougeâtres. Elle sursauta vivement. Le nom gravé dans le métal était : A. DARUX. Le même que celui de l'auteur qui avait conçu le récit en cours. Cela faisait trop de coïncidences en si peu de temps. En temps normal, la vieillarde aurait observé mille et une précautions avant d'interagir avec les personnages d'une histoire. La curiosité gagnant sur la prudence, elle voulut en avoir le c--ur net. Après avoir cherché sans succès un grok pour se faire signaler, elle frappa sur le battant. C'était une méthode rudimentaire mais toujours efficace.
Au bout de quelques instants, un raclement résonna à l'intérieur de l'appartement. Puis une voix rauque s'éleva, étouffée par l'épaisseur du bois.
« Qui c'est ? »
Léonie réfléchit une seconde ; elle avait besoin de voir Darux. Ainsi, elle saurait tout de suite s'il était l'auteur de ce continuum narratif. Une réplique lui vint presque instantanément.
« C'est votre voisine du dessus.
– M'étonnerait, elle a disparu sans laisser de traces.
– Je viens juste d'emménager.
– Qu'est-ce que vous me voulez ? J'ai pas de sel, je suis au régime. »
La grosse dame leva les yeux au plafond. Le vieux ronchon n'allait pas être facile à amadouer.
[Partie pas finie…]


ACTE 2
La religieuse était agenouillée, les mains jointes, le regard levé vers le ciel. Un rayon de lumière rehaussait la pâleur du visage, piquetait les iris gris d'étincelles surnaturelles. L'élément le plus remarquable provenait de l'expression baignant les traits anodins : sérénité, dévotion, extase… Une goutte de salive tomba sur la joue de la bonne s--ur.
Jean d'Aubépin se redressa dans son siège, puis avec un petit mouchoir blanc brodé à ses initiales, il essuya la tâche d'humidité, usant de mille précautions de peur de forcer le liquide dans le papier. C'était de loin sa photo préférée. On sentait qu'il ne s'agissait pas d'un modèle juste payé pour poser mais d'une authentique servante de la foi. Un véritable délice !
Soudain, un bruit de pas précipités s'éleva de l'autre côté de la porte du bureau. Le curé referma en vitesse l'ouvrage qu'il venait d'admirer une fois encore pendant près d'une heure. Il se saisit ensuite d'un dossier qu'il ajusta sur la couverture du Grand Livre des Nonnes. Il n'avait pas honte de sa passion pour les expressions de la croyance – et pour les religieuses – mais il ne tenait pas à ce que ce penchant fût connu de quiconque.

[À suivre… enfin, non, en fait.]"

8:05 PM - 5 Comments - 4 Kudos - Add Comment

Sunday, February 24, 2008

Du Zélire à l’Yguande (11)

Avant-dernier morceau :
" Elle n'avait pas eu le temps de réfléchir plus amplement à la situation. Son alarme psychologique de voyageuse en narration s'était soudain réveillée. En jetant des coups d'--il furtifs à droite et à gauche, la cantatrice avait déterminé la raison de son émoi. La masse roucoulante se fendait au passage d'une silhouette verdâtre, transparente, identique à celle d'un être déphasé par rapport au récit en court. Or, seul le Conclave était censé avoir pénétré dans cette histoire. À moins que quelqu'un n'ait menti sur ce qui était réellement advenu durant l'évanouissement de ses cons--urs. Quelqu'un qui commençait à devenir une explication plus que plausible pour diverses anomalies ici présentes.
Plus tard, les événements s'étaient succédés à plus grande vitesse. Le démon de pierre avait envouté le dessinateur, lequel avait tout à coup été sensible à la présence du personnage déplacé. Puis le jeune homme était parti juste à temps pour manquer l'irruption haletante du religieux sur la place. Le vieillard avait lancé un regard de mépris à la jeteuse de pain, puis il avait examiné la façade de la cathédrale pour rentrer en maugréant. La pluie avait alors fait son apparition, chassant et les oiseaux et leur bienfaitrice.
Toute mouillée, Léonie avait ensuite erré dans les rues, les pensées englouties dans la masse d'informations que les instants passés lui avaient apportée. Un motif pourtant surnageait : l'autre voyageur narratif avait déclenché l'action, malgré son déphasage. Impossible ! Pourtant, la gargouille avait perçu le visiteur, le connaissait peut-être… Et le prêtre avait été conscient du comportement de son monstre pétrifié. La vieillarde éléphantesque en avait été là de son raisonnement quand elle avait reniflé un relent des limbes inter-récitatifs. Un parfum âcre et iodé. L'étranger était passé par là. La piste se dirigeait vers un bâtiment imposant à la façade semblable à celle d'un lieu de culte.
La cantatrice s'était attendue à pénétrer au milieu d'une cérémonie religieuse, peut-être au moment d'un sacrifice – elle savait si peu de choses sur cet environnement, les apparences s'avérant très souvent trompeuses. Au lieu de cela, elle était entrée dans un vaste hall empreint d'un quasi-silence inquiétant. En même temps, elle avait perçu un doux murmure familier, semblable à un froissement d'étoffe sur un fauteuil en velour. Tout d'un coup, l'odeur de l'autre avait paru plus intense. Piquée par la curiosité, Léonie s'était avancée jusqu'à une sorte de petit comptoir encombré de… livres. C'était bien un lieu de culte, après tout ; un sanctuaire pour les voyageurs comme elle.
La jeteuse de pain avait été prête à suivre la trace de sa proie, vers la gauche de l'édifice, quand une voix autoritaire lui avait ordonné de s'immobiliser sur le champ. Les sourcils froncés, elle s'était tourné vers la source du son cacophonique. En face d'elle, entre deux piles d'ouvrages, se dressait une grande asperge prolongée d'un chignon aussi ridicule que pointu. La cantatrice avait haussé les épaules, tout en entamant un mouvement vers la gauche, mais l'autre avait répété son injection sur un ton à la limite de l'hystérie. Excédée, la voyageuse avait fixé la bibliothécaire avec toute la force que l'énervement des dernières heures avait accumulée en elle. Et soudain, c'était sorti : un bruissement d'ailes, un brouhaha de roucoulements, le tout concentré en un faisceau gris marbré de blanc. Le rayon avait frappé le cerbère des lieux en pleine face, imposant à ses traits disgracieux une hébétude non moins grotesque.
Sur le coup, Léonie s'était émerveillée du pouvoir que les pigeons lui avaient apporté. Puis, toute à sa préoccupation principale, elle avait repris sa chasse à l'étranger. Chemin faisant, elle avait croisé un couple anodin qui semblait avoir survécu à l'autorité de la mégère de l'entrée. Un peu plus loin, elle avait débouché sur un espace occupé par des tables et des fauteuils. La trace de l'intrus avait été plus intense, mais elle s'évanouissait abruptement, comme si l'individu s'était rephasé dans l'histoire. C'est alors que la grosse dame avait compris : elle venait juste de passer à côté de sa proie sans le savoir.
Plutôt que de rebrousser chemin dans l'improbable espoir de retrouver l'inconnu, elle avait décidé de reconstruire le trajet de celui-ci dans cet endroit. Alors qu'elle pénétrait entre deux rayons, elle avait noté la présence du dessinateur, lequel se dirigeait vers l'un des sièges. Grâce à son odorat, elle avait pu remonter jusqu'à l'emplacement vacant d'une étagère. Oui, tous ses sens de voyageuse littéraire lui soufflaient que l'autre s'était arrêté là, avait même pris contact avec une histoire, peut-être pour entamer son rephasage narratif. Mais l'ouvrage avait disparu. Pourtant, si l'objet avait accompagné la trace olfactive qui aboutissait aux tables, il aurait dû amplifier les miasmes, ou au moins les perturber d'une manière significative. Il avait donc été emprunté par quelqu'un. Très récemment."

4:22 AM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Wednesday, February 20, 2008

Du Zélire à l’Yguande (10)
Category: Writing and Poetry

On est près de la fin :

" Virgile accéléra le pas, les yeux fixés sur sa proie. Au fur et à mesure qu'il s'approchait de l'étranger, il avait de plus en plus de mal à le distinguer. Ce dernier se dissolut dans l'atmosphère, d'abord transparent puis invisible. Lorsque le peintre parvint à son but, il ne trouva pour seule preuve de sa vision que le livre dépassant de la rangée D. Sur la tranche grisâtre, des lettres argentées proclamaient : La malédiction de l'Yguande par Adrien Darux. Le quatrième de couverture n'éclairait guère sur le contenu de l'histoire ; il y était fait mention d'une créature bizarre qui transformait une société guerrière en hâvre utopique à la limite de la mièvrerie. Le jeune homme haussa les épaules. Que s'attendait-il à comprendre, de toutes façons ? Une silhouette étrange lui avait indiqué ce roman, point. S'il s'agissait d'un tour de son inconscient, il avait intérêt à emprunter l'ouvrage. Néanmoins, il avait plus important à accomplir avant. Son nouveau fardeau sous le bras, il se dirigea vers l'aire de lecture tout en fouillant dans son sac à dos d'où il repêcha le paquet de la poste. Fort heureusement, il avait pensé à défaire l'emballage hors de la bibliothèque. Le chameau l'avait déjà expulsé pour moins de bruit que ça.
En s'installant à l'une des tables, il remarqua que Coupel avait disparu. Lorsqu'il repensa au contenu de son court contact mental, Virgile ne put s'empêcher de ricaner. Un homme inverti en vaut deux. Pour un coureur de jupons tel que le garagiste, ce devait être la pire des insultes. A posteriori.
L'illustrateur retira le manuscrit, une épaisse liasse de feuilles tapées en simple interligne, de son enveloppe. La lettre d'accompagnement, signée par la directrice de collection, Stéphanie Lanuit, ne brillait pas par son originalité. Enfin, l'important était de connaître la date-limite de remise des dessins ainsi que le montant de la rémunération. Il faillit d'ailleurs égarer le chèque qui virevolta vers le tapis en s'échappant du paquet. Par paresse, il laissa le bout de papier au sol. L'histoire, quant à elle, s'intitulait Délirius, une gargouille en été par un jeune débutant du nom de Goliath Deveau. L'artiste réprima un soupir de dégoût : un premier roman serti d'un pseudonyme qui ne présageait rien de bon. À contre-c--ur, il commença de lire. Passées les citations et les premières lignes, il se surprit à glousser. Il y avait si longtemps qu'il n'avait pris un tel plaisir dans la lecture d'une fiction. Les mots défilaient si vite que seuls le sens en émanait, et avec lui les images, les paroles qui se mettaient à luire et résonner dans le vide de ses pensées, vivantes, surimposées à la simple perception des caractères imprimés. Au bout de quelques instants, il se fit violence afin de détacher son regard du roman. Il avait dépassé la page cinquante. Tout compte fait, il voulait se délecter du récit dans un environnement plus confortable, baigné par l'accompagnement musical approprié.
Virgile rangea ses affaires dans son sac. Au dernier instant, il remarqua le chèque qui traînait encore à terre. Il s'accroupit pour le récupérer puis se redressa. Pour plonger ses yeux dans ceux d'une vieille dame vêtue de gris. Droite comme un piquet, celle-ci se tenait de l'autre côté de la table. Ses iris couleur d'acier délavé semblaient absorber les alentours à la manière d'un tourbillon émotionnel qui aurait aspiré tout sentiment de gaieté en un clin d'--il. Mais la tristesse qui se dégageait du personnage ne diminuait en rien l'autorité qui émanait du visage et de la main tendue. Le jeune homme regarda la table, y aperçut le livre de Darux. C'était donc ça qu'elle voulait ? Subjugué par la détermination de l'autre, il prit l'ouvrage pour le déposer dans la paume ridée. Satisfaite, la vieillarde fit volte-face. Ce ne fut que quand elle eut disparu que le peintre se souvint où il avait aperçu cet individu : c'était la jeteuse de pain du parvis de la cathédrale.
Enfilant les bretelles de son sac, Virgile décida qu'il était temps de rentrer à la maison. Cette mâtinée fourmillait trop en événements bizarres. Il ne se sentait pas près pour un voyage dans la quatrième dimension. Lorsqu'il dépassa le point information, il capta du coin de l'--il la silhouette de Mlle Agnès. Arrivé à la porte, il s'en voulut d'avoir si mal dormi la nuit précédente. Même dans le songe le plus absurde, la bibliothécaire n'aurait jamais agité les bras comme si elle volait. La violence de la pluie ne le surprit qu'à moitié. En un rien de temps, l'eau le lava de ses derniers doutes.


CH--UR
Léonie était furieuse. Elle revenait de la bibliothèque, arpentant des rues que son instinct lui soufflait d'emprunter. Parfois, elle manquait buter dans un passant mais ne se donnait pas la peine de lever le regard ou de tourner la tête pour s'excuser. Ces gens ressemblaient à ceux de la précédente histoire. Pourtant, ce n'était pas le motif de son ire.
De fait, il y avait peu de choses qui la troublaient dans ce nouvel environnement. Elle se moquait de la forme physique qui lui avait échu non plus que de la fonction attenante. Jeteuse de pain doublée de sorcière, la belle affaire ! Ce n'était pas la nouveauté ni la logique qui l'attiraient dans les récits qu'elle investissait. C'était le sentiment de renaître et de prolonger indéfiniment la dernière seconde de sa vie, l'ultime instant précédant sa mort. Elle aimait reculer l'inévitable par son astuce, déjouer l'incontournable avec une porte secrète. Cependant, elle n'avait jamais éprouvé une telle colère, notamment à cause du livre qu'elle avait fourré dans son sac.
Le récit avait pourtant bien débuté dans une ambiance et des décors agréables. Entourée de pigeons, la cantatrice s'était retrouvée à l'endroit idéal pour observer les acteurs principaux de l'histoire. Le dessinateur avait été le plus facile à repérer : un petit jeune d'une trentaine d'années, les cheveux bruns mi-longs éparpillés en mèches sur le front et les joues, les yeux bruns attentifs, perdus dans un carnet à croquis posé sur ses genoux. Ensuite, il y avait eu le prêtre, juché dans sa tour, épiant ses paroissiens à la manière d'un oiseau de proie. Enfin, l'une des gargouilles semblait avoir un rôle de premier plan ; il s'agissait d'une sculpture noirâtre représentant un démon à tête humaine, les mains griffues lancées dans le vide, le corps difforme dissimulé à demi par une toge aux amples replis. Chose plus insolite, l'effigie n'abritait pas que des pigeons. En voyant la petite créature rosâtre qui voletait de ci de là, autour de la statue, Léonie avait dressé le sourcil. Non pas à cause de l'insolite de la chose mais parce qu'elle avait déjà vu ce genre de phénomène auparavant. Dans une autre histoire…"

3:37 PM - 1 Comments - 2 Kudos - Add Comment


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