Eh bien oui ! J'exagère ! (Edmond Rostand, "Cyrano de Bergerac", acte 2, scène 8)

Wednesday, December 03, 2008

Maudit décembre

C’est une tradition.



Je ne parle pas de Noël, ce jour où l’on ne sait plus qui fêter, du supposé Jésus supposé Christ, ou d’Hermès, dieu des voyageurs, des marchands et des voleurs (quelle belle association d’idée…) ; même si, question dieu, c’est pourtant bien le grec qui domine le marché de Noël.



Justement, je ne parle pas non plus du Marché de Noël ou, devrais-je dire, de l’espèce de sous kermesse de patronage laïque qui s’étale au pied de l’hôtel de ville, à deux pas des dealers qui, par leur présence quotidienne – honneur leur soit rendu –, empêchent toute dégradation du monument aux morts du square Mathon.



(J’ouvre ici une parenthèse afin de préciser aux lecteurs attentifs et pointilleux qu’il n’y a pas d’erreur dans le paragraphe précédent : je parle bien de dealers qui surveillent le square Mathon, et non de matons qui surveilleraient des dealers dans un square. Certes, un doute pouvait planer, tant il est vrai – et nous le noterons d’ailleurs avec stupeur – que dealer est un mot qui s’associe phonétiquement très bien avec maton, quelle qu’en soit l’orthographe.)



Non. Pour la troisième année consécutive, ma première chronique de décembre consistera encore en l’expression de ma haine profonde pour ce mois à la con ! C’est ma tradition.



Encore que, je dois bien l’admettre – le cœur au bord des lèvres, mais tout de même – il est une coutume qui trouve grâce à mes yeux et que je me targue d’avouer une fois l’an dans ces pages : j’adore me farcir une petite dinde à la Noël. Mais tout le reste, non, je ne supporte pas. Sauf quand il y a des trucs sympas à la télé, au moment des fêtes. Il y a quelques années, c’était le détournement d’un Airbus par des islamistes. Et, plus récemment, le tsunami en Thaïlande. Autrement plus palpitant que la messe de minuit, avouez...


Mais le pire, je crois, est ce cortège insupportable des associations caritatives qui viennent frapper à nos écrans de télé tout au long de décembre. On ne peut plus manger son foie gras en paix, entre deux gorgées de Sauternes. C’est vraiment très pénible.



Alors je préfère les prévenir tous et tout de suite : cette année je ne donnerai rien à personne. Que dalle. Pas le moindre centime. Pourquoi ? A cause de la crise. Na !



Attention ! Il serait faux de comprendre que je ne donnerai rien parce que je n’ai plus un rond, même si ça n’est pas tout à fait faux… Non, je ne ferai aucun don parce que je suis très en colère : Pourquoi en effet faudrait-il que ce soit à moi d’aider mon prochain ? Nos gouvernements se déchargent de leur responsabilité sur les associations ; au mieux se contentent-ils de pondre des mesures dont l’efficacité fait parfois douter et souvent défaut, ce qui est à la fois un euphémisme et un zeugme.



Au lieu de ça, les gouvernements du G20 ont tenté d’enrayer la crise en utilisant l’argent public pour renflouer des banques ! Des milliards à la pelle, dont on se demande même d’où ils ont bien pu les sortir ; les milliards, pas les pelles, essayez de suivre, s’il vous plaît…



Donc, tant que les états ne s’occuperont pas mieux de leurs citoyens, je boycotterai ce foutage de gueule organisé et appliquerai l’adage « charité bien ordonnée commence par soi-même ». De toute façon, je ne me souviens pas que quiconque ait jamais payé mes factures à ma place.



 



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Wednesday, November 19, 2008

Gentillesse

L’autre jour, j’allume la radio et j’entends quoi ? Que c’est la journée mondiale de la gentillesse ! Sur le coup, j’ai eu un peu peur. J’ai cru qu’il s’agissait encore d’une journée inventée par je ne sais quelle andouille, où l’on devrait aller bosser plus pour ne pas gagner plus, comme à la Pentecôte, pour la journée de solidarité avec les personnes âgées.


 


Pas du tout. On nous invitait à être gentil, tout simplement, parce qu’il y a vraiment trop de méchanceté dans le monde, paraît-il. Voulez-vous que je vous dise ? On, c’est un con. Non mais, qu’est-ce qu’il croit, ce On ? Que, ce jour-là, ce sera férié pour tous les bourreaux de la planète ? Qu’il y aura double ration à Guantanamo ? Que les gangs attendront sagement le lendemain pour régler leurs comptes ? Que les escrocs laisseront leur argent à leurs victimes une journée de plus ?


 


Qu’il est con, ce On ! Je parie qu’il est pote avec le On qui a inventé la journée mondiale des femmes, ce qui laisse les trois cent soixante-quatre autres aux hommes ; ou avec le On qui a inscrit au calendrier la journée mondiale de lutte contre le sida, comme si cela ne devait pas être un combat de chaque jour.


 


Mais bon. Moi, bonne poire, je me dis qu’après tout, cela ne me coûte rien d’essayer… Alors, pour une fois, je change mes habitudes. Je dis bonjour, merci, et au revoir à la boulangère. J’amorce une conversation avec ma concierge. Je tourne en rond comme un con pendant des heures au lieu de me garer sur les places pour handicapés. Je laisse un pourboire à la serveuse du restaurant. Je tiens la porte à la dame enceinte. Et j’aide une dame âgée à traverser la rue ; je repousse même l’idée subite de partir en courant en la laissant se démerder au beau milieu du carrefour. Un vrai boy-scout.


 


Pétri de tant de bons sentiments, je fus choqué – pas moins – par les propos d’un groupe d’adolescents au sujet de la longueur et du crochu du nez d’un passant, puisqu’ils déclarèrent, je cite, qu’avec un tarin pareil, il devait être juif.


 


Au nom d’une certaine morale ou, au pire, pour ne pas avoir de problèmes, les parents tentent d’inculquer à leurs enfants le respect de l’autre dans sa différence et que ce n’est pas beau de se moquer des défauts physiques des autres. Mais il y a toujours un moment où ça dérape, l’être humain est ainsi fait. Mais je fus choqué – pas moins, je le répète – de constater l’inculture et le manque de sens de l’observation de ces jeunes : l’homme en question ne pouvait manifestement pas être juif puisqu’il sortait d’une charcuterie. Pas très kasher…


 


Et puis c’est quoi ces raccourcis faciles selon lesquels un type qui a un nez crochu est forcément juif ? Et un type qui arbore de grandes oreilles, alors, il est quoi ? Dumboïste ? Il attend le retour de l’éléphant-messie pour s’envoler, peut-être ? Et celui qui a du ventre, il vénère le bouddha ou Homer Simpson ? Et celui qui a un grand nez, de grandes oreilles et du bide, il est judéo-dumbouddhiste, peut-être ?! Non, il n’est pas aidé, c’est tout. S’il croit en Dieu, il lui en veut terriblement. Et s’il est comme moi, il lui rend la monnaie.


 


Bref, cette journée de la gentillesse, j’ai détesté. Rien que d’y repenser, j’ai de l’urticaire. Et l’an prochain, c’est décidé, je ferai exprès d’ennuyer le plus de monde possible.


 


Quant à Obama, il est toujours vivant à l’heure où j’écris ces lignes. J’espère qu’il le sera encore quand vous les lirez. Encore que. A bien y réfléchir, je m’en fous un peu.


 


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Wednesday, November 05, 2008

Obama

Voilà, ça y est, l’événement a eu lieu. Ou, devrais-je dire, le non-événement. Parce que, depuis le temps qu’on nous dit qu’Obama va remporter l’élection présidentielle américaine, nous nous sommes bien habitués à l’idée, reconnaissons-le.


 


En fait, les seuls qui ne s’y sont pas encore faits sont les militants du Ku Klux Klan. Il paraît que, depuis le 5 novembre, le taux de suicide au sein du mouvement est énorme… « Des pertes acceptables », aurait déclaré un haut responsable du mouvement avant de s’immoler par le feu. « De toute façon, on a plein de nouvelles adhésions dans tout le Sud du pays », aurait rajouté le président du mouvement, avant de partir pour l’église, son fatal bazooka sur l’épaule, en chantant « fous ta cagoule ! ».


 


C’est bizarre que cette bande de tarés congénitaux n’aient pas compris que le changement était en marche. Car, même Hollywood avait entrepris de nous y préparer. Mais si ! Rappelez-vous : David Palmer, dans la série 24 heures chrono, devient le premier président noir des Etats-Unis d’Amérique. Il se fait assassiner très vite, d’ailleurs…


 


Ils sont forts, à Hollywood. Car, même pour le cas où Mc Cain l’aurait finalement emporté, les scénaristes avaient aussi déjà laissé présager la présidence de Sarah Palin. Mais si ! Rappelez-vous : Dans Commander in Chief, Geena Davis incarne la vice-présidente Mackenzie Allen qui se retrouve à la tête des USA après l’attaque cérébrale du vieux président. Tout était prévu, je vous dis.


 


C’est inquiétant, si c’est vrai. Car, si j’en crois Stargate SG-1, les Américains se rendent depuis plusieurs années sur d’autres planètes de notre galaxie grâce à un appareil extra-terrestre trouvé près des pyramides d’Egypte, bien sûr, pas à La Grande-Motte. Les extra-terrestres, dont on sait qu’ils sont belliqueux et ont pris forme humaine, depuis Les Envahisseurs (au fait, que devient David Vincent ?). Et peut-être que, parmi nous, anonymes, vivent des individus avec des pouvoirs surnaturels, comme dans Heroes ! Et puisqu’on parle de gens bizarres, je crois que mon voisin de pallier est un vampire, si quelqu’un sait où joindre Buffy, je suis preneur…


 


Enfin, bref ! Mc Cain, c’est ceux qui en parlent le plus qui votent le moins, la deuxième guerre de Sécession va bientôt être déclarée par les états du Sud, et des hordes blanches conservatrices et rétrogrades tenteront de bouter le noir hors la Maison-Blanche.


 


Mais qu’elle était belle, cette ferveur populacière sur les places publiques américaines à l’annonce du résultat. Cela m’a rappelé le 10 mai 81, quand la Charentaise mouilla sa culotte à l’idée qu’avec de la fraternité tout serait possible, surtout que ça sentait bon la rose. De toute façon, je ne sais pas si les Américains ont vraiment gagné quelque chose en élisant Obama. Avez-vous seulement écouté son discours, juste après sa victoire ? Toutes les deux minutes, il disait : « Yes ! Week-end ! » Ce type-là m’a tout l’air d’une sacrée feignasse qui passe ces semaines à attendre son congé de fin de semaine, c’est évident. Ou alors mon anglais n’est plus ce qu’il était, c’est possible aussi, remarquez…


 


Alors, qui parie qu’Obama ira jusqu’à la fin de son mandat sans être assassiné ? Qui pense au contraire qu’il n’aura même pas l’occasion de prêter serment ? Ce serait dommage, ils ont prévu une belle fête. Le monde entier y sera représenté : blancs, jaunes, noirs, chrétiens, juifs, musulmans. Il paraît que même Ben Laden doit venir, qu’il aurait affrété des avions…


 


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Wednesday, October 22, 2008

Deux ans

Vous n’imaginez pas comme parfois je regrette que Le Brestois n’ait plus sa parution hebdomadaire, comme à ses débuts il y a deux ans déjà. Car j’aimerais de temps à autre traiter à chaud de certains sujets qui font la une des journaux et enflamment les débats à la radio, à la télévision, et le long des comptoirs entre deux rapido ou deux demis – c’est selon. De ces sujets qui, moi aussi, me titillent les surrénales, comme disait l’autre, mais que notre parution bimensuelle m’oblige à délaisser, les doigts gonflés d’une amertume qui n’exsudera sur aucun clavier, pas même Christian.


 


Mon libraire et quelques andouilles à qui je n’ai rien demandé objecteront qu’il est toujours préférable de ne pas réagir au quart de tour. Certes, encore que… Un : Je n’ai rien contre les transports en commun en Indre-et-Loire, ni où que ce soit – ne me faites pas écrire ce que je n’ai jamais écrit... Deux : Le rugby n’est-il pas un sport à la con, puisqu’il consiste à faire des passes en arrière pour gagner du terrain ? Et trois : La théorie selon laquelle on avance mieux en prenant du recul m’a toujours semblé contradictoire ; d’ailleurs, ne dit-on pas que si tu avances et que je recule, comment veux-tu, comment veux-tu… ?


 


Mais aujourd’hui, c’est un peu mon anniversaire. Deux ans en page 4 et quarante-cinq chroniques dans lesquelles j’ai exhibé les états d’une âme noircie par la pire pollution qu’ait jamais connue cette planète : l’humanité. Et toujours ma carte blanche en poche, alors que les heures de ma bleue sont comme le point : comptées. Donc, alors même que, à l’heure où j’écris ces lignes, l’actualité m’apporte sur un plateau un sujet en or avec la mort de Mère Térésa, je voudrais vous donner mon sentiment sur un sujet qui, à celle où vous les lirez, est déjà sûrement tombé aux oubliettes : les sifflets sur la Marseillaise.


 


(On me signale à l’instant que c’est Sœur Emmanuelle qui est retournée à son Créateur. C’est pareil : l’une comme l’autre étaient des religieuses qui s’occupaient des pauvres dans des pays où le christianisme était minoritaire et où elles n’ont même pas été foutues de mourir en martyres. Des sortes d’Abbé Pierre sans les couilles, ou de Jean-Paul II avec.)


 


Et donc, écrivais-je avant cette digression, l’on siffla la Marseillaise lors du dernier France – Tunisie. Ce soir-là, j’étais devant mon récepteur d’images transmises par ondes radioélectriques, par apocope familièrement appelé télé. J’étais avec une pizza et je faisais la conversation aux anchois présents, c’est dire si je ne suis pas raciste.


 


Aux premières images des tribunes, j’ai cru que je m’étais trompé de chaîne, que c’était un reportage sur l’aide sociale, et qu’ils avaient filmé le hall d’accueil d’une Assedic. Mais non, c’était bien le Stade de France. Et puis Lââm a commencé de chanter. Vous noterez que j’ai écrit commencer de car il s’agissait fort heureusement d’une action qui devait durer peu de temps, alors qu’écrire commencer à aurait supposé quelque chose qui se serait accru ou aurait été susceptible de progrès. Or, cela se saurait si Lââm pouvait s’améliorer en chant… En revanche, il faut écrire : les supporters des Tunisiens ont commencé à siffler. Soyons précis.


 


Je regrette que l’opinion publique se soit méprise sur les intentions des siffleurs, qui ne visaient que l’autre bécasse de Lââm. Réfléchissez un peu, enfin ! La majorité d’entre eux a une carte d’identité française en poche ! Pourquoi ces gens siffleraient leur hymne national…?


 


Et saviez-vous que le problème nous vient des Bouches-du-Rhône ? Car, dans la Cité phocéenne, ça fait longtemps que des vieux porcs sifflent les marseillaises. C’est honteux !


 



 


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Saturday, October 11, 2008

Changer

Alors, comme ça, c’est la crise… Alors, comme ça, quelques petits rusés tirent en rigolant des fils invisibles et plongent les groupes financiers, les multinationales, les places boursières, les gouvernements et des millions de personnes dans un tel affolement qu’on se croirait à bord du Titanic après qu’on eût lavé des salades Iceberg dans la cale, si j’ai bien tout compris à cette histoire à la con.


 


Or, justement, je ne voudrais pas être de mauvais augure – d’autant que j’imite assez mal les oiseaux, surtout au décollage – mais je pense que nous serons tous bientôt à fond de cale. Oh, j’entends d’ici les cons éternellement optimistes et mon coiffeur me crier « Vade retro, prophète de malheur ! ». Mais je sais ce que je dis. Il y a moins d’espoir à nourrir quant à une heureuse issue à tout cela que de bites dans le port d’Amsterdam où l’écho de la voix de Brel résonne sans fin. Brel, dont le trentième anniversaire de la mort aura surtout été marqué par une pathétique et quasi-générale indifférence, contrastant avec l’hystérie coutumière accordée au suranné blondinet à paillettes. Mais je m’égare.


 


Dans un récent sondage, publié je ne sais plus où,  60% des français interrogés avouent qu’ils redoutent par-dessus tout de devenir SDF. Voulez-vous que je vous dise ? On y va tout droit ! Souvenez-vous de la crise en Argentine, en 2001 – 2002… Cette fois-ci, elle est chez nous. Elle s’invite à nos tables. Elle dort dans nos lits. Et en plus elle ronfle !


 


Ah ! Les organisateurs des récentes manifestations pour un travail « décent » (et moi qui croyait naïvement qu’il n’y avait pas de sots métiers…) auront l’air malin quand on s’écharpera dans nos villes et nos campagnes pour un travail tout court, et qu’un sang impur abreuvera des sillons que nous avons creusés pendant que quelques-uns trinquaient à leurs dividendes et à leurs parachutes dorés.


 


Car ce n’est que le début. La crise actuelle engendrera sûrement des dépôts de bilan, des licenciements massifs et, par conséquent, des mouvements sociaux. Qui oserait prétendre qu’il n’y aura aucun débordement ? Qui oserait affirmer sans ciller qu’ils ne seraient pas réprimés ? Qui oserait alléguer qu’une étincelle ne mettrait pas le feu aux poudres, un embrasement qui plongerait le pays tout entier dans un désordre indescriptible, une guerre civile, qui sait ?


 


J’exagère ? Certes, c’est marqué au-dessus ! Quoique… Qui oserait garantir que notre pays est à l’abri d’une nouvelle révolution ou d’un putsch ? Ou qu’en cas de chaos nos gouvernants nous épargneraient un état de siège ? Qui sait ? Peut-être même qu’en France, un jour, il faudra dénoncer les antisémites ? Ou les concentrer au Palais Omnisport de Paris Bercy, en leur faisant croire qu’ils vont voir un spectacle gratuit de Dieudonné… ?


 


En vérité, je vous le dis, mes frères, mes sœurs. Il faut d’ores et déjà renoncer à nos standards de confort et de réussite sociale. Il faut se préparer à changer de vie. Oh, je sais, ce n’est pas facile du tout. Prenez Ingrid, par exemple. Vous savez, Ingrid ? La gagnante de Koh Lanta Colombie. Ce n’est pas mon genre de cafter, mais il paraît que son entourage vit un enfer depuis qu’elle est rentrée : Et je ne veux pas de viande avec mes légumes. Et je veux qu’on me laisse dormir dans le jardin. Et pourquoi je devrais me changer alors que je ne porte les mêmes vêtements que depuis trois semaines ? Et pourquoi je ne pourrais pas aller me laver dans la rivière comme tout le monde ? Non, décidément, le changement n’est jamais chose aisée. Surtout à Châtelet – Les Halles. Mais ça, c’est un autre problème…


 



 


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Tuesday, September 23, 2008

Définitions à l'usage des suceurs du sang des pauvres

Le grizzly qui sort de sa tanière après avoir hiberné présente généralement deux caractéristiques : il a très faim et il a une érection de tous les diables ; bref, il est de très mauvaise humeur et il est préférable de ne pas lui « courir sur l’haricot », comme dit l’autre en élidant.


 


Or, c’était une grave erreur d’avoir pensé que je deviendrais tant soit peu complaisant dans mes chroniques au motif inepte que j’ai quitté la meurtrière derrière laquelle je vous observais depuis deux ans. Tel mon congénère d’Amérique du Nord, j’erre désormais la truffe au vent en quête de proies pour y planter mes crocs à l’envi. Et pourriez-vous s’il vous plaît avoir la gentillesse de ramasser pour moi la savonnette qui vient de m’échapper des mains ?


 


Ainsi, suite à la conversation que j’ai eue, il y a quelques jours, avec l’un de mes amis – un de ceux que je compte sur les doigts d’une main – je me vois dans l’obligation morale de publier ici un petit précis de vocabulaire à l’intention des trous du cul en costume et des mal-baisées en tailleur communément regroupés sous l’appellation « banquiers ».


 


Car mon pote, en rentrant de vacances, trouva dans sa boîte une lettre de sa banque qui lui disait qu’on lui accordait une réserve d’argent de quatre mille euros – qu’il n’avait jamais demandée – et qu’il était libre d’en disposer sans aucun justificatif à fournir. Quand il m’a raconté cela, je lui ai demandé si on lui offrait aussi une bouteille de champagne et une nuit avec une pute de luxe. Parce que, je ne sais pas pour vous, mais moi, ce genre de chose, ça ne m’arrive pas.


 


Bref. Cela tombait à point nommé pour lui, puisqu’il envisageait des travaux dans sa maison. Mais, à sa grande surprise, son conseiller lui demanda tout d’abord de justifier ses revenus et ses charges… Pour mieux lui annoncer quelques jours plus tard qu’on ne mettrait finalement pas d’argent à sa disposition… Je me disais aussi…


 


Partant, aux publicistes et autres chargés de communication des organismes bancaires, dont le métier consiste à choisir consciencieusement les mots qui sont imprimés sur les publipostages que les clients reçoivent, je voudrais rappeler ces quelques définitions tirées du Larousse 2009, et pour lesquelles je n’accepterai par conséquent contestation que venant de docteurs es lettres, d’éminents grammairiens ou d’académiciens.


 


« Accorder : donner son consentement ».


« Libre : qui a le pouvoir d’agir à sa guise ».


« Aucun : précédé de « sans », indique l’absence totale ».


« Justificatif : qui sert à faire admettre quelque chose, à en établir le bien-fondé, la nécessité ».


« Fournir : Procurer, mettre à la disposition de quelqu’un ».


 


A tant faire que d’enfoncer des portes ouvertes – car il est évident que chacun d’entre nous pourrait raconter quelque anecdote savoureuse concernant les délires surréalistes, les dérives et autres abus de ces organismes qui gèrent l’argent des uns et les découverts des autres – je voudrais aussi m’insurger contre cette pratique scandaleuse qui consiste à rejeter impayé un chèque de trente euros pour, dans la foulée, mieux en débiter quarante d’agios et frais divers.


 


Du coup, quand le capitalisme s’effondrera, je sais déjà qui je tondrai en premier en place publique. Mais ça, c’est un autre problème…


 


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Wednesday, September 10, 2008

La faite à la conjugaison

Dans un des sketches de « Pierre Desproges se donne en spectacle », créé sur la scène du théâtre Grévin le 1er octobre 1986, l'auteur-interprète pose cette question : « Ne saurons-nous donc jamais trouver le temps de nous pencher plus affectueusement sur ces fronts graciles au-dessus de ces grands yeux brûlants aux longs cils vibrant d'un amour incapable de s'épanouir au rythme infernal de nos ambitions carriéristes dont la tyrannie nous condamne à répondre distraitement « ta gueule » à l'enfant qui nous dit « maman, je m'ai faite violer » ? ».


 


Or, c'est en participant à bon nombre de conversations souvent arrosées au rosé, tout au long de cet été passé à nourrir mes mélanomes loin de vous, que j'ai pris conscience qu'il existe un réel problème dans notre société, une question cruciale qui me renvoie à chaque fois à la fulgurance de la pensée citée en liminaire et me fait aujourd'hui me courber au-dessus de mon clavier jusqu'à la cyphose.


 


Non, le problème n'est pas ce manque chronique d'amour que vos enfants reçoivent pour les mauvaises notes bien légitimes qu'ils obtiennent après les heures passées devant les programmes stupéfiants de bêtise de la TNT et s'être abrutis de jeux vidéos en rentrant d'une école dont le niveau est rabaissé à chaque réforme d'un ministère qui ne semble pas avoir d'autre but que de former des ignares au grand dam d'enseignants aussi mal-aimés que pourtant volontaires.


 


Ce qui me soucie n'est pas non plus de constater qu'effectivement une conjoncture économique globale difficile et un pouvoir d'achat sans cesse en baisse obligent un français de moins en moins moyen à laisser ses enfants dans l'errance affective afin de travailler de plus en plus pour au final ne gagner au mieux que de quoi tout juste garder un bout de nez hors d'une eau froide et sombre qui, selon mon poisson rouge et les plus optimistes, annonce des lendemains qui déchanteront.


 


Je ne me demande pas non plus comment une mère digne de ce nom peut faire pour être aussi verbalement agressive envers une enfant qui lui confie avoir été violée puisque qu'il semble évident à la lecture de réguliers faits divers qu'elle préfère fermer les yeux sur les agissements de son concubin et comme dit tonton Emile, qui a mis la vidéo sur Internet, « de toute façon elle avait qu'à pas s'habiller comme une pute ».


 


Non, ce qui me choque terriblement, c'est la terrible double faute de français que commet cette sale cafteuse par pantalonnade du sieur Desproges interposée – et j'ose espérer que vous la remarquâtes – car, premièrement, dans « je m'ai faite violer » il s'agit d'une forme pronominale qui n'accepte que l'auxiliaire être.


 


Mais « je me suis faite violer » n'aurait pas mieux valu parce que – secondement car il n'y aura pas de troisième raison – les plus éminents grammairiens et mon poissonnier estiment que le participe passé du verbe faire doit rester invariable s'il est suivi d'un infinitif, alors même que la conjugaison du verbe se retenir est très compliquée s'il est précédé d'un laxatif.


 


Mon Rien ! (Je ne puis en effet m'écrier sottement « mon dieu » alors que je ne crois en aucune quelconque divinité…) Si j'avais gagné un euro à chaque fois que j'ai entendu une femme dire « hier soir je me suis faite aborder par un inconnu dans un bar » puis « je me suis faite sauter toute la nuit et il m'a dit qu'il voulait me revoir » puis « je me suis bien faite avoir par ce salaud », je serais sans nul doute millionnaire. Mais ça, c'est un autre problème…


 



 


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Friday, April 18, 2008

Hommage parodique

Française, français !

Mesdames et messieurs les jurés, lecteurs chéris, mes amours.

Bonjour, ma colère !

Salut, ma hargne !

Et mon courroux, coucou !!!

Oui, aujourd'hui, je me transforme en procureur. Certes, c'est pour rigoler, mais se marrer n'empêche pas l'ambition. J'ai déjà tout préparé : je bouffe de l'avocat midi et soir, je suis inscrit aux barreaux de chaise, et quand j'aurai suffisamment d'expérience je postulerai aux Papillons Blancs pour devenir Garde des Sots.

Mais je voudrais, avant de commencer ce réquisitoire aussi implacable qu'un All-black par les joueurs de rugby de l'amicale du troisième âge de Lampaul-Plouarzel, revenir sur l'introduction ci-dessus.

Ainsi, certains parmi vous remarqueront que je plagierai aujourd'hui sans vergogne le début des réquisitoires de feu Pierre Desproges, autre procureur pour de rire, qui officia, lui, sur une radio d'état à une époque où nous n'aurions même pas osé imaginer que le socialisme partirait en exil à l'Ile de Ré un soir d'avril 2002, ni qu'on marierait un nain de jardin et un top model au Palais de l'Elysée, ni qu'Intervilles connaîtrait son heure de gloire mondiale avec un jeu sans vachette consistant à piquer la flamme olympique des mains d'une chinoise en fauteuil roulant. Pourtant, même si les réquisitoires de l'ami Pierrot datent franchement, ils font encore partie des classiques que nous diffuse régulièrement une radio dont je tairai le nom pour ne pas lui faire de publicité, et dont je dirai seulement qu'elle diffuse du rire et des chansons.

Desproges, pour qui j'ai une pensée émue, ce 18 avril, jour du vingtième anniversaire de sa mort, que je révère comme un Maître, et à qui je n'aurais donc pas la prétention de me comparer, moi, le petit scarabée. Oh, je vous vois bien sourire, à l'évocation de cette considération sur ma personne. Mais ne la ramenez pas parce que, je l'ai appris il y a peu, le scarabée était un animal sacré dans l'Egypte Antique. Je rappelle ici le livre de recettes intitulé Comment cuisiner quand on est égyptien il y a 3000 ans et qu'on n'a pas de congélateur, aux éditions Pyramides. On y trouve les recettes de l'omelette au scarabée, du scarabée sauce grand veneur, du foie gras de scarabée poilé et confiture de figues, du sorbet de scarabée sur coulis de fruits rouges. Je ne les cite pas toutes, il y en aurait trop.

Bref ! Requérir, mais contre qui ? Ils sont tout de même nombreux, les coupables d'avance (car dans la justice pour de rire n'existe pas cette honteuse notion de présomption d'innocence), et je pourrais, si je voulais, prendre pour cible une personnalité et lui tailler un costard. Entre parenthèses, c'est peut-être parce que c'est la mienne, mais je trouve qu'il s'agit là d'une excellente idée, je suis bien d'accord avec moi. Mais je me dois de me contredire, ce n'est pas l'objet de cet hommage, je me le rappelle.

Alors, requérir, oui, mais contre quoi ? Les sujets qui me mettent en rogne sont si nombreux que je ne sais parfois pas par lequel commencer. J'enrage, rien que d'y penser. Et même, j'enrage, j'en désespoir, j'en vieillesse ennemie.

J'y pensais encore l'autre soir, chez ma tante. C'était à la fin du repas, un soir de rage. Il y avait des éclairs, au chocolat et au café.

"Mange, me dit-elle.

- Avec plaisir, mon oncle, répondis-je, car c'était ma tante et elle en avait.

- Tu n'as pas l'air dans ton assiette... insista-t-elle."

De fait, j'étais sur ma chaise.

"Tu ne comprends pas, fis-je avec dépit, il y a tant de fois où je me sens si amer face à tout ce qui cloche dans le monde ! Ô rage !!!

- Ô rage amère ?

- C'est ça. Mais c'est une rage tout intérieure, ancrée au plus profond de moi.

- Rage dedans ?

- Oui. J'en ai parlé à un ami protestant. Un pasteur. Il a voulu me vacciner, ce con !"

Ma tante me regardait bizarrement. Je sentais qu'elle m'aurait bien envoyé me faire voir chez les grecs. Très peu pour moi, merci : la grecquie, j'y suis allé, c'est nul ! D'abord, là-bas, tout est en ruines. Et puis les filles ne sont pas top. Comparées aux portugaises, les grecques ont autant de moustache. Mais elles sont moins ensablées, on peut leur accorder ça. Et les garçons… Ah ! Parlons-en des garçons grecs. J'ai rencontré Nikos, il a essayé de m'emballer. Alors, j'ai cassé la gueule à Nikos. J'ai rencontré Demis, il a essayé d'abuser de moi. Alors, j'ai pété la gueule à Demis. Et j'ai rencontré Salakis, il a essayé lui aussi. Alors, j'ai fait sa fête à Salakis. Et la danse, en grecquie, c'est nul. Là-bas, ils dansent tous en rond le nez au vent. Ils appellent ça le sirtaki. Alors que plus au sud de la Méditerranée, ils dansent tous en rond, la bite à l'air, et ça s'appelle le circoncis. Donc, non, sans façon…

Mais je m'égare. Requérir, oui, mais contre quoi, me demandais-je avant ce détour par le pays du kouri ? Car en grecquie, ils ont la mousse kouri et la Mer Kouri. Et c'est dans la Mer Kouri qu'on pêche cette race de maquereau qu'on ne trouve que là-bas, le maquereau paul à antennes.

Requérir, oui, mais contre quoi, me redemandais-je avant cette nouvelle digression ? Je ne sais pas, je ne sais plus je suis perdu, comme le chantait Fugain dans Fais comme l'oiseau.

Fais comme l'oiseau, je le rappelle à l'intention de ceux qui n'ont aucune culture musicale, et des Alzheimer, est une chanson qui a trente-six ans cette année, dont la version originale était intitulée você abusou, interprétée par Antonio Carlos et Jocafi, qui étaient brésiliens et étaient meilleurs chanteurs que footballeurs, ce qui est assez rare pour des brésiliens, alors autant le signaler.

(Ici, je me dois d'ouvrir une parenthèse car on ose me déranger pendant que je me livre corps et âme à mon art, et l'on me demande – après avoir lu par dessus mon épaule, ce que je déteste !!! – pourquoi, plus haut, je n'ai pas mis de " s " à " des Alzheimer "... Parce que c'est un nom propre, comme le signale la majuscule, et que je sache, on ne met pas de " s " aux noms propres ! Mais alors, me demande-t-on, peut-on dire " des Alzheimer " ? Et là, le doute s'insinue en moi, par voie rectale, pas d'utilisation prolongée sans avis médical. En effet, on ne dit pas, par exemple, " les Pasteur ". Non, on dit " les pasteurisés ". Et d'ailleurs, je m'insurge contre une grave faute de français, commise dans tous les rayons laiterie, car au passé antérieur on devrait dire " eurent acheté ", au lieu de " les pasteurisés eut acheté ", c'est impardonnable !!!)

Bref ! Avant ce grand écart digne d'une gymnaste chinoise de huit ans, souvenez-vous (si vous y arrivez, n'est-ce pas, les Alzheimer, inutile d'essayer...), j'en étais à Fais comme l'oiseau.

Or, croyez-vous que les oiseaux puissent être innocents ?

Eh bien, non !!! Ils sont coupables ! Et on le sait bien, à la L.P.O., la Ligue Protectrice contre les Oiseaux, que ces bêtes-là sont dangereuses et nuisibles. Les exemples ne manquent pas. Le piaf piaffe, et l'impatience est tout le contraire d'une vertu. Le merle est moqueur, et c'est pas beau de se moquer. La pie est voleuse. L'aigle est parfois belliqueux. La bécasse n'est pas très intelligente. Le barge fait peur ; à certains, de surcroît, s'il a la queue noire. Et la chouette effraie. On le sait bien, à Lille, que le fou de Batz sent ! Et cette conne de corneille, qui n'a pas été foutue de publier quoi que ce soit depuis le dix-septième siècle ! Je dis halte à l'arnaque de l'oiseau-trompette, l'agami, et de l'oiseau-lyre, le ménure, dont on n'a jamais pu sortir une note de musique ! Le ménure, dont le chant rappelle les chenilles d'un char Leclerc sur les Champs-Elysées un 14 juillet, et on peut toujours lui crier " arrête ton char, ménure ", il ne le fait pas ! Et qui ne trouverait pas scandaleux l'invitation à la zoophilie de la caille à lunettes, car caille à lunettes, caille à... vous m'avez compris ; rien que d'y penser, ça me met en rage, et pourtant, je m'étais levé serin.

Bref, vous le voyez bien, les oiseaux sont coupables.

Donc, que les chasseurs tirent à vue !

Quant à vous, Monsieur Desproges, si vous avez Myspace là-haut, laissez donc un commentaire de temps en temps, ça ferait plaisir.

Je vous prie d'agréer, Mesdames, Messieurs, l'expression " à tout seigneur, tout honneur. "

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© Jean-Michel Herviou, 2008.

2:49 - 23 Comments - 43 Kudos - Add Comment

Sunday, June 10, 2007

Trente-cinq

Il rate un gardon, il n'a même plus la force de se battre contre un poisson. Il ouvre une bière, plus très fraîche. Il décide de rentrer, se demande même ce qui lui a pris d'aller pêcher.

Le soleil l'éblouit, il ne sait pas ce qu'il a fait de ses lunettes. Son bras pendouille le long de la portière, il laisse le vent glisser entre ses doigts. Trente-cinq kilos. Et il n'a rien pu faire, il n'a pas su. Par moments, il a envie de fermer les yeux et d'attendre que cela se passe. Cela ne lui ressemble pas de se laisser aller ainsi, de se laisser couler jusqu'au fond. Il planque sa voiture dans le garage. Il vit avec les volets fermés, il n'ouvre pas quand on frappe, ne relève plus son courrier. Et il a débranché le téléphone. L'autre jour il a trouvé un mot scotché sur sa porte. Son pote Marc lui disait qu'il s'inquiétait pour lui, lui demandait de l'appeler. Il a remis le mot à sa place, il prétendra qu'il ne l'a pas vu.

Il s'allonge sur le canapé. Avant, parfois, il y pleurait d'impuissance en espérant des jours meilleurs. Il baille, il se dit qu'il finira bien par s'endormir vraiment, un de ces quatre. Elle a préféré arrêter, aller marcher sur l'autoroute. Trente-cinq kilos contre trente-huit tonnes. Parfois, c'est le silence qui lui pèse le plus. Il lui martèle le crâne, l'assourdit. Il voudrait l'entendre bouger autour de lui, il voudrait la regarder déambuler dans la maison, il voudrait sentir son parfum flotter dans l'air, il voudrait l'effleurer quand elle passerait près de lui. Il voudrait pouvoir le lui dire. Mais saurait-il encore parler ? Depuis combien de temps n'a-t-il pas desserré les dents ? Les flics l'ont retrouvé cinq jours plus tard dans un parc. Hirsute. Cinq jours sans dormir, les cinq premiers.

Il hait tout ce qui l'entoure. Cette maison, ces meubles, l'herbe, la bière, la bouffe, sa gueule, sa vie, sa bagnole, tout, jusqu'à l'énergie noire de l'univers. De ses yeux, rien ne coule plus, plus rien ne peut. Il a quelquefois envie de basculer, de se mettre à faire le mal, par pur esprit de vengeance sur la vie. Envie de tuer, violer, mutiler, crime de guerrer. Il espère qu'il fera encore beau demain.

Une mouche tourne autour du lustre éteint, elle a l'air de ne pas avoir de souci. Il paraît que nous sommes au sommet de la création. Finalement, les bas-fonds ont du bon. Il croit qu'il va essayer d'y rester, maintenant qu'il y est tombé, maintenant qu'il ne vaut plus rien. Bizarrement, il n'a encore jamais eu envie de se nuire. Envie que tout s'arrête, oui, que vienne maintenant son tour, oui. Mais jamais d'attenter à lui-même, c'est déjà ça. Il a envie de pisser. Il a la flemme de se lever. Il fait sur lui. Cela lui rappelle sa petite enfance, encore qu'il ne s'en souvienne plus très bien, pour être franc.

L'on frappe à la porte. Plutôt, l'on y martèle. Il entend la voix de Marc, son pote, son ami de toujours. Il ne répond pas. Pas envie. Il regarde la mouche voler. Elle semble nerveuse. Il ne l'est pas. Sans rire, son rythme cardiaque n'a pas bougé d'une pulsation par minute. Marc fait le tour de la maison, frappe les volets de toutes ses forces. Tous. Hurle son prénom. Il se dit qu'il devrait lui dire d'aller se faire enculer, ça le rassurerait.

Craquement sinistre à l'arrière. Il faudra faire réparer la porte. Marc n'est pas seul. Les pompiers le regardent, blasés. Ils lui demandent si il va bien. Il ne répond pas. Ils se regroupent tous dans le couloir. Il les entend murmurer. Marc vient le voir, lui dit qu'il doit les laisser faire, qu'il sera bien traité dans cet hôpital, et son menton tremble. La première fois, il a dit au bout de six semaines que tout allait pour le mieux, qu'il voulait sortir, et merci pour tout, oui, merci du fond du coeur.

Une jeune femme vient s'accroupir près de lui. Elle est très jolie. Ses traits sont très fins. Elle lui sourit, remonte sa manche, et lui fait une piqûre. Elle détourne le regard et retient une grimace dégoûtée quand il se chie dessus.

© Jean-Michel Herviou, 2007

7:11 - 14 Comments - 27 Kudos - Add Comment

Wednesday, June 20, 2007

Un degré

Je regarde le thermomètre sur le rebord de la fenêtre. Un degré. Tout est gelé à perte de vue. Même l'eau dans la gamelle du chien. La pauvre bête part se planquer sous la cheminée quand je lui ouvre, là où d'ordinaire je range le bois pour la flambée. Je redoute le moment où il me faudra sortir pour aller en prendre d'autre, près de la grange. Je n'ai pas non plus envie d'aller chercher le journal dans la boîte à lettres. Je m'appuie contre l'évier et j'allume une cigarette. Il faudrait que j'arrête. Par moments, je ne comprends pas ce qui s'est passé, ce qui m'a conduit à ça. Encore que je ne m'en plaigne pas. Je m'y retrouve pour l'instant très bien. Mais on me l'aurait dit un an plus tôt que je n'y aurais pas cru. Et pour être franc, on me secouerait par les épaules en me le mettant sous le nez que je n'y croirais pas encore complètement. Et pourtant... Dehors, des corbeaux s'envolent en braillant leurs sinistres humeurs du matin. Le sommet des collines est couvert de brume. J'envoie une main vers la radio mais je renonce à l'allumer. Pour entendre quoi, de toute façon ? Les mêmes chansons débiles sur des amours déçues, des pubs à la con, ou les nouvelles d'un monde qui va toujours aussi mal ? Autant profiter un peu du silence. Ne suis-je pas venu pour lui ? Pour ce qui reste un vrai luxe dans cette société qui n'est rassurée que quand il y a du bruit. Plus il y en a, plus ils se sentent vivants, ces cons. Moi, j'en ai eu assez d'avoir le moteur qui ronronne le plus, la hi-fi qui pulse le plus, l'abonnement satellite qui me donne le plus de chaînes, d'aller dans les boîtes où il y avait le plus de monde, d'être assis dans la tribune qui encourage le plus, de chercher à être celui qu'on applaudit le plus. Et je les emmerde tous. Je suis plus heureux qu'eux. J'ai une maison calme avec des hectares de vide autour, une voiture silencieuse, et un chien avec qui je joue pour le faire aboyer, histoire d'être sûr qu'il n'est pas muet. J'écoute les oiseaux, le vent dans les arbres, je travaille quand ça vient, et je bois un coup avec le facteur quand je suis levé. J'allume la cafetière, écrase ma cigarette dans le cendrier déjà plein, et m'approche doucement de la porte de la chambre. Je souris en regardant cette forme sous la couette et les vêtements sur le sol. Plusieurs fois j'ai cru qu'elles étaient la meilleure chose qui m'arrivait dans la vie. Cette fois, je ne pense rien. J'ai été tellement déçu. Je ne m'y attendais pas. Pas ici. Pas dans ce trou. Ils ont bien ri quand on est parti du bar, ensemble. Mais je me fous de ce qu'on pense de moi. On a déjà dit les pires choses sur moi quand j'ai tout quitté, je ne vais pas m'inquiéter pour si peu. Je me demande quand ce sera dans les journaux people. Je referme doucement la porte. Un degré. Un de plus, pensé-je en rigolant. Le chien me regarde passer devant lui. Je lui trouve quelques restes de la veille et lui mets de l'eau dans un bol. Il sort de sa cachette et s'étire. J'en fais autant. Je dresse une table pour deux puis vais à la salle de bain. Je me rase à la main, pour une fois, et je me lave la bite et le cul. Le chien lui fait des joies à mon retour dans le salon. On se dit bonjour avec un regard complice. On ne se parle pas durant le petit déjeuner et je préfère ça. J'ai eu ma dose de toutes ces femmes qui parlent le plus dès le réveil. Je lui dis juste qu'il me faut du temps, qu'il ne faudra à mon avis pas aller trop vite, et cela lui convient parfaitement. Plus tard, après sa douche, je lui demande quand est-ce qu'on se revoit ? « Ce soir ? ». Je ris. Et j'accepte. Cela me va. Je vais faire le lit, et ça me fait bizarre de me dire que j'ai baisé, là, quelques heures plus tôt, avec lui.

© Jean-Michel HERVIOU, 2007

7:09 - 10 Comments - 17 Kudos - Add Comment

Thursday, May 31, 2007

Mon roman, Hommes seuls exclus

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Quatrième de couverture :

« D'autres se diraient qu'il faut en profiter, que c'est un nouveau départ qui s'offre de bon gré, et jouiraient de leur liberté retrouvée. Mais lui, c'était avec elle qu'il était libre. Et il enrage que cela se termine ainsi après toutes ces années de complicité et de vérité indispensables à l'unité des couples échangistes. Il essaiera bien d'accéder encore aux plaisirs hédonistes. Mais auront-ils le même goût ? »



L'interview


La première question qu'on se pose concerne la part d'autobiographie qu'il y a dans ce livre…


C'est effectivement presque toujours la première question qu'on me pose. C'est curieux d'ailleurs. Comme si l'on n'écrivait que pour se raconter. Pour ma part, j'ai seulement envie de mettre sur le papier les histoires qui me passent par la tête, et d'en profiter au passage pour dire ce que je vois de mon époque et mes contemporains.


Ce qui perturbe, c'est votre emploi de la première personne du singulier…


Ce qui est normal puisque j'ai volontairement raconté l'histoire avec l'unique point de vue du personnage principal. Alors, bien sûr, j'aurais effectivement pu écrire « Machin n'avait pas la tête à regarder les filles », mais je ne suis pas certain que cela m'aurait évité la question sur l'aspect autobiographique du roman.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de prendre l'échangisme pour thème ?


L'échangisme n'est qu'un des thèmes, une clé de lecture parmi d'autres. Intéressez-vous par exemple à ces moments où les choses basculent, dégénèrent, à leurs conséquences, bonnes ou mauvaises, et vous lirez ce roman d'une tout autre manière. Mais je répondrais tout de même en vous disant que l'idée de rajouter le libertinage à l'histoire m'est venue au fil de très longues conversations avec un couple d'amis qui m'ont avoué être échangistes depuis plusieurs années.


Les scènes de sexe étaient-elles indispensables ?


Je suis parti du principe que je ne pouvais pas décrire ce milieu en faisant l'économie des scènes de sexe, qui, entre nous soit dit, sont légion dans la littérature, et avec parfois plus d'esprit racoleur que d'à-propos, donc je ne vois pas quel reproche on pourrait me faire. En revanche, ce qui est amusant, c'est de voir combien mon livre semble renvoyer les lecteurs à leur propre sexualité. Quelqu'un a dit un jour qu'un roman devait remuer des plaies, voire en ouvrir. Donc, quand on vient me voir en s'excusant presque de ne pas être échangiste ou, comme cette dame un peu âgée, en me confiant ses regrets de ne pas avoir eu une vie sexuelle très épanouie, je me dis que je ne me suis pas fatigué pour rien.


Comment réagissez-vous quand quelqu'un vous dit qu'il n'a pas aimé ?


Ca ne me dérange pas le moins du monde. Je respecte tout à fait les goûts de chacun. Ce qui l'est, par contre, c'est quand on s'aperçoit que les gens n'ont pas compris, et qu'en plus leur jugement est définitif. Je pense par exemple à cette lettre de refus, que j'ai reçue un jour de la part d'un éditeur. Il me disait : « Monsieur, je ne trouve aucun intérêt à publier votre manuscrit qui ne vise qu'à montrer la vie sexuelle de vos personnages » . Vu sous cet angle, je comprends, mais ce n'était pas le bon. Pour ma part, je me suis attaché à décrire un milieu et ses pratiques, en traitant du fond dans certains passages, et de la forme dans d'autres, les scènes de sexe par exemple. Et ça, cet éditeur ne l'avait visiblement pas compris. Alors je me console avec un proverbe chinois : « Quand le sage montre la lune, le fou regarde le doigt ».

Pour commander "Hommes seuls exclus"

17:48 - 0 Comments - 4 Kudos

Jean-Michel Herviou

Last Updated:
Nov 18, 2008

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