Psalmodies Journal d'une femme de cendres

Yaël

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Apr 15, 2008

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Thursday, July 03, 2008

Anselm Kiefer, désaccordeur d’amitié

Déprimés d'un commun accord par le ratage monstrueux de Shore et Cronenberg dans la mouche, un ami et moi-même étions sur un nuage, certes gris, mais uniforme, hier, à la table du bar du marché. Il était onze heures du soir, il faisait chaud, mais l'air était léger. Nous écrivions ensemble un article pour conjurer la médiocrité sur mon cher Moleskine. Notre amitié est jeune encore mais solide, malgré ou grâce à des différences prononcées. Une sorte de complémentarité bienheureuse, où l'artiste parle et moi, pour une fois, j'écoute au lieu d'amuser la galerie. J'écoute parce ce qu'il dit est simplement intéressant. Fond de musique unie. Paroles mesurées avec un soupçon de gravité. Communion sur « Faux-semblants ». Il me vend « Le festin nu », qui gît à côté de mon lit jusqu'à ce que je sois capable d'avaler le livre. Ses blagues, mêmes élimées, me font sourire. Tout allait bien, et comme d'habitude, je me félicitais d'avoir choisi sa compagnie. Jusqu'au moment où… L. (appelons le L.) me dit qu'il a souvent été déçu par le manque d'intelligence de certains compositeurs. J'approuve et puis je réfléchis (je sais je devrais approuver après avoir réfléchi, mais pourquoi résorber un mouvement naturel d'accord qui fait plaisir à mon interlocuteur ?). Je pense à tous ces gens souvent brillants, parfois talentueux, et plus rarement géniaux que j'ai interviewé ces trois dernières années. Non, je dis ce n'est pas un manque d'intelligence, mais de culture. Il approuve (je ne sais pas s'il a réfléchi avant de hocher la tête). Leur œuvre prédomine simplement sur celle des autres. Au point que, je lui confie, je me demande si l'on peut créer quand on a un panthéon baroque et rugissant dans la tête.

Un exemple me vient à l'esprit, l'artiste allemand (vivant en France) Anselm Kiefer. Je parle des vraies questions que j'avais pour lui. Quand quelqu'un m'impressionne, et a fortiori quand quelqu'un m'ennuie, je ne sais poser que de « vraies questions ». Pour l'ennuyeux, c'est histoire de le vivifier un peu, voir si je vais lui donner une autre chance. La vraie question est alors souvent déjà prémâchée, prête à exploser comme une bombe un peu fanée. Pour l'impressionnant, c'est juste parce que c'est vital pour moi de lui demander cela. Une « vraie question », tout mon corps la pose, les yeux grands ouverts sur la bouche de celui qui l'a suscitée. Or à deux reprises, j'ai couru dans tout Paris pour apercevoir Kiefer. J'ai aussi assisté à la conférence de presse de Monumenta. Dans un Français poli et parfait je n'ai jamais eu de quoi me nourrir quand je lui ai présenté mes « vraies questions ». Le génie cuit parfois trop dans son jus pour avoir envie de répondre à des questions qui l'obligeraient à se situer ailleurs que dans l'absolu. A l'égard de cette attitude, j'ai souvent ressenti une déception respectueuse, mêlée d'une impression désagréable : ne pas avoir été prise au sérieux.

Or, à peine ai-je mentionné Kiefer, L. me signifie qu'il méprise ce que le plasticien produit. Il a même refusé de participer à Monumenta. L. sort son sourire le plus ironique, et entame une longue diatribe sur l'ineptie d'un art qu'il assimile à de l'exhibition gratuite de déchets. Choquée, je demeure comme paralysée. En fait, c'est parce que j'hésite. La gausserie implacable de mon ami ne laisse pas vraiment place à une discussion. Un instant j'imagine lui parler de l'œuvre, de ce qu'elle suggère, de sa richesse. Peut-être même de lui envoyer un des nombreux articles que j'ai écrits sur cet art. Mais la raison n'aura pas raison de la fin de non recevoir de L., je m'en rends compte. Le problème n'est pas là. En dénigrant Kiefer après que je lui ai dit combien ce qu'il faisait me plaisait, je suis vexée de son ton tranchant. J'ai envie partager ce qu'a été pour moi cette rencontre avec des livres en fer brûlés, à 17 ans. La nausée dans la Hamburger Bahnhof. Cette violence physique qui a décanté en longue déception, depuis des années. La puissance des grands tableaux de la nasa qui ressemblent à des champs de numéros humains. Et les tableaux sur Paul Celan et Nelly Sachs. Je voudrais lui expliquer comme tout ceci est vital pour moi, autant que Starvinsky et Poulenc pour lui. Mais je sais déjà qu'il ne comprendra pas. Encore moins le frisson devant les grandes architectures à la Albert Speer de « To the supreme being », ce blasphème qui secoue la pensée par les racines du ciel. Le fossé entre nous apparaît, béant et cruel. J'avais pu toucher du doigts quelques craquelures quand il me taquinait sur ma judéité, ou quand il parlait d'un rôle de déporté dans un film. Dans son cynisme aussi, celui d'un homme complètement sans Dieu, et pour qui la belle forme est la seule superstructure. Je pense à tout cela, en silence. Il me reproche encore une fois mon immobilité, mon regard noir, cette ouate de nuit qui s'étire entre nous. Il a raison. Je renonce à parler, à le convaincre. Quelque chose me crie que je ne saurai pas susciter sa curiosité. Cela est le pire échec pour une passeuse professionnelle. Je me tais. Il finit son verre. Nous échangeons des banalités. Puis il me quitte au coin de la rue de Buci et de la rue Mabillon. Nous prenons des routes opposées.

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Le baptême de My Paris, le festival de la création contemporaine

Festival pluri-disciplinaire ouvrant sur des artistes qui vivent Paris la raffinée dans leurs veines, Myparis ouvre chaque jour les portes de nouveaux musées, et de nouvelles galeries sur des thèmes aussi divers que l'art, la mode, la gastronomie et la vidéo. A savourer jusqu'au 8 juillet.

Hier a eu lieu le vernissage de la première édition de My Paris Festival. Le cocktail était accompagné de vidéos, de musique et de l'inauguration de la vitrine de la galerie des galeries Lafayette, dont le contenu était orchestré par ma galerie de multiples. Alors que du côté boulevard Haussmann la foule se pressait encore pour les soldes nocturnes, du côté de la rue de la Chaussée d'Antin, l'heure était au couleurs blanches, aux talons haut, au champagne pour le vernissage de la vitrine signée Gilles Drouault et Matthieu Mercuier pour la galerie de Multiples. La première œuvre, « Drum'n bass Lafayette » de Matthieu Mercier est une sculpture où des objets d'intérieurs reposent sur des étagères suggérant Mondrian.



A côté, le palmier de Saâdame Aft est enchaîné comme un « esclave » inanimé. « Think big » de Frank Scurts représente des personnages rêvant de lustres et de fastes sur des petits cartons d'emballages éclatés. Plus épuré, le triptyque « New, Original, Special » de Bruno Peim vend en noir et blanc des nouveautés immatérielles. Une déchirure de Daniel Buren expose dans la vitrine de la galerie des galeries toute sa rougeur striée, et enfin, les yogi de Xavier Veilhan font le poirier en de mutliples couleurs.



A voir jusqu'au 30 août dans la vitrine de la galerie des galeries, 29 bis rue de la Chaussé d'Antin, Paris 8e.

My Paris, demandez le programme...

Chaque jour de la semaine qui vient, My Paris festival vous propose des activités différentes dans diverses galeries, boutiques de créateur, institutions, et lieux de culture. Avec toutes les explications nécessaires. Données soit par un conférencier, soit via des baladeurs multimédias audiovisuels qui renvoient à la préhistoire les vieux audioguides.

Demain le parcours est « Art et mode » dans le marais, avec la visite des boutiques Carine Cobson, Isabel Marant, gaspard Yurgevich, la librairie Comme un roman, et un final au Jeu de Paume pour un cocktail et la visite de l'exposition Richard Avedon.

Samedi, le programme est artistique avec la visite des plus beaux musées de la capitale (Musée d'Art moderne de Paris, Palais de Tokyo, Maison Rouge, Beaubourg, Bétonsalon) et des galeries (de Multiples,Vanessa Quang, la BANK, Nuke et Fraich' attitude).

Dimanche, My Paris vous emmène en bus au Mac/val pour une visite gustative avec un déjeuner moléculaire (départ 11h45 place du Châtelet) et pour les lève-tard brunch art et musique au Transerval puis visite du plateau à 16h dans le 19e.

Mardi, une table ronde a lieu sur « Paris, capitale culturelle ?» au palais de Tokyo que vous pourrez voir sur www.tribeca75.com et la festival clôture en vidéo et en musique au Point FMR.


Lors du festival, pour tous les musées, 1 place achetée =1 place offerte.

My Paris est le festival de tout ceux qui appartiennent par le cœur et les yeux à la capitale.

Plus d'infos sur le site myparis.

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Wednesday, July 02, 2008

Cinéma : Les 7 jours, de Ronit et Shlomi Elkabetz

Actuellement à l'honneur au festival Paris Cinéma, Ronit Elkabetz y présentait hier son dernier film. "Les 7 jours" a fait l'ouverture de la semaine de la critique au Festival de Cannes. Inspiré de l'histoire de la famille de Ronit et Shlomi Elkabetz, le huis clos familial fait suite à "Prendre Femme" (1995).

Dans "Prendre femme", Vivian (Ronit Elkabetz) essayait désesperément de quitter son mari Eliahou. Cris, larmes et réglements de comptes en famille sont aussi au programme des "Sept jours" de deuil d'un des frères de Vivian. Après la mort du père, Maurice était le pilier de la famille Ohaion. Le film s'ouvre sur son enterrement à la suite d'une attaque cérébrale, et couvre les sept jours traditionnels de deuil, où tous dorment sous le toit de sa veuve. Les querelles intimes ressortent avec violence lors de ce huis clos sans merci. les frères ont des problèmes d'argent et les femmes des maux de coeur. Ronit et Shlomi Elkabetz saven rendre théâtraux les ressentiments gris et pourpres qui encombrent les consciences de leur famille. Le film montre un monde de sentiments bouillonnants, dans une famille d'origine marocaine aux pièces rapportées venues de divers pays. On a beau parler aussi bien Français et Allemand qu'Hébreu chez les Ohaion, le verbe n'en demeure pas moins assassin de franchise.



Le spectateur a pitié de la vieille maman qui doit subir tous ces débordements de haine, alors qu'elle pleure déjà un de ses six enfants. Mais la formule marche moins bien que dans "Prendre femme" où la famille nombreuse n'était qu'un décor, et où le public avait le temps de s'attacher au couple au bord de la faille. Toujours libre, sensuelle, et culottée, Vivian est un peu fatigante, figée dans son refus de parler à son mari, ses cris hystériques envers lui et ses débordements de bienveillance à l'égard de ses frères et de sa soeur, même quand celle-ci dépasse les bornes. Eliahou qui s'est invité aux funérailles est lui aussi lassant, dans sa rigueur de professeur concernant les rites du deuil, et son obstination à garder sa femme prisonnière. Les mic-macs financiers des frères aux rôles bien répartis envahissent le film, et, enfin, le personnage de la belle-soeur potiche et vieille fille n'attire aucune compassion.
On attend le troisième volet de cette saga familiale glaçante de bruit et de fureur pour pouvoir comprendre le sens de l'ensemble du projet de Ronit et Shlomi Elkabetz.

Ronit et Shlomi Elkabetz, "Les sept jours", film israélien, 1h48, à l'écran depuis le 2 juillet.

Notez que le film repasse à Paris Cinéma samedi prochain à l'écran, Place du Caquet, Saint Denis, en présence de Ronit Elkabetz.






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Opéra : La mouche, un essai non transformé

Après une ouverture en fanfare, avec "Monkey Journey to the West" de Darmon Albarn, le Théâtre du CHâtelet voulait clore sa saison en beauté. Hier a eu lieu la première mondiale de l'opéra "La Mouche", d'après le film de David Cronenberg de 1986. L'idée de demander à l'équipe Cronenberg (direction)/Shore (composition) de transposer le film sur les planches est excellente. Mais le spectacle est tout simplement raté.Notez que ce soir, le film de Cronenberg est projeté au Châtelet, ainsi que La Mouche Noire (1958) de Kurt Neumann.

Op�ra : La mouche, un essai non transform�

 
Demander au Cronenberg des "Promesses" de l'ombres de revisiter son film culte de 1987 et lui adjoindre son complice de toujours, Howard Shore ("La mouche", "le seigneur des anneaux", "History of violence", "Les infiltrés") est une idée enthousiasmante. Celle que le Théâtre du Châtelet et l'orchestre philarmonique de Radio France ouvrent enfin la création contemporaine à d'autres horizons que ceux des épigones de l'IRCAM l'est encore plus.

Mais même avec l'aide de l'élégant Placido Domingo à la direction de l'orchestre, l'équipe de géants ne fait pas Mouche. Cet opéra est tout simplement raté, dans la mesure où pas une minute, le spectateur ne ressent la moindre tension, a fortiori la moindre émotion. Tout part probablement d'un livret d'une lourdeur pathétique (signé David Henry Hwang
d'après la nouvelle de George Langelaan). Le texte anglais traîne comme des boulets de grands concepts philosophiques là où le film donnait à réfléchir en montrant l'évolution du scientifique. Les tirades réitérées sur la "politique des insectes" ou "on n'aime pas forcément les gens parce qu'ils sont beaux" sont à mourir de rire ou d'ennui (ou les deux?). De son côté Cronenberg semble avoir tétanisé sa mouche avec un puissant fly-tox. Les chanteurs ne sont pas dirigés et livrés à eux-mêmes, et du coup complètement statiques dans un décor en fer forgé Belle époque qui pourrait servir de trame à une mise en scène de Mary Shelley ou de Srindberg. Tout se passe comme s'il n'osait pas. Ni choquer les moeurs, ni varier par rapport au film, ni provoquer l'angoisse des spectateurs. Habillés années 60, les deux héros s'enlacent tout habillés, avec la raideur de deux chanteurs wagnériens. Comme si la scène de l'opéra ne pouvait se remplir de mouvement  et  de transgression.
Mais la plus volumineuse partie de l'échec est certainement à chercher du côté de la partition. Le par ailleurs génial Howard Shore tourne lui aussi en rond. A aucun moment il ne donne l'impression que sa musique se transforme comme se transforme le personnage. En fait, il n'y a ni mélodies, ni couleurs qui permettraient d'identifier les personnages. Seulement un tapis musical répétitif sans saveur. Plate, sa musique n'est traversée d'aucune tension et ne transmet rien de l'angoisse du héros au spectateur. L'orchestration est lourde, et cela n'aide pas Placido Domindo à rester éveillé jusqu'à la fin des 2h40 de spectacle, ni d'ailleurs les chanteurs à trouver leur place.

Espérons qu'une telle tentative ratée ne découragera pas le Châtelet de continuer sa courageuse politique d'ouverture de la création lyrique vers des compositeurs et des metteurs en scènes venus du monde du cinéma.



Les 5, 8, 11 juillet à 20h, le 13 juillet à 16h,
Théâtre du Châtelet, Place du Châtelet, Paris 1ier, m° Châtelet, 22 euros, 10 à 120 euros.

A l'occasion de la présentation en première mondiale de l'opéra The Fly, le Festival Paris Cinéma rend hommage à David Cronenberg lors d'une soirée exceptionnelle le jeudi 3 juillet 2008 à 20h, au cours de laquelle il présentera son film à l'origine de l'opéra La Mouche (1987) suivi de La Mouche Noire (1958) de Kurt Neumann.



Laurent Couson & Yaël Hirsch


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Tuesday, July 01, 2008

Richard Avedon ou l’art du portrait au Jeu de Paume

Depuis hier, le Jeu de Paume abrite la première grande rétrospective, consacrée au photographe Richard Avedon en France. 270 clichés sont présentés, qui sillonnent la carrière du photographe, de 1946 à 2004. Des photos de mode aux portraits dits « sérieux », l'exposition est présentée de manière à la fois chronologique – par décennie- et thématique –les « cycles » de photos- sur deux étages.

Co-organisée par le Louisiana Museum of Modern Art (Danemark) en collaboration avec the Richard Avedon Foundation (États-Unis), cette grande rétrospective Avedon est l'un évènement immanquable de l'été parisien.

Claire, espacée, et sans fioritures, l'exposition a été pensée sur le modèle des fameux fonds blancs du photographe : pour mettre en valeur l'expressivité de ses œuvres. Une ligne directrice est cependant remarquable. Pour la commissaire de l'exposition Helle Crenzien Richard Avedon serait passé d'un artisanat pour Harper's Bazar (où il a été le directeur de la photographie pendant 20 ans) à un véritable art du portrait « classique », où le photographe devient "co-auteur" d'une image qui se façonne en dialogue. Or cette lecture évolutionniste est peut-être un peu simple. En fait, ses clichés de modes sont tout aussi époustouflants –et surtout vivants- que les portraits tardifs.




Arrivé en 1946 à Paris, Avedon photographie la ville avec amour, et les mannequins illustres comme Suzy Parker ou Dorian Leigh en mouvements dans leurs drapés Balmain ou Dior. C'est souvent dehors, dans la ville qu'il les immortalise et parfois, au bras d'un éléphant plutôt qu'à celui d'un dandy. C'est un vrai régal de pouvoir voir la photo d'Audrey Hepburn, en  tenue virginale mais néanmoins orientalisante, et affublée d'un chignon invraisemblable regarder de son œil triste l'objectif devant le bar feutré de chez Maxim's. Et surtout, à partir du moment où Avedon ouvre le toit du studio de Harper's Bazar, unr brècue s'ouvre.  Fond uni et umière naturelle deviennent les deux piliers de son art du portrait.




Le fond uni devient rapidement blanc, pour laisser champ libre aux contrastes du visage. Avedon explique ainsi cet impératif du fond blanc : « Le fond blanc isole le sujet par rapport à lui-même et à son environnement. Il permet d'explorer la géographie du visage ». Et l'artiste explique que ses photos ne vont pas sous la surface des visages elles ne sont que des « lectures de la surface ». Dans la relation du photographe et de ses modèles, il y a cette distance qui est un respect : Richard Avedon ne tente pas de dire la vérité d'un être, mais juste à faire des photos « exactes ».

Ce qui n'empêche pas celui qui se considérait comme « un portraitiste » de suggérer la fragilité. Par le cadrage d'abord qui est souvent peu ou mal centré. Par exemple, sur l'imposant portrait de groupe de la Factory (1969), la nudité est au centre, signe de la transgression. Mais Andy Warhol lui-même est à l'extrême droite de la fresque, en habits, et rendu volontairement banal. De même, Jean Genet (1970) semble marcher devant l'objectif comme s'il allait passer dans son champ et disparaître. Son regard tourné vers le sol rend l'écrivain très mystérieux.
Deuxième technique : la reproduction. Parfois les photos sont présentées en diptyque ou en triptyque. C'est le cas pour Beckett (1979) présenté à l'entrée de l'exposition, pour Stravinsky (1969), pour certains autoportraits de l'artiste et surtout pour Francis Bacon (1979) qui semble double, séparé de lui-même par un épais trait noir.
Troisième technique, plus rare, le flou : par exemple pour le poète W.H. Auden (1970), massif et emmitouflé dans son manteau et le visage voilé par les flocons de neige de l'hiver New-Yorkais. Ou pour Malcom X, encore plus impressionnant quand on ne peut discerner ses yeux et ses traits.


La série que Avedon a réalisée sur son père (1963-1970) entrain de mourir lentement d'un cancer est la plus touchante de l'exposition. Les clichés du beau vieillard déclinant résument bien la magie de l'objectif subjectif du photographe : à la fois curieux des failles et des fragilités, nostalgique déjà du moment immortalisé et passé, et en même temps respectueux de son sujet. Car même le regard fixe, il y a toujours une ligne de fuite qui est une opacité éthique.



Parmi les dernières œuvres d'Avedon, le cycle « Dans l'Ouest américain » (1985-1990) est largement représenté. Toujours sur fond blanc, Avedon a représenté des habitants des 17 états de l'Ouest américain. Mais cela aurait pu se passer ailleurs, car les gens intéressent Avedon un à un, en tant qu'êtres uniques, même sur les photos de groupe. Il y a du Fellini dans ces clichés en noir et blanc de forains, mineurs, travailleurs agricoles, ou serveurs qui forment une grande famille humaine métissée.

Les derniers clichés sont plus figés, y compris son autoportrait de 2002, deux ans avant sa mort. On retrouve les portraits de célébrités comme Björk (2004) ou Susan Sontag (2000) et des photos de mode avec une Audrey Marnay à la fois baroque et épurée. Mais la vie semble s'être retirée de ces visages. Le mouvement n'est plus là. Et le rugissant John Galliano ressemble plus à une caricature de lui-même qu'à un créateur en devenir.


Extraordinaire, l'exposition est vous l'aurez compris un passage obligé pour tous les fanatiques de photographie, de mode, et tous les curieux de la nature humaine telle qu'elle se présente sur la surface du visage et l'ombre de la silhouette.

Jusqu'au 28 septembre, Jeu de Paume, Place de la Concorde, Paris 1ier, mar-dim 12h-19h, 6 euros (TR 4 euros). Notez que le premier mardi de chaque mois, l'entrée du Jeu de Paume est libre pour les étudiants.

Toutes les illustrations sont des photos de Richard Avedon et le crédit appartient à la Richard Avedon Foundation.



 


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Monday, June 30, 2008

Dvd : Le cœur des hommes 2

Marc Esposito est son équipe de footballeurs vieillissants mais toujours gagnants sont de retour pour une comédie qui carbure au tendre testostérone de l'amitié.

Après le succès du Cœur des hommes, la France entière se demandait ce que devenaient Alex, Antoine, Jeff et Manu. Un deuxième volet s'imposait où les très bons acteurs du premier opus ont tous repris leur rôle (sauf Alice Taglioni, mais elle ne jouait que l'une des maîtresses d'Alex). Quatre ans après son exil bienheureux avec sa jeune et jolie compagne Elsa (Zoé Felix en grand come-back pré-chtis), Jeff (Gérard Darmon) en a quand même marre de compter les fourmis en écoutant le chant des cigales te rentre à paris proposer un projet de livre à Alex (Marc Lavoine). Après plus de vingt ans de mariage et autant de coups de canifs dans le contrat par semaine, ce dernier s'est enfin fait prendre par sa femme, Nanou (Catherine Wilkening) qui demande le divorce et refuse de le voir. Le séducteur saura-t-il récupérer la seule femme qui n'ait jamais compté ? Manu (Jean-Pierre Daroussin), lui, fait pour la première fois l'expérience bizarre de l'adultère. Tandis que toujours aussi sensible qu'un poète, Antoine, le prof de philo (Bernard Campan) a le coup de foudre.

Si Sex & the city a re-dévoilé que les femmes étaient prisonnières de leur liberté, le Cœur des hommes montre que celui-ci n'est pas si simple que la légende veut bien le dire. Une comédie simple qui tient ses promesses, filmée d'un œil qui aime Paris, et bien jouée, avec une BO aussi fluide et racée que le premier volet.

"Le cœur des hommes 2," de Marc Esposito, avec Bernard Campan, Gérard Darmon, Jean-Pierre Daroussin, Marc Lavoine, Zoé Félix, Ludmila Mikaël…, 1h55.

 



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Sunday, June 29, 2008

Cinéma : Valse avec Bashir, d’Ari Folman

Evènement au dernier Festival de Cannes, et sorti il y a maintenant une dizaine de jours en France, « Valse avec Bashir » est documentaire d'animation poignant sur la difficulté d'un soldat israélien de se remémorer son action lors de la guerre du Liban de 1982.

Tout commence par le rêve de Boaz, qui éveillé en pleine nuit raconte un cauchemar. 26 chiens terrifiants le poursuivent jusqu'à sa fenêtre dans une ville qu'ils mettent sans dessus-dessous. Il s'agit des chiens qu'il a abattus lors de l'entrée dans les villages libanais de la guerre de 1982. En l'écoutant, son ami Ari se rend compte qu'il a oublié une grande partie de ce qu'il a fait, en tant que soldat pendant la guerre du Liban. Il avait alors 18 ans et venait de perdre sa petite amie. A partir d'une scène-écran où il se voit nager nu dans la mer tandis qu'un massacre a lieu, Ari se lance alors dans enquête auprès de divers camarades, journalistes et psychanalystes qui ce qui s'est passé, il y a 20 ans.

Dans des coloris jaunes fauves, d'un trait charnel, et sur fond de musique israélienne des années 1980, Ari Folman a dessiné image par image cette reconstitution. Ses dessins masquent et révèlent à la fois l'horreur d'un jeune homme plongé dans une guerre qu'il ne comprend pas. Leur puissance culmine avec l'entrée dans Beyrouth, pour se heurter à l'impossible remémoration de ce qu'il faisait le soir du massacre de Sabra et Chatila. Redonnant vie par les dessins aux peurs, aux fantasmes et à la culpabilité de ses amis et de lui-même, Ari Folman déroule pour le spectateur les rouleaux sinueux de la mémoire pour nous présenter une apocalypse terrifiante dans laquelle se mélangent des cadavres d'animaux, hommes, femmes et enfants blessés ou tués, la solide volonté de vivre de jeunes gens des années 1980, et le débordement de la peur qui fait tirer en aveugle depuis les tanks. Il y a aussi l'image de Bashir, le président libanais chrétien assassiné la veille de la prise de Beyrouth et l'intolérable laisser-faire des soldats israéliens entourant et éclairant les camps de Sabra et Chatila (Quartier ouest de Beyrouth) sans bouger lors de la nuit des massacres de centaines de civils libanais par la milice chrétienne, alors alliée de Tsahal : les phalangistes.

Un film unique sur la guerre, la mémoire et la faute insurmontable.

Ari Folman, "Valse avec Bashir", 1h25.


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Friday, June 27, 2008

Open bar et autres débordements

Soirée classique hier pour la journaliste underclass qui n'a même pas essayé d'avoir son entrée pour la demolition party. Donc du Truskell à l'espace cardin, et du Tania au Néo, pas de stars. Mais! Un Dj photographe et graphiste que j'admire, et qui m' ademandé de relire avec lui le communiqué de presse pour sa prochaine expo dans un Truskell frais, dispo et presque propre. Verre de vin blanc. Un, on commence doucement. Métro, lecture, calme quand l'autour est agité. Direction l'espace Cardin.  Mais! Mon frère, people parmi les people, tout de blanc vêtu à une réunion de bloggers organisée par orange. Buffet tout aussi blanc que le chemise de mon frère. Léger ennui, brume dans les yeux, et sourire de façade : Mais! je n'ai jamais été corporate. Bon champagne, beaucoup. Luxe : pas besoin de changer de crémerie pour la suite des activités. Ca ce passe au même endroit. Tout ce qui ascensionne converge, paraît-il. En l'occurence, pas de vertivalité ni de pics épiques, mais une convergence pratique que j'ai sue apprécier. Dans la cave de l'espace Pierre cardin, vernissage de Karl Lagasse, photos très street et sculptures de clichés. La vidéo de mon ami compositeur reconverti sur le travail de l'artiste était probablement le plus bel objet. Vin en papotant dehors tandis-que le photographe se faisait remarquer à 200 à l'heure sous l'oeil de la police, tout ça à l'orée de l'Elysée. Il est temps de s'arracher à la faune de filles aux coupes rock et roulant sur échasses. Mais! Ma soeur d'adoption me traîne pour continuer la soirée rue de Ponthieu. Désoeuvrée j'accepte. Repasse mes ballerines pour trotter dans ma robe rouge. On évite de justesse le Mathis. Tombe sur un ami chanteur/organisateur de soirées devant le néo. Je me perche à nouveau sur mes talons de 25 cm. On entre. Espace vide, froid sibérien. Open bar de vodka. Bloody mary en l'honneur du bon Ernest, en pensant qu'il savait vivre. Quelques pas de danse sur de l'electro plus molle que chic. Il n'est que 23h30 quand nous arrivons première à la soirée d'une autre amie au Tania. Cette fois-ci notre hôtesse n'a pas agrémenté la canapés cramoisis et la déco de godemichés design par des ballons. Grosse déception devant tant de sobriété. Open bar de champagne. J'ai reçu un mail de remerciement de PPDA pour mon article sur son dernier livre. Je double la dose de champagne pour fêter cela. La climatisation commence à me ronger les os, et quand un autre ami nous rejoins. Je suis trop ivre et gelée pour supporter ses fadaises de chérubin de 13 ans sur les femmes. Trop aussi pour le rembarrer comme il faut. Colère sous cloche de froid. Je sors, on papote un peu dehors, belles rencontres. La faim ayant raison de mon envie de faire la fête dans un Paris vidé de ses cendres, je redescends à plat et me mets en marche vers chez moi.  J'évite au mieux les sourires, les injonctions, les invitations à prendre des verres.  Une de mes amies m'a dit au téléphone que j'ai l'air d'une fille sucrée. Mais que je n'en ai pas la chanson, ce qui déstabilise. Là, c'est moi qui suis déstabilisée. Heureusement, le pont de l'Alma est toujours là, rassurant. Je chantonne un peu de Barbara dans ma tête au rythme des gargouillements de mon ventre. Pas de compagnon de route, ni d'amant plus ou moins connu cette nuit. Mais! L'odeur des tilleuls tannés par juin, des graines bios et donc saines, beaucoup d'eau, un peu de travail, la douceur d'un oreiller frais, d'une couette chaude, et un roman épatant de Siri Hustvedt. Comment dit-on bonne nuit en norvégien?


7:24 AM - 1 Comments - 2 Kudos - Add Comment

Cinéma : Une épopée, de François Margal

Premier long métrage, « Une épopée » filme un couple qui part vivre en Irlande avec un enfant en bas âge pour réaliser un projet commun. Ces belles images se dégustent en silence.

Paul et Laure prennent le ferry. Déjà la pluie est là, elle sera omniprésente dans le film. Leur nourrisson les accompagne pour un lieu sauvage où les deux amoureux veulent réaliser un rêve et un projet commun : une forêt qui accueillerait des artistes contemporains. Mais très vite, l'humidité, l'isolement et le silence lassent Laure (très belle Sarah Perrin, mais jouant faux), qui ne dit rien et se montre de plus en plus froide. Elle décide de prendre un travail dans la ville la plus proche, quitte à vivre trois jours par semaine au loin des siens. Paul (Thomas Blanchard, excellent de sobriété), lui est heureux dans l'Irlande profonde, ils se fait des amis, finit d'écrire un livre et aime passer ses journées en forêt et ses soirées à s'occuper de son fils. Pour Laure, il renoncera à son rêve. L'épopée n'a été qu'une parenthèse désenchantée.

Languissant, glaçant de silence, et irritant par la piètre qualité de ses images, « Une épopée » envoûte néanmoins pas ses images originales, poétiques et justes.

« Une épopée » de François Magal, avec Sarah Perrin, Thomas Blanchard, 1h25.


3:46 AM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Thursday, June 26, 2008

Peter Doig : « la peinture devient intéressante lorqu’elle devient intemporelle »

L'exposition Peter Doig est une première pour le peintre à Paris. Le Musée d'art moderne a rassemblé 40 peintures et près de 50 dessins de l'artiste. Grand voyageur, son œil s'est aguerri entre le Canada, Londres et Trinidad où il vit encore. Intemporelles, ses toiles parlent à tous, dans des couleurs vives et avec une intensité qui donne à réfléchir.

Il y a un peu de tout dans les paysages de Peter Doig : une patte impressionniste, un passé post-expressionniste, un certain surréalisme, et un réalisme qui mène vers une réflexion quasi-abstraite. Très inspiré par les dernières œuvres de Fautrier, Doig travaille à partir de photos qui sont pour lui une matière de mémoire.

Ses œuvres portent la trace de son nomadisme entre son Ecosse natale, le Canada, Londres et Trinidad, et la technique propre au peintre lui vient de la Saint-Martin's School of Arts où il a étudié dans les années 1980. Ouvert à plusieurs cultures, Doig ne hiérarchise pas entre Damier et une pochette de Cd pop. Il en ressort pour ces toiles une sorte de naïveté accessible à tous.



A cela s'ajoute un travail éclaté dans le temps, comme le permet de le voir la salle où sont exposés les nombreuses esquisses préparatoires des canevas. C'est par couches et par moments que l'artiste complète ses toiles, leur donnant une intemporalité forte. Ni présents, ni nostalgiques du passé, ses grands paysages colorés où erre parfois un homme ou la trace de son passage (canoë, habitations etc...) donnent à voir du concret. Ne serait-ce que par l'épaisseur de la peinture, dont la texture est souvent très travaillée. Mais leur grande taille et leur mystère ouvre sur tout un monde lointain de réflexion personnelle pour le visiteur.

Etrangement inquiétantes, fonctionnant à la fois sur le mode de la surprise et du déjà vu, les peintures de Doig résonnent différemment en chacun. Les formes se mettent en mouvement, laissant l'œil qui les perçoit libre de s'y promener comme dans un rêve.



« Un tableau n'est pas fixe…Peindre c'est s'avancer sur une surface, s'y perdre, se perdre soi-même, aller au-delà de soi, marcher sur une étendue et s'y laisser engloutir physiquement » C'est à cet exercice aussi visuel que spirituel que Peter Doig nous convie jusqu'au 7 septembre au Musée d'Art moderne.

Peter Doig, jusqu'au 7 septembre, mar-dim, 10h-18h, nocturne jeu 22h, Musée d..Art moderne de la ville de Paris, 11 avenue du Président Wilson, Paris 16e, m° Iena ou Alma Marceau, 7,50 euros (TR : 5 euros).

10:27 AM - 1 Comments - 2 Kudos - Add Comment


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