CoolChaser

Kali B

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Sep 29, 2008

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August 27, 2008 - Wednesday

Happy Tree Friends - Eyes Cold Lemonade
Current mood: good



http://www.youtube.com/watch?v=165VjNKRNdw

3:19 PM - 0 Comments - 2 Kudos - Add Comment

January 24, 2008 - Thursday

Rimes vides
Current mood: quixotic

Rimes vides

Il est des textes qui se veulent évocateurs d'une profondeur

Et voilà que n'en émergent que les sonorités des rimes

Mais cela suffit pour éveiller en certains un élan de chaleur

Et laisser à d'autres l'indifférence propre à l'étendue de leurs cimes

 

 

On se garde de critiquer la valeur des mots et de leur flot

Tout cela est si intime et imaginairement peu accessible

Alors, plutôt que de penser le vide on préfère dire le beau

Essayer d'éprouver un sentiment même le plus risible

 

 

Pourtant on se fout bien de ce qui n'a pas de sens

On est libre de n'adhérer en rien aux particules stupides

Seulement il se trouve que l'on a l'empathique élégance

De relever autrement les mouvements insipides

 

 

Il est des soirs où la noire inspiration vous fait dire des conneries

C'est un de ces soirs, vous l'aurez compris, alors à vos plûmes mes amis...

12:49 PM - 1 Comments - 0 Kudos - Add Comment

January 9, 2008 - Wednesday

on ne sait jamais
Current mood: awake

On ne sait jamais…

Oui, l'espoir, aussi cruel dans l'ombre que porteur de lumière. Sentiment qui s'immisce à l'insu du découragement. Il est pourtant sain d'admettre quand l'espoir s'éteint et devient inutile. Il est vain alors d'attiser un feu devenu ravageur. L'espoir peut-il détruire ? N'est-il pas source de vie ?

Comme s'il pouvait s'agir d'un sombre espoir ; D'une lubie, alors ? Inepte et vulgaire que de parler d'espoir dans ce cas, car l'espoir a ce sursaut de pureté que salit la lubie. Une religiosité qui lui donnerait place légitime dans les nuées célestes. Comment pourrait-il n'être que fade obsession, se faire névrose au coeur d'élans de l'âme ?

On ne sait jamais… espoir ou simple ignorance ? « Heureux les simples d'esprits car le royaume des cieux est à eux » dit Jésus. Ne pas savoir mène donc au paradis… Ainsi se gargariser d'ignorance induirait une jouissance implicite, alors que c'est l'angoisse qui semble vouloir prendre part à cette force divine.

 

On ne sait jamais… impermanence propre à la vie, dont on s'accommode en croyant influer sur la fantasque rectitude d'un chemin décidé. L'espoir serait un repère dans ce magma de possibles. Port d'attache ou guide lumineux, c'est en confiance que l'on y stagne ou yeux fermés que l'on s'élance. L'espoir est foi pour ne pas être vide.

On ne sait jamais… et dans l'attente sous jacente réside alors la vacuité de l'espoir. Car c'est l'absence qui s'offre à l'intemporalité, en des ramifications douloureuses. 

 

Faut-il donc garder espoir parce qu'on ne sait jamais ?

12:45 PM - 1 Comments - 1 Kudos - Add Comment

on ne sait jamais
Current mood: awake

On ne sait jamais…

Oui, l'espoir, aussi cruel dans l'ombre que porteur de lumière. Sentiment qui s'immisce à l'insu du découragement. Il est pourtant sain d'admettre quand l'espoir s'éteint et devient inutile. Il est vain alors d'attiser un feu devenu ravageur. L'espoir peut-il détruire ? N'est-il pas source de vie ?

Comme s'il pouvait s'agir d'un sombre espoir ; D'une lubie, alors ? Inepte et vulgaire que de parler d'espoir dans ce cas, car l'espoir a ce sursaut de pureté que salit la lubie. Une religiosité qui lui donnerait place légitime dans les nuées célestes. Comment pourrait-il n'être que fade obsession, se faire névrose au coeur d'élans de l'âme ?

On ne sait jamais… espoir ou simple ignorance ? « Heureux les simples d'esprits car le royaume des cieux est à eux » dit Jésus. Ne pas savoir mène donc au paradis… Ainsi se gargariser d'ignorance induirait une jouissance implicite, alors que c'est l'angoisse qui semble vouloir prendre part à cette force divine.

 

On ne sait jamais… impermanence propre à la vie, dont on s'accommode en croyant influer sur la fantasque rectitude d'un chemin décidé. L'espoir serait un repère dans ce magma de possibles. Port d'attache ou guide lumineux, c'est en confiance que l'on y stagne ou yeux fermés que l'on s'élance. L'espoir est foi pour ne pas être vide.

On ne sait jamais… et dans l'attente sous jacente réside alors la vacuité de l'espoir. Car c'est l'absence qui s'offre à l'intemporalité, en des ramifications douloureuses. 

 

Faut-il donc garder espoir parce qu'on ne sait jamais ?

12:45 PM - 1 Comments - 2 Kudos - Add Comment

January 7, 2008 - Monday

Ecrire ici
Current mood: curious

Ecrire ici c'est très sympa... mais être lue semble bien plus aléatoire. Cet état de fait laisse place à une grande liberté quant à ce que l'on a envie de dire et coupe simultanément toute inspiration. Quitte à écrire pour soi, autant le faire sur son ordinateur sans aucune publication. Mais il y a ce "on ne sait jamais"... la curiosité, le hasard et quelqu'un qui se penche sur ces lignes. Ce serait alors un comble de ne rien dire d'intéressant, de poètique, d'engagé et d'être lue pleinement.

Alors aujourd'hui, en saluant le "on ne sait jamais", l'intérêt sera porté au pourquoi écrire. Je mets ici à disposition, la déclinaison appuyée sur l'infinitif du verbe écrire, dans les textes réunis de Charles Juliet, présentés aux éditions Filigranes en 1996 par Yvon Le Men.

" Ecrire pour obéir au besoin que j'en ai. Ecrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler.

Ecrire pour ne plus avoir peur.

Ecrire pour ne pas vivre dans l'ignorance.

Ecrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance.

Ecrire pour me parcourir, me découvrir. Me révéler à moi-même.

Ecrire pour déraciner la haine de soi. Apprendre à m'aimer.

Ecrire pour surmonter mes inhibitions, me dégager de mes entraves

Ecrire pour déterrer ma voix.
Ecrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m'unifier.
Ecrire pour épurer mon oeil de ce qui conditionnait sa vision.

Ecrire pour conquérir ce qui m'a été donné.

Ecrire pour faire droit à l'instance morale qui m'habite.

Ecrire pour retrouver – par delà la lucidité conquise – une naïveté, une spontanéité, une transparence.

Ecrire pour produire la lumière dont j'ai besoin.

Ecrire pour m'inventer, me créer, me faire exister.

Ecrire pour soustraire des instants de vie à l'érosion du temps.
Ecrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.
Ecrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu'elle ne demeure comme une terre en friche.

Ecrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d'une société malade. Ecrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront peut-être la chance de le révéler à lui-même. De l'aider à se connaître et à cheminer.

 Ecrire pour mieux vivre. Mieux participer à la vie. Apprendre à mieux aimer.

Ecrire pour que me soient donnés ces instants de félicité où le temps se fracture, et où, enfoui dans la source, j'accède à l'intemporel, l'impérissable, le sans-limite."

11:13 AM - 4 Comments - 2 Kudos - Add Comment

January 6, 2008 - Sunday

long sejour à l’hôpital, pour un changement de regard (suite)

Il ne s'agit pas de considérer les actions utilisant l'art et la culture comme une thérapeutique en soi, ni de simplement déplacer à l'hôpital des spectacles ou des expositions, dans l'idée de banaliser la culture, de « cultiver » les patients ou encore d'occuper le temps. Introduire l'art et la culture à l'hôpital, c'est accepter un décentrage par rapport à la fonction première du soin. C'est poser la question du vivre ensemble quand des cultures complexes et différenciées se côtoient et s'articulent, tant dans la contiguïté que dans la continuité. C'est aussi conserver les échanges et les liens d'une institution située au coeur de la cité et qui croit se défendre de ses bruits en s'enfermant sur elle même. C'est certainement aussi, participer à cette humanisation, contribuer à rendre l'hôpital certes plus « agréable », mais surtout plénier, en enrichissant ce temps suspendu, d'attente. Il s'agit de rétablir une confiance relative dans la possibilité de vivre agréablement le quotidien, de créer une distance avec la perception du drame permanent. Les patients en séjours prolongés parlent d'enfermement, voire de prison, dans leur rapport à l'institution. Mais c'est aussi dans le corps que réside l'enfermement. Au delà des pertes constatées, de la dépendance installée, il s'agit pour agir, de reconnaître ce qui est encore possible pour la personne. C'est à dire entrevoir les capacités préservées, les potentialités à mobiliser et toute la vie et le plaisir qui peuvent s'y rattacher. Introduire du sens dans le déficit d'autonomie. Il est donc nécessaire de dépasser l'image du corps fragilisé, abîmé, pour mettre en évidence tous les rêves, les désirs, les capacités jusque là oubliés. En cela il importe d'avoir le souci de pérenniser une écoute constante des attentes et des demandes des patients. Il s'agit d'envisager qu'au delà des ateliers artistiques que l'on peut mettre en place, c'est avant tout une rencontre volontaire d'individus autour d'idées, de désirs, de projets, d'activités, à l'intérieur d'un temps social libre de toutes obligations. C'est pourquoi l'intérêt premier est de positionner les personnes en tant que sujet, en autorisant la circulation de leur désir en contrepoint de la position d'objet de soins et d'aide. Au contraire du soin subi et indispensable, on peut alors offrir une véritable capacité de choix et de décision. Choisir l'outil culturel, c'est choisir celui qui construit, structure et représente nos valeurs. Avoir une vie culturelle, c'est rester en lien avec la société. C'est ainsi que les personnes peuvent rester en contact avec leurs familles ou plus largement leur environnement.

Le travail s'articule autour du remplacement de la notion de besoin par des concepts de désir et d'intention. La personne est responsable de ses décisions et de ses actes. Le libre arbitre, libre choix sont essentiels. C'est pourquoi, il importe de ne pas imposer une activité en prétextant que l'on sait ce qui est bon pour la personne, sous des intentions de bien faire, c'est une dérive contraire au respect. L'activité est un support et non un but. Que l'on utilise l'art, ou plus largement l'outil culturel, on fait le choix d'une animation relationnelle et de proximité, ce qui inclus la vie culturelle, personnelle, philosophique, met en jeu les sens et permet surtout d'exercer des rôles. La vie sociale, le projet individuel de vie ne peuvent être réduits au seul fait d'avoir des activités.

Intervenir à l'hôpital aujourd'hui, en tant qu'artiste, c'est s'inscrire dans la réflexion conduite par de nombreux hôpitaux, sur la place du patient, son droit à l'information, comme son droit à la dignité. Si l'on suppose qu'une personne peut enrichir son séjour à l'hôpital grâce à la lecture, les arts plastiques ou le chant et disposer de temps pour échanger avec d'autres, c'est que ses besoins ne se limitent pas seulement à des soins médicaux ou de confort. Cette personne trouve ainsi un moyen pour devenir sujet et ne plus se contenter de patienter.

Créer un service particulier usant d'outils artistiques et culturels, dans un contexte où prime les soins, c'est s'efforcer d'aider le patient à s'adapter à l'établissement, mais aussi encourager l'émergence de nouveaux liens sociaux entre patients, voire avec tous les membres du personnel, et encore, contribuer à solidifier les liens avec l'extérieur. En dehors de tout objectif thérapeutique, c'est mettre en oeuvre une démarche axée sur une mise en avant du patient, de son vécu, de son savoir-faire, avec la volonté d'allier le temps de l'hospitalisation à une pratique artistique, mais aussi de renforcer la perception de l'hôpital comme lieu de vie et d'échanges en l'envisageant comme lieu des cultures (d'un point de vue anthropologique, identitaire et artistique). 

9:33 AM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

long sejour à l’hôpital, pour un changement de regard
Current mood: awake

Au sens étymologique, l'hôpital est un lieu d'accueil. Il peut accueillir la naissance, la mort, la vieillesse, simultanément et se faire lieu de création, de réparation, voire d'accompagnement. Aujourd'hui il ne se réduit plus à l'accueil de la détresse, mais nulle part ailleurs ne se retrouve la permanence de l'émotionnel, tant pour ceux qui subissent les soins que pour ceux qui les exercent, voire même pour les regards extérieurs. 

Aussitôt franchie la porte de l'hôpital, l'individu ne s'appartient plus, il n'est plus une personne, il y est parlé comme d'une chose ou tout au moins d'une pathologie et surtout comme d'un objet de la médecine. C'est un malade. Toutefois, d'autres termes apparaissent au gré de l'évolution de l'hôpital, on parlera de patient, d'usager ou pour d'autres de client. Mais tout hospitalisé reste considéré comme un assisté. Pour lui il s'agit de se soumettre ou de se taire. L'usager est davantage celui au nom de qui on parle, que celui qui s'exprime directement. L'institution elle-même s'appuie sur un idéal de normalisation des comportements et attitudes. L'uniformisation est la norme et elle se lit dans le dispositif mobilier, afin de préserver une vie collective sous contrôle. La science et la technique ont remplacé la charité. L'intime est totalement annihilé. En effet, dans l'institution le comportement singulier et intime renvoie au désordre. Comment dès lors l'individu peut-il se réapproprier son identité ? Les objets intimes disposés dans la chambre, les déambulations dans des espaces choisis et refuges, comme l'appropriation d'emplacements lors des repas en commun sont autant de résistances, de stratégies en réaction à l'uniformité.

En institution tout désir semble empêché et tout plaisir interdit. L'idée de la perte prédomine. Un processus de deuil s'amorce chez les proches, comme chez le patient. Cependant pour les proches c'est la perte de l'être cher tel qu'on l'a connu, avec la nécessité de l'accepter tel qu'il est devenu. Cet état ne peut empêcher l'espoir d'une rémission. C'est aussi ce que vit le patient, obligé d'admettre sa nouvelle identité, avec le désir de répondre aux attentes des proches sans pouvoir les satisfaire. Culpabilité et révolte sont des sentiments qui peuvent envahir la personne consciente de son état. Faire le deuil de la vie passée c'est aussi se résigner et la frontière entre la résignation et la mort devient mince. Ce sentiment est d'autant plus fort lors d'une hospitalisation en long séjour. Etre en vie, avec le sentiment de ne plus en être maître, d'une absence de sens, des sentiments qui renvoient à la mort. La personne en long séjour semble se mettre en attente de cette heure… l'accompagner c'est transformer cette attente, la déplacer.

9:18 AM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

voisinage
Current mood: chill

L'autre soir, en rentrant chez moi, je découvre sur une vitre de l'entrée de l'immeuble, une lettre dactylographiée. Elle était signée : Un habitant. En y regardant de plus près, voici ce qu'elle disait :


Chers voisins,

Depuis quelques temps, des déjections canines ornent les paillassons. Bien qu'elles soient de petites tailles, elles n'en sont pas moins désagréables. J'ai pu constater que certains d'entre vous n'avaient pu éviter de les étaler pour s'en débarrasser, provocant ainsi des traces plus répugnantes que leur aspect premier. Bien que ce sujet puisse vous porter à sourire, je pense pour ma part à notre gardienne qui chaque jour se voit contrainte de nettoyer l'ensemble puisque (comme le propriétaire du cabot doit le penser) c'est son travail.

Nous payons tous des charges, mais il serait ridicule de penser que nous amortissons ces taxes en salissant de plus bel notre immeuble. Etant donné que nous ne sommes pas si nombreux à posséder des chiens, je m'adresse donc à ceux qui semblent attendre la dernière minute pour sortir leurs compagnons. Si cela ne vous gène pas de devoir éviter toutes ces crottes sur les trottoirs parisiens au point d'en vouloir à l'intérieur des immeubles, n'hésitez pas à tenter l'expérience chez vous. Au cas où vous pensez que vous ne serez pas démasqué, sachez que le gabarit des merdes indique clairement la taille réduite de votre chien.

J'en profite pour dire aux voisins dont les enfants aiment courir avec leurs chaussures sur le parquet, qu'ils disposent de squares. Ce n'est pas parce que cela les amuse que tout le monde doit en profiter. Personnellement je n'ai pas de chiens, pas d'enfants et je ne fais chier personne, tout en payant aussi cher que tout le monde, alors merde !

                                                                                  Un habitant

 

 

J'ai fini de lire cette lettre avec l'envie de rire et puis j'ai vu que des commentaires avaient été ajoutés au stylo. Ils disaient : « Aigri », « Connard », « Prends toi un chien », « Chie un coup ça ira mieux », « lâche ! ».

Je suis rentrée chez moi, un peu stupéfaite. La guerre était donc déclarée dans l'immeuble ? Mais pour quel motif ? Cause naturelle ? Expression ? Solitude ? Mauvaise insonorisation ? Mésentente entre taxés ?

Et si cet habitant avait un enfant et prenait un chien, la paix reviendrait-elle ?

J'allumai la télévision et regardai le journal qui offrit à voir, comme à son habitude, les vraies raisons de faire la guerre : Différences culturelles, religieuses, territoires, pouvoir…

Quel immeuble de fous pensais-je…

 

8:03 AM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

November 20, 2007 - Tuesday

Partie 5 / Contes étranges
Current mood: creative

Nous étions dans un couloir grisâtre et nous courrions aussi vite que notre surcharge pondérale nous le permettait, sachant que Marine devait s'appuyer sur moi. Derrière la porte que nous avions refermée, la vieille hurlait. J'étais certain qu'elle n'était pas morte, mais juste évanouie. Ce n'était pas un être humain. Tandis que nous enchaînions les couloirs, je me demandais ce que la graisse lui procurait… Jeunesse ? Energie ? Force ?

 

Nous arrivâmes devant une grande porte, semblable à celles des châteaux moyenâgeux et nous sûmes que la sortie s'offrait enfin à nous. La transpiration baignait nos corps et nous dégagions des vapeurs délétères, mais nous n'hésitâmes pas à tomber dans les bras l'un de l'autre tant nous étions heureux. C'est à ce moment que je pris conscience de notre nudité. Les petits dessous seyants à l'origine, n'avaient pas résisté à notre disproportion corporelle momentanée. « Nous trouverons de quoi nous vêtir dès que nous aurons franchi cette porte ! » assura Marine.

Effectivement nous trouvâmes de larges feuilles d'arbres inconnus, qui nous permirent de cacher l'essentiel. Heureusement le climat semblait plutôt doux car les feuilles ne nous auraient pas protégés du froid. Nous progressions avec notre bardage, dans une forêt relativement dense, aux arbres immenses et étranges. Ils s'élevaient en tir bouchon et courbaient leurs cimes vers le sol. Nous leur devions nos vêtements de fortune. Plus nous avancions, moins il nous nous sentions sécurisés. La nuit tomba et nous nous abritâmes sous quelques fougères géantes qui parsemaient le bois. Je redoutais que nous ne tombions sur un animal sauvage, mais je chassais vivement cette pensée, de peur qu'elle ne devienne réalité. Marine se blottit contre moi et nous nous endormîmes rapidement.

Au réveil nous avions faim, notre soupe de gavage nous manquait. Je me sentais faible et Marine aussi, mais nous devions poursuivre notre chemin. Il nous fallait nous éloigner de la demeure de Rita qui finirait bien par trouver le moyen de sortir. Je trouvai de grosses branches idéales pour simuler des béquilles et les donnai à Marine.

Nous marchâmes durant des jours. Sous nos pieds une corne de peau extrêmement dure s'était formée. Nous ne sentions plus les petites coupures qui nous avaient gênés aux premiers jours. Bien sûr, nous avions perdu beaucoup de poids, à nous nourrir d'herbes et de feuilles (sans savoir vraiment, d'ailleurs, si elles étaient comestibles). Nous débouchâmes sur une petite clairière que nous passâmes en courant. Soudain au loin, nous aperçûmes un petit cabanon. Il nous fallait agir avec prudence. Le propriétaire, s'il y en avait un, pouvait être aussi hostile que la vieille. Nous approchâmes par derrière en faisant le moins de bruit possible. La cabane semblait abandonnée. A quelques pas de l'habitation, nous vîmes ce que nous ne pouvions envisager au préalable : un cimetière. Il occupait bien cinq cent mètres carrés devant le cabanon. La première tombe était située à deux mètres à peine de la porte d'entrée. Un frisson me parcourut le dos et Marine me regarda peu rassurée. Nous n'avions pas le choix. Nous serrions à l'abri à l'intérieur. J'ouvris avec précaution la petite porte.

Contrairement à son aspect délabré extérieur, la cabane était chaleureusement décorée par des fleurs séchées et des aquarelles. Celles-ci représentaient, la forêt que nous venions de quitter par une journée ensoleillée, mais aussi le cimetière, et des portraits de femmes et d'hommes trentenaires. Il y avait un coin cuisine avec un poêle et de grands bidons d'eau, un petit lit, une table ronde en bois avec trois chaises, une petite cheminée et de grandes étagères regroupant : vaisselles, casseroles, bouteilles de vin et même quelques livres. Un panier empli de pommes-de-terres, de salades et de fruits, reposait aux pieds de la table. Quelqu'un habitait ici et ne tarderait pas à revenir. « La cabane n'est pas abandonnée… » dit Marine. J'acquiesçai de la tête. Que faire ? Prendre le risque d'attendre le propriétaire qui pouvait être un fou de plus ? Quitter les lieux ? « Et si nous mangions ? Proposai-je emphatique. Nous avons de quoi faire un vrai repas. » Quitte à subir quelques atrocités de plus, autant que ce fut le ventre plein. Marine avait compris mon raisonnement et elle se mit à préparer les légumes, tandis que je dressais la table. Profitant de la cuisson de la potée dans l'âtre, à l'aide de seaux d'eau, nous nous lavâmes méticuleusement pour la première fois depuis une éternité. Ce fut comme de se défaire de toutes les mésaventures, renaître à la vie, redevenir humains.

J'avais oublié le goût des pommes-de-terre cuites au feu de bois, si je ne l'eus jamais connu. Nous mangeâmes avec volupté ce festin de légumes imprévu, dégustant les fruits délicieusement juteux et sucrés en dessert. Repus, nous nous installâmes sur le lit. Nous étions heureux. Nous étions vivants. Marine me regarda longuement et m'offrit sa bouche. Je la parcouru de la pointe de mes lèvres, avant de la sucer et de la mordiller, pour ensuite entrouvrir ses lèvres et y glisser ma langue. J'avais oublié (là encore) comme il était bon de faire l'amour à une femme après une longue période d'abstinence. Ecrasés de fatigues, nous nous laissâmes entraînés dans un sommeil profond, le sourire aux lèvres.

Des pleurs… Un désespoir profond. Une voix inondée de sanglots me réveilla. C'était celle d'une femme, qui expliquait qu'elle était morte d'un accident de la route en 1983. Elle parlait du choc, de sa tristesse d'avoir laissé ses enfants seuls avec leur père. Une autre voix se superposa à la première. Celle d'un homme, mort en tombant du toit de sa maison en 1998, tout aussi désespérée que la précédente. Puis d'autres voix s'ajoutèrent, racontant toutes les circonstances de morts récentes ou plus anciennes. L'accumulation des pleurs créa une cacophonie insupportable dans la maison. Marine tremblait à mes côtés tout en tenant sa tête entre ses mains. Je me levai et allumai une bougie. « N'y va pas ! chuchota-t-elle. Ce sont eux, les morts !

- Je sais, mais j'ai besoin de savoir ce qui se passe.

- Ils errent, lâcha-t-elle comme une évidence. »

Des morts qui erraient ! Marine avait vu trop de films d'épouvante. La bougie en main, j'avoue que je simulais une assurance éhontée. J'espérais, bien que je trouvais l'idée stupide, ne pas me retrouver face à un ensemble de morts vivants déambulant dans le cimetière. J'ouvris la porte, rien ne bougeait dehors, mais les voix s'amplifiaient. Tout le cimetière résonnait de façon assourdissante. Des dates, des mots relatant les circonstances des décès, des pleurs, fusaient de toutes parts. Je retournai auprès de Marine me sentant démuni. Nous attendîmes et dès les premières lueurs de l'aube les voix s'estompèrent peu à peu.

« Nous ne pouvons pas rester ici, déclarai-je. Nous devons continuer.

- Continuer quoi ? Pour aller où ?

- Nous devrions explorer les alentours. Il y a bien un moyen de rentrer chez nous. »

Marine avait les yeux ornés de cernes profondes et je ne devais pas avoir meilleure mine. J'avais évoqué ce qui nous paraissait n'être plus qu'un vague souvenir…Chez nous. Etions-nous encore entre les étages de l'immeuble ? Tout cela n'était qu'une hérésie destinée à nous rendre fous.

Après un petit déjeuner succinct, nous partîmes à la recherche d'un indice, d'un chemin, mais rien de probant ne se présenta. Nous rentrâmes découragés et à notre grande surprise le panier près de la table contenait de nouveaux mets dont un poulet déplumé. Quelqu'un s'amusait à nos dépends. Marine déclara que les morts nous protégeaient et je la regardai comme si elle même venait de se métamorphoser en cadavre. Il ne manquait plus qu'elle perde la tête et l'aventure atteindrait son apogée ! Nous mangeâmes avec moins d'enthousiasme, mais le repas fut tout de même appréciable. Evidemment dans la nuit le même scénario nous tira de notre sommeil…

Sept nuits s'écoulèrent ainsi à notre grand désarroi. Chaque jour nous tentions de trouver le moyen de sortir du bois, sans revenir sur nos pas et donc vers Rita. Mais toutes les voies empruntées nous ramenaient à la cabane. Et chaque fois, à notre retour, le panier était rempli de nouvelles denrées. Nous étions épuisés par nos nuits trop courtes. Le huitième jour je demandai à Marine de rester au cabanon afin de voir qui remplissait le panier. Je n'avais pas osé le lui demander plus tôt et l'un de nous devait poursuivre les recherches afin de trouver la sortie. Car il y en avait une, nous le savions. La jactance des morts nous était devenue familière et parfois nous nous permettions des commentaires sur les sempiternels refrains. Nous avions même eu un fou rire dans la nuit et c'était peut être en cela que le jour semblait propice pour qu'elle reste au cabanon.

Marine se posta donc dans un coin afin que l'on ne la vit pas tout de suite en entrant et je partis seul dans le bois. Lorsque je revins, encore sans résultat probant, Marine préparait le repas avec un air contrit. Je l'embrassai et lui posai la question qui me brûlait les lèvres. Elle s'était assoupie et bien sûr à son réveil le panier était plein. Inutile de s'énerver, cela n'aurait rien changé. Mais j'étais déçu. Nous dînâmes silencieusement, après avoir choisi de rester tous deux le lendemain, car la solution dépendait peut être de ce panier.

Cependant, la huitième nuit nous décida à quitter définitivement les lieux. En effet, la voix de Marine ainsi que la mienne se mêlèrent aux autres, puis se détachèrent distinctement. Elles racontaient, emplies de nos pleurs, les circonstances de nos morts futures, dates à l'appui. Marine en fit une crise de spasmophilie et je restai prostré comme un demeuré en état de choc. Il me fallut rapidement intervenir afin de sauver Marine d'une asphyxie imminente. Prise de hoquets,  ne cessant de répéter qu'elle n'était pas morte, ses mains crispées avec les ongles plantés dans les paumes jusqu'au sang, elle semblait être devenue complètement folle. Je n'en menais pas large, mais je me devais de reprendre la situation en main. « Demain, nous partirons d'ici, je te le promets » lui dis-je en la berçant doucement, bien qu'en mon fort intérieur je ne voyais pas plus d'issue possible. Nous restâmes ainsi, l'un contre l'autre tout le restant de la nuit. Je tenais entre mes mains les oreilles de Marine et passais mon temps à la couvrir de baisers. Elle s'endormit peu à peu, tandis que j'écoutais les voix saisi d'une angoisse accablante. Au matin, je coupai quelques fruits et nous préparai quelques légumes pour la route, tandis que Marine sommeillait encore. Je ne savais pas ce que nous ferions, mais je me sentais confiant.

Un bruit issu du sol m'interrompit. Je me tournai vers le lit, d'où il semblait provenir. De nouveau, un son sourd résonna. Je me penchai sous le lit et y vis une trappe. Sans hésiter, je l'ouvris, risquant peut être nos vies, mais nous n'avions plus rien à perdre. Un escalier s'offrait et je sus que je venais de trouver la sortie. Je réveillai Marine, pris notre encas et l'entraînai encore endormie dans l'escalier.

Nous laissions aller notre joie comme des enfants, heureux d'avoir trouvé la solution de l'énigme de la forêt. Nous courrions peut être vers le danger, mais nous étions euphoriques. Soudain l'escalier s'arrêta sur une porte dans laquelle nous butâmes stupidement, étant donnée sa position insolite. Je serrai Marine contre moi, l'embrassai tendrement et elle me chuchota : « Vas-y, ouvre ! ». Ce que je fis.

Nous entrâmes dans un grand hall au style anglais, où un homme se tenait derrière un comptoir. « Entrez, entrez, dit-il, je vous attendais.

- Qu'est-ce que c'est que cette blague ? Répliquais-je

- Oui Monsieur. Vous avez réservé la suite numéro 12. Vous avez d'ailleurs une journée de retard.

- Que va-t-il encore se passer ? Demanda Marine avec   lassitude.

- Vous allez dormir, je suppose…, répondit l'homme solennel. Voici votre clé. »

7:56 AM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

October 26, 2007 - Friday

contes étranges / partie 4 (enfin)
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Il s'agissait bel et bien d'une porte, trois marches la précédaient. J'actionnai la poignée et elle s'ouvrit sur une grande pièce chaleureuse. Une immense bibliothèque ainsi qu'une luxueuse cheminée emplie de grosses bûches en feu faisaient face à la porte. A quelques pas de la cheminée trônaient un gros fauteuil en cuir noir et un canapé apparié, le tout reposant sur un tapis blanc cassé. Interdit, je lâchai Marine dont la tête heurta le sol dans un bruit mat. Je devenais fou. Où étions-nous ? Que se passait-il ? La porte s'était refermée et nous étions apparemment en sécurité. Une douce chaleur régnait dans la pièce et je remarquai une petite table basse sur laquelle étaient disposés, une assiette avec des sandwichs, deux verres, une bouteille de vin rouge ainsi qu'une bouteille d'eau.  J'entendis un déclic au niveau de l'un des pans de la bibliothèque et un ensemble d'étagères pivotèrent, révélant un passage secret. Une femme longiligne, vêtue d'une longue robe noire, avec une ample chevelure rousse tombant sur ses épaules, entra. La robe, très décolletée, était fendue sur le côté droit et révélait une jambe parfaitement galbée, sous une peau ivoire. Ses pieds, aux ongles d'un vernis sombre étaient enfermés dans des chaussures ouvertes à talons hauts. Ses mains reposaient sur sa taille fine et elle me fixait de son regard de jade. Son visage était magnifique, presque irréel. J'étais fasciné. Elle fit deux pas dans ma direction en paonnant gracieusement et la porte secrète se referma. D'un geste simple elle m'invita à m'asseoir. Ce que je fis, tel un automate, posant mes fesses au bord du canapé. Elle claqua des doigts et la bouteille de vin s'éleva dans l'air pour remplir les verres, tandis qu'elle prenait place dans l'unique fauteuil en croisant délicieusement ses jambes magistrales. Elle exécuta une sorte de cercle avec son index et les verres se déplacèrent respectivement jusqu'à nous. Je n'avais plus qu'à m'en saisir.

Mais je n'avais aucune envie de boire du vin. J'avais soif d'eau. Soudain, je pensai à Marine. Comme je détournai les yeux en direction de son corps laissé à terre, j'entendis de nouveau le claquement de doigts de l'inconnue et le corps de Marine se mit en lévitation. Il oscilla lentement avant de venir près de nous au dessus du tapis et de s'y poser délicatement. J'eus brusquement envie de rire, je pensai à la série télévisée : « Ma sorcière bien aimée ». Mais le visage de Marine calma mon hystérie naissante. Son corps était couvert de boue, sa jambe gauche était bleue parsemée de quelques algues séchées tout comme sur la jambe droite. Son visage était blême, en sueur, vidé de toute expression. Je remarquai tout de même qu'elle était jolie. Son tee-shirt déchiré sur le ventre, en révélait visiblement un aspect plat. Je réalisai que je devais être moi même extrêmement sale et me sentis coupable de l'avoir oubliée durant ces dernières minutes.

« Pouvez-vous nous aider ? » demandai-je subitement à Rita Hayworth (son allure m'évoquait l'actrice). « Buvez ! » m'ordonna-t-elle avec une voix grave et masculine. La belle était un travesti ? C'était impossible. Je la regardai désemparé. Son bras droit s'allongea tel un élastique et ses doigts vinrent saisir mes joues pour m'obliger à ouvrir la bouche. Le verre m'échappa des mains pour se positionner au dessus de moi, tandis que la main contraignait ma tête à se pencher en arrière. Les doigts me faisaient mal aux mâchoires et je n'eus d'autres choix que de boire le breuvage en me croyant atteint d'une schizophrénie redoutable. A peine l'eus-je bu que ma vision se troubla. J'étais saisi par une soudaine envie de dormir. Je tombai à la renverse auprès de Marine qui fut la dernière image que je perçus…

Je m'éveillai sur un petit matelas avec une douleur céphalée infernale. Marine reposait non loin et me regardait. Son pansement avait été changé et s'avérait plus utile que le mien. Néanmoins, seul un plâtre résoudrait la fracture, c'était évident. « Où sommes-nous ? » demandai-je, avec une sensation amère dans la bouche. Ma langue pâteuse s'accrochait à mon palet et je devais avoir une haleine fétide. « Comment voulez-vous que je le sache !  me répondit sèchement Marine. Dans une chambre apparemment. » Nous étions dans une pièce grisâtre, sans décor si ce n'était les deux matelas et une unique porte noire. J'eus la vague sensation d'être emprisonné. Nous n'avions plus rien, pas de sac à dos, ni même nos vêtements. Marine portait un soutien gorge vert associé à une petite culotte de même teinte. Quant à moi, j'exhibais un caleçon bleu à fleurs, celui que je portais chez moi (pour dormir) et que je n'avais pas pensé à changer avant de m'aventurer dans cette galère. « Heureusement que vous dormez avec votre soutien gorge, soulignai-je, pour ma part je… » Le regard de Marine m'imposa de me taire. Elle avait raison, la situation ne se prêtait absolument pas à une rhétorique sur les dessous. De plus le verrou de la porte venait de résonner annonçant l'entrée imminente de notre geôlier.

Une petite femme bossue avec des cloques énormes sur le cuir chevelu parsemé de cheveux roux, entra. Son visage était sillonné de rides profondes et ses mains se prolongeaient en des ongles longs et sales. Elle portait un plateau avec deux assiettes emplies d'un liquide sirupeux orangé. Elle s'avança et le posa au milieu de la pièce. « Mangez ! Ordonna-t-elle. Vous devez faire du gras ! » Sur ce dernier mot elle fit demi tour et referma la porte à clé. Marine s'assit sur le matelas, « Pouvez-vous me donner mon assiette ? demanda-t-elle.

-  Vous n'allez tout de même pas manger ce truc ! M'exclamai-je.

-  Vous voyez autre chose à vous mettre sous la dent ? Reprit-elle. Moi non. Alors je vais manger parce que j'ai faim et que je n'ai pas les moyens de faire la fine bouche. Donnez-moi mon assiette ! »

Je m'exécutai, contrarié. Ce petit bout de femme avait un caractère bien trempé. Je l'admirais et la méprisais à la fois. Elle ne se plaignait pas de sa blessure et assumait la captivité avec un détachement déconcertant. J'aurais été incapable d'en faire autant.

Marine avait presque finit sa portion quand je goûtai la mienne. Ce n'était pas mauvais. Un mélange de potiron et de lard me semblait-il. Je terminais à peine, lorsque le déclic du verrou retentit. La vieille entra de nouveau, s'empara des assiettes (elle m'arracha la mienne des mains) et posa une bouteille d'eau sur le sol, ainsi qu'un pot de chambre. Je croisai son regard. J'avais la sensation de l'avoir déjà vu. Avant de quitter la pièce, elle me sourit en une sorte de rictus qui dévoila des dents pointus et longues, et je me sentis soudainement angoissé. « Nous voilà bien ! dit Marine.

- Je vous porterai sur le pot, répliquai-je.

- Comme vous êtes gentil, répondit-elle avec ironie, je n'en attendais pas moins de vous. »

Je la trouvais exaspérante. Cependant, mon esprit s'emballait. Je connaissais la vieille femme. J'en étais sûr… « C'est Rita ! hurlai-je. C'est Rita !

- Qui ? demanda Marine.

- La vieille ! C'est cette femme qui nous a accueillit dans la bibliothèque ! »

Marine n'avait aucun souvenir de l'épisode de la bibliothèque. Je paniquai. « Il faut sortir d'ici au plus vite ! ». Je fonçai sur la porte et essayai de l'ouvrir, sans résultat bien sûr. « Calmez-vous !cria Marine. Expliquez-moi cette histoire de bibliothèque. »

Je lui racontai avec angoisse ce qui s'était passé. Elle m'écouta attentivement, mais avec un air dubitatif. Je ne pouvais lui en vouloir, comment croire qu'une femme magnifique puisse être à la fois une telle ignominie? Pourtant, je n'étais pas fou. Marine bailla et s'allongea, comme si mon histoire eut des effets soporifiques. Ces deux femmes n'étaient qu'une seule et même personne… Comment était-ce possible ? Pris d'une soudaine envie de dormir, à mon tour, je m'écroulai sur le sol.

Je fus réveillé par la vieille qui apportait les assiettes pleines du même liquide. « Mangez !…

- Oui, on doit faire du gras", déclarai-je nonchalamment, avant qu'elle ne finisse sa phrase.

Elle me lança un regard froid et quitta la pièce. Bizarrement nous étions affamés et nous bûmes le breuvage avec hâte, avant de sombrer à nouveau dans un sommeil profond. Combien de fois cette scène se répéta-t-elle, je n'en avais aucune idée. Cependant nous faisions du gras comme la vieille nous l'avait demandé. Marine ressembla bientôt à un bibendum, avec ses joues rebondies comme des pommes, ses cuisses herculéennes et ses bras gros comme des cuisses. Quant à ses fesses, elles avaient triplé de volume tout comme ses seins. Je savais qu'il en était de même pour moi. « Nous devons arrêter de manger, lui dis-je. Sinon, nous ne pourrons plus nous enfuir.

- Ah, parce qu'il est encore question de fuir ? déclara Marine calmement. Je croyais que nous devions mourir ici dévorés par la vieille. »

Je réalisai à quel point elle avait raison. Pourquoi cette sorcière aurait-elle souhaité que nous fassions du gras, si ce n'était pour nous manger ? « Vous connaissez le conte d'Ansel et…

- Gretel ! Oui, merci bien, me coupa Marine. Il y a longtemps que j'y pense. Regardez votre ventre au niveau de votre appendice…

- Pourquoi ? M'enquis-je.

- Regardez ! Insista-t-elle. »

Deux petits trous équivalents à une morsure y figuraient. Je passais la main dessus et interrogeai Marine du regard. « Elle suce notre graisse ! Déclara-t-elle triomphante.

- Depuis combien de temps le savez-vous ? Criai-je énervé.

- Je ne sais plus, répondit-elle vaguement. Peut être depuis le premier jour. »

J'hésitai à me jeter sur Marine pour cogner ses grosses joues ou à m'écrouler sur le matelas pour y pleurer. Je choisis la deuxième option, après tout elle n'était pas responsable de ce qui se passait. « Nous devons sortir d'ici, repris-je en larmes. Nous allons mourir sinon… Je ne veux pas mourir…

- Personne ne veut mourir, dit doucement Marine. Mais comment sortir d'ici ? Nous ne savons même pas où nous sommes. »

Après m'être apaisé, j'échafaudai un plan où notre poids pourrait nous être utile. Marine devait projeter le plateau contre le mur, tandis que je maîtriserais la vieille en me jetant sur elle et en l'écrasant de tout mon poids. Peut être serait-il nécessaire de cogner sa tête contre le mur, pour être certain de l'assommer. Avec les draps nous devions la bâillonner et lui emprunter le trousseau de clés, avant de nous asseoir tous les deux sur elle afin de l'asphyxier. Marine ajouta l'idée de lui mettre le pot de chambre sur la tête avec son contenu, bien sûr. Nous préparâmes le nécessaire, les draps déchirés en bandelettes, le pot de chambre… Marine s'avança au milieu de la pièce avec mon aide et nous nous tînmes prêts. J'avais quelques doutes sur le plan, mais lorsque la porte s'ouvrît, ils s'évaporèrent…

2:48 PM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment


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