AVEC MES REMERCIEMENTS A JULOS BEAUCARNE, MUADHIB, CATHERINE JAVALOYES, ET CEUX ET CELLES QUI ONT ENCOURAGE MON ECRIRE — mon verbe, où va ta chair ? — - NE PAS HESITER A LAISSER UNE TRACE, A REPONDRE, REAGIR.
NOTA : LES SUITES SE LISENT EN TROUVANT LE DEBUT...EN BAS DE PAGE, SOUVENT
Ce n’est pas sous prétexte d’une clandestinité que je vais bâillonner aux corneilles : Julos BEAUCARNE est, d’une façon ou d’une autre, sur Myspace. Pour ceux qui ignorent qui il est, et ceux qui l’on quitté comme beaucoup vers 75-80, voici. Après 1974, après le drame horrible auquel il répondit par une « lettre ouverte » que son ami Claude Nougaro lit sur un de ses LP (oui, à l’époque du vinyle) : « Amis Bien-aimés,… ». On l’a re fredonne avec sa « lettre à Kissinger », partout dans les écoles j’ai pu lire « Ton Christ est juif, ta pizza italienne, etc..et tu reproches à ton voisin d’être un étranger », mais les années 80 ayant sonné, pas de traces d’auteur sur ce texte photocopié à tout va. Alors, beaucoup de ceux qui l’appréciaient ne l’entendant mie le croyaient ou retraité ou, pire, mort. Pourtant, des tambours répétaient sa voix susurrant : « je suis l’homme… ». Un grand moment. Pourtant, dès 1999, Julos reprenait son sens des formules pour nous dire : « le monde sera neuf ou veuf », et d’une galipette, il chipait des tourets et des ferrailles, gros fossiles de l’Ère Industrielle pour leur confier une nouvelle vie sculpturale et rieuse. Passe le temps et les rivières. Je l’ai croisé il ya 4-5 ans, heureux que j’étais de parler avec cet immense. Je n’écrivais plus, sauf en lambeaux d’idées, pour moi-même. Mais « si mes mots étaient des avions, j’aimerais qu’ils percent le mur du son et se posent sur le champ de roses de ton front », chantait-il. Et, là il passe, le bruit trépasse : il encourage à parler des mélodies. Il m’a appris que les mots étaient des tortues à la carapace inversée, lent collier de perles d’eau s'étirant en phrases, s’avançant dans le bonheur, car nul ne lit ni n’écrit afin d’être malheureux. Et ces lentes-là parent le col des routes de somptueux colliers. C’est à cause de lui que j’ai accepté de m’accorder le droit d'écrire, et d'être lu par quelques uns. Dans son dernier album, Julos m’a encore surpris. Bien avant que ce fut la mode de dire la peine des humains fauchés par le SIDA, il avait écrit cette merveille : « tu coches encore des noms dans ton carnet d’adresses… ». Cette fois-ci, c’est la maladie d’Alzheimer qu’il a traduite en chanson, comme d’autres traduisent leurs voisins en justice. Dans ce « Jaseur Boréal », de 2007-8, il chante aussi Port-Cros, l’injustice des grands et la force des petits ; il chante le monde de 2008. Je dois beaucoup à Julos. Sans lui, je regretterais de ne pas écrire, sans pourtant le dire. Et vous aussi, vous lui devez bien des formules, des idées, mais vous ne le savez pas. On lui beaucoup « emprunté ». Alors, aujourd’hui, la pluie a des allures de rideau de scène : Julos est dans les cintres de Myspace, et ça fait du bien. « Dans la flèche, accrochez bien, cosmonautes en vos astronefs …apercevez-vous l’homme, la femme, l’enfant, le berceau, le cheval, parfois rencontrez-vous une âme dans un coin de l’astral ? " Oui ?
Deux "septembre", au choix.. 1- Si tu me prends, tu me changes tu gonfles de tes mots mes bruits tu me brûles avec les buissons tu n'en fais qu'à ta saison
Mes tuiles s'envolent en danseuses dès que retentit le son de ta voix C'est toi qui a mordu à pleines dents les derniers feuillages, les premiers vents Une bouche fait sourire le toit, découvre un dentier de branches creuses que la chute des braises charpente, le coeur d'un arbre en mal de printemps mis à nu par l'automne, par la joie une flamme grandit en emportant les feuilles — Lentement s’en va le bois en silences, en couleurs heureuses
le feu a galbé les buissons mêlant les mots et les maisons mon sang coule au cœur des fruits tout devient si étrange
Good bye le 15 août, les chaleurs de four : Derechef, cette année comme toujours, Il n'y a plus de saison.
Quand le vermillon succombe au carmin, Quand le jaune vif tourne à l'ocre dans les photophores faute de soleil Que les bosquets se font terre de Sienne Ce n'est pas l'automne, pas encore.
Les arbres étrennent leurs charentaises en peaux de crépuscule,fourrées de brumes Ce n'est pas l'automne, patience
Les racines se couvrent de petits drapeaux fanés, une armée de poche hisse ses couleurs citrouille,
Les branches vont être affûtées, émondées en bons crayons à calculer les équinoxes : des feuilles et encore des feuilles de brouillons sépia chiffonnées seront jetées sous elles
Ce n'est pas l'automne : pas encore, c'est juste la rentrée qui est de sortie.
Plus tard quand Le cours des cours apprivoisés ne mordra plus
Quand les jours seront des films hachés de réclames de récréations avec des chevaliers, des cow-boys et des princesses…
Les Yalta scolaires auront délimité les zones sans combat partagé la cour en petits carrés réservés en une gaufre bosselée d'invisibles frontières
Quand des serpentins au pelage craquant comme des allumettes, déjà roussi, tourneront en spirales, en écharpes, toutes prêtes, tout juste habillées pour leur autodafé agglutinées au pied des arbres, sages comme feuilles mortes
Quand les enfants auront retrouvé la règle du jeu de cache-cache avec le soleil et la pluie
Quand les préaux et les perrons des châteaux se couvriront de gibecières, de trophées de classes
Quand les corbeaux affamés regretteront à grands cris le temps des pendus et des festins gratuits au temps du temps d'avant qu'il n'y ait plus de saison Alors…
Alors là, oui, il sera temps de parler de nos automnes
de nos amours mortes, des clichés exposés au grenier sous verre, avec soin, misant sur l'oubli qui vient Et refait toutes choses nouvelles, tôt ou tard
où la mélancolie sied si bien à qui ne sait poser ni sur les jours en décompte les regrets d'usage ni sur le carrelage son parapluie ruisselant
Là, oui, l'été sera vendangé, pressé et en ferment.
Les cuves prendront des airs de conspirateurs pour proclamer un vin nouveau, un grand soir
Des noix fraîches, des goûts du jour irriteront la langue autant que les rires et les jeux des jeunes et des enfants qui, regardez-les jouer, ne savent rien de la vie tandis qu'obligations, rendez-vous et échéances ponctuent les années ainsi que beffrois, faute de saison.
Pour l'heure, Ce n'est déjà plus l'été, ce n'est pas encore l'automne
Bagrat était fier de porter le nom d'un plus vieux roi abkhaze. En 1864, sa carriole à cheval fut arrêtée par un cosaque. Il en avait déjà entendu parler, mais en voir… Bref, il n'était pas là pour le tuer, c'était déjà ça. Il était perdu, et ça se comprend. Des champs et des vignes, de la montagne et des bords de mer, puis tout ça qui se répète. De grands champs de blé, il y en avait, mais du côté de Tbilissi. Chez les voisins. Rabia, Dardan, Léonid, et Ivan ses fils y achetaient du grain. L'été était chaud en plaine, doux dans les montagnes, comme en Italie disait le Pope Georgiu qui avait vu du pays.
Jusqu'à présent abkhaze Sa case est devenue oukase Le tsar et ses Russes blancs Venaient de s'asseoir sur son banc. Et les carrioles cahotaient avec leurs roues de bois
Léonid a eu du mal avec les mencheviks et les bolcheviks. Quand le drapeau est devenu rouge ; il a compris que ses fils seraient soldats, pour un temps ou pour toujours, et paysans à leur possible retour.
Or, il y avait un voisin un géorgien Un homme d'acier, un homme de bien Iossif dit Sosso par son papa Mais pour ses camarades, Koba Et les carrioles cachottaient sur les langues de bois
Les fils de Léonid ont compris que Jossif Vissarionoviç Djougadtchili méritait son nom de Stal'in, l'homme d'acier quand ils ont reçu cet acier dans la chair, sous forme de balles, et de barbelés…
Jusqu'à présent abkhaze Le pays est devenu occase Quand de Russie est sorti le Caucase Du blé, du vin, et des tuyaux de gaz Et les carrioles crachotent sur leur chemin de croix
C'est pas facile d'être du Caucase, hier ceci, demain cela, on a la couleur de l'ombre, l'ombre du mur plus grand, que le mur d'à côté, qui tombe et l'on reprend la couleur de l'ombre, du mur de l'autre côté, c'est la ronde du Caucase..
Du blé, du vin, et des tuyaux de gaz Et des carrioles qui crachotent sur leur chemin de croix Jusqu'à présent abkhaze La case est devenue oukase Par saint Georges et par Staline Par les Tsars et par Poutine Et les carrioles cachottent sur les langues de bois L'ossuaire de l'Ossétie à l'Est Le suaire de la Russie au Nord La sueur géorgienne au Sud Du blé, du vin, et des tuyaux de gaz C'est la ronde du Caucase Et les carrioles cahotaient sur les routes des bois Où chaque armée a fusillé au nom de ses lois À l'ombre de l'un cet été À l'ombre de l'autre cet hiver C'est la ronde du Caucase Géorgien ou Abkhaze Au royaume des oukases Et les carrioles crachotent sur leur chemin de croix
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"The Call". Une fois le chant lancé, revenez vite : sons et mots sont "calés"...
--------------------------------------------------------------------------------------------------------- THE CALL
Lui, il aura des choses à dire, À tracer appliquées il transpire À construire en chemin de ferraille Des traits droitement fiers dans le désert. Des écrous et des règles en concert Il veut cela que cela va dire. Non loin de là, les danses passeront. Au-dessus de ses épaules, monte S'enroule une vapeur de suée Si mal écrite comme à la vau-l'eau. En vagues épaisses filant gros dos Lui écoute cela qu'il va dire.
Alors, on comprend qu'il passe à autre chose
Quelle est celle-là, venant dépasser Le carré des choses à buriner Quel est ce charivari où montent, Encordées, des cadences enlacées ? Barbes à papa et karaokés, Mélangeant leurs échos à son sabir Cachent ses pancartes sans surprise. Rien de grave, pas de quoi s'arrêter. Il trace appliqué très droit transpire. Un cygne en plastic écaillé passe Suivi par une locomotive, Pendant qu'il forge ce qu'il doit dire.
Déjà, il retourne vers ses autres choses
Eux passent et repassent, rabâchent Sans que lui , penché sur ses lignes, voie, Au-delà du sable de son exil Le carrousel déroulant, enchanteur, Ses poursuites courues par avance. Des apaches décochent des bravos Empennés avec les rengaines du jour. De-ci, de-là, des slogans l'appellent. Sur les écrans clignote l'urgence. En haut, en bas, sur un cheval de bois, Une amazone le voit, et sourit. Chacun se demanderait que dire.
Là, qui comprendrait qu'il passe à autre chose ?
Il met en réponse une ligne droite De son cœur jusqu'à son cœur à elle Suivant la tangente du manège Il tire au cordeau un acier tressé Pour un petit bonheur tout droit et sage. Déjà, la belle a tourné casaque Show must go plus loin, loin, beaucoup plus loin Avec son galbe tout elliptique, Sa syntaxe comme en figure de proue, Il aurait voulu poser sur ses seins Tout un frimas de rimes, au cas où Viendrait un instant pour les lui dire.
Il ne pourra plus penser à autre chose
Une chose de rien leur a manqué, Quelque regard en trop ou bien en moins. Des terrils jouent aux montagnes russes. Ils l'invitent à prendre une pause, Proposent vertiges, hauteur de vue... Lui décline, veut publier son ban Sans se perdre dans leurs foires sucrées. Loin des classiques, des modernes Avec, sans auxiliaire: temps perdu ! Pas de ces reflets en trop pour ses yeux : Le vin des subjonctifs, les adjectifs à la jambe légère Ce ne sont pas les manières des choses à dire
Tout peut se rompre : il passe à autre chose
Toutes ces règles d'or peroxydées, Rien d'elles ne touchera ses lèvres Loin de ce carnaval, il va, direct Vers son tracé clair et droit, céleste. Un alinéa conjugué jette Avec mépris sa fumée dans ses yeux, Sous ses paupières soudées par les efforts Il ne voit rien de caché dans la rature, Les femmes à barbe, les exceptions le choquent. Prophète immaculé de son message, lui Intact, pur, traverse les Cours des Miracles Il passe dans l'armure de qui est à dire
Il se tait encore, armé d'autres choses
Au comptoir, un rieur glisse des noms Dans le rabat d'un participe ambigu. Les amers des bières ont ajouté La lente houle des moustiquaires Aux pales tournant au dessus des jeux, Main de soupirs qui caresse les chats. La pulpe des mots voudrait bien cracher Ses grains dans son aube en scrupules Le pimenter au pâté de jurons. Lui, vierge et martyr, sans ces voluptés A verrouillé ses cañons personnels D'une ride au front, où rien ne coule.
Là, tous remarquent qu'il est passé à autre chose
Aucune attraction ne l'attire plus. Il est debout. Dieu sait-il ce qu'il va dire.
Était-ce hier qu'Arles était sous la pluie : au singulier, mesurée à la minute.
Le ciel bleu de 7h s'est empli comme les rues se sont vidées, et laissent les odeurs errer seules, révélées par les failles des pavés, la fermeture des parures, emportées par l'eau.
La pluie ici annonce goutte à goutte une eau partie s'épanouir du sol pour envahir l'air ambiant
Du moins, les ocres des façades, ravivés par l'humidité, revivent. Le marché se cache sous des tentes que le vent transforme en jupons. De-ci de-là, source d'étonnement : des gens au parler pointu sourient dans le presque été de chez eux où les soleils en écho sur les fenêtres, closes, trouvent une pluie à la taille fine et torse, à la carrure de matrone. Et dans le clair-obscur ils s'enlacent au creux des pavés aigrement patinés par les lames des rigoles, doucement aiguisés par une houle de lumières Et de leur union naît une fraîcheur. Elle passe en catimini. Et ce n'est plus ni pluie ni soleil.
Les ocres soudain font les fiers; ils se hissent en bergamotes face au soleil matinal. Des arbres, pieux et graves — comme pèlerins sous un «Asperges Me» — hochent leurs têtes et avalent les rares gouttes — comme un dévot son sacrement—. Tout le reste du jour, un gris changeant vers le blanc, mangé de reflets safres, de tranchets en coton irisés diffusera une clarté douce, ainsi que le fait la radio au chevet d'un malade, d'un sud en convalescence.
Puis Arles revient au soleil, via le vent, le vent échappé du Rhône ne trouve là aucune résistance, s'étale sur les rizières, ébouriffant les échassiers. Frais couloirs invisibles dans la chaleur redevenue à pic. Voici qu'Arles explique son maintien millénaire, mélange d'insouciance au vent, et de refus de l'eau. La pierre n'y est qu'un mortier de sables et de sels.
Pourtant, dans quelques générations, si le monde se réchauffe encore, la mer aura sans doute remonté le delta. Aigues Mortes sera Aigues Revenues : les marais seront rois. Dans ces paluds, la terre crachera des années de salines, d'insecticides, de fongicides, d'ordures cachées. Alors, la pauvreté viendra envaser les colonnes antiques, les terrasses des cafés, le souvenir de Gog, Gauguin, Magog, Van Gogh.
Ici, il ne fait ni chaud ni froid, il fait "mode estivale au soleil". Cet été, le sein se porte à demi découvert assez libre, et cependant le plus haut possible, ce qui l'amène à se promener au rythme des flâneuses entre la glotte et l'aisselle. Les épaules masculines ont le teint cuivré, et l'apparence de tuyaux boursouflés, où la marque de fabrique s'affiche en sigle ésotérique, à l'encre bleue ou noire.
Le mot d'ordre est le corps. Non son service, mais son étalage. Hier il a plu : la guigne ! Oui il a plu. Dix minutes en tout. Pas de quoi perdre son hâle.
Les marchés s'entendent pour s'étendre là où, en théorie, deux voitures ne passent pas. On y trouve les mêmes choses chaque semaine : seuls les prix varient, même les jurons sont les mêmes. Les chats surveillent le tout d'un œil gourmand, selon les directives touristiques qu'ils appliquent entre deux siestes. De toute façon, ils ont choisi entre le bio qu'il faut se fatiguer à attraper et....la boîte bien pleine. Car qu'importe ce qu'on vend, il convient que ce ne soit non plus artisanal, ni même local, mais "bio". D'aucun pensent déjà au rempaillage de chaises bio, aux écumoires bio. Les piscines des villas quant à elles restent des îlots de chlore, autour desquels se croque la pomme, mais on se croque la pomme bio. On reconnaît la piscine d'un home de gauche dans le Lubéron à ce détail : il n'y a pas de domestiques, mais des employés qu'on tutoie et prend à témoin des scandales politiques. Au soir, les gens de gauche qui parlent pointu restent entre eux dans les demeures anciennes restaurées au coeur des vieux villages. Les natifs retournent dans leur réserve, stéréotypée, bétonnée, aucubisée, en bordure de la bourgade. Et ils mangent du gras chimique sur des barbecues cancérigènes, ils se gavent de sodas et autres choses glucidolipidiques soufrées au rosé décapant, alors que tout le jour, le bon exemple leur a été donné.
Cela ne fait pas très sérieux...
La sueur fait sa saison, et la course aux signes extérieurs de vacances ensoleillées bat son plein. Dans les rues, les mouches en profitent pour faire des glissades dans les reliquats de crème solaire. Mais très vite, elles se lassent et retournent à leurs flaques jouer Narcisse. Norge nous a appris que les mouches sont plus que les anges car elles passent sans problème du vin de messe à la liqueur des latrines. Certaines mouches tentent de dialoguer avec les touristes, mais cela finit toujours à coup de journal avec un "je l'ai eue !" qui ne plaît pas aux mouches locales. Les journaux, outre les mouches écrasées, sont remplis de vacances gâchées, par la mort et la bêtise.
Deux files s'alignent partout : les uns et les autres.
Sournoisement, les moustiques s'escriment à restituer un peu d'égalité.
Plissée, glissée entre deux dossiers classés rangés à la hâte l'an passé vers Pâques. Saisi d'étonnement, on la prend.
La parole est retrouvée.
Donc elle était là. Est-elle toujours valable et qu'aura-t-elle gardé de sa saveur au cœur de cet habillage, cet herbier, au voisinage de jaunissant à la retraite, dans les documents et les jadis urgences; aura-t-elle gardé senteur, goût, tranchant ?
En tout cas, te voilà. Ça arrive comme ça avec les clefs. On les a. Les a plus. Les voilà. Mais combien de retrouvailles vont finir en babioles, car depuis, on a changé de voiture, changé de serrure. Dans le pochon en osier, il y en a légion. Une cale de taille, de poids, de poids mort. On dirait un billet de train tout neuf mais âgé, un crapaud attendant sa princesse dans l'autre mare dans une autre histoire, depuis des lustres. Un célibataire accompagné par son âge regarde son oeuf au plat bien rond sur une petite poêle à côté l'assiette, posés sur l'autre rond de la table, et eux, au moins sont deux dans la ronde. Te voilà donc, Pomponette de boulanger. Drella m'a dit que tout avait un prix, faute d'avoir du prix, mais, comme tu es là, ne parlons pas de ça.
Maintenant, on a une absence de trop sur les bras. Dire que pendant tout ce temps, tu étais là. Des mois et des mois à chercher mes mots, à hausser les épaules, à tordre les dictionnaires, et puis à quoi bon, et soudain, la parole est retrouvée. Te voilà.
Tout ce temps passé à buter contre l'étonnement, le désagrément d'avoir un catalogue de mots et rien à dire. Puis avec l'habitude, les angles s'arrondissent. Un oiseau passe, il part au chaud. Revient. Repart. Le canapé se forme, se déforme, se déteint; il sent venir l'heure du garage ou du grenier, où il sera refuge sur mesure, placenta intermittent en cas de détresse muette. Pour le moment avec ses trous, on s'y était fait. Calé dans le silence, à zapper le monde.
Mais quoi : tu bouges ? C'est le vent, mon haleine ?
Elle est peut-être encore vivante, encore active, chargée. Elle était, cette parole, — cette inspiration selon à qui et de quoi on cause —, elle était, mais c'est fini.
Je la regarde.
Elle me regarde.
Et alors ?
Non, nous n'avons plus besoin l'un de l'autre. Maintenant, ce qui est fait est fait. Oui, ce furent de bons moments. On a pris de l'âge. Pas beaucoup, mais quand même. Dure-t-on ensemble par besoin ? Et en quel état ?
Avons-nous, ensemble, envie du jour du qui vient ?
J'ai retrouvé la parole certes, mais le silence, je le garde.
Donné, c'est donné.
Mais, enfin regarde-moi ! Des portes crissent, on entend les moteurs des équipes du matin aux feux redevenus tricolores, par la fenêtre ouverte, la cuillère d'un bol grelotte sur un évier; écoute le chuintement des eaux et le raclement des balayeurs, les griffes trottinant d'un chien soulagé contre un mur, un oiseau qui lance avant les autres son tralalala dans le noir, les radios étouffées qui se répondent sans s'écouter, les chasses, les volets claqués contre un mur : Tout ça, comme ça, tous les matins. Des morceaux de jour éclaboussent la nuit, car c'est encore la nuit, s'y délavent, et voilà, le ciel, par endroits, vire au pâle. L'aube est en attente, annoncée.
De quoi j'ai l'air avec ces petites choses à dire dans cette machine à démonter l'obscurité, et à boulonner le matin, avec la parole retrouvée dans une main, et le journal du jour dans l'autre ?
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« Je ne suis plus qu'un amant : tel est mon nom depuis Qu'aucun autre ne va revêtir l'exquise Stupeur de m'éveiller tout à la surprise De trouver mon repos enlacé dans ta nuit. »
3 - La Liberté Moderne
À la fois jeune, libéré et tout en élégance, finement élancé dans le vers libre soufflé à la main dans nos aciéries, convient à tout âge. Attention aux pâles imitations venues d'ateliers clandestins.
« Je viens d'un matin apaisés tous mes mots froissés dans ton oreiller seul Amant me revêt »
4- L'oxymoral
Réservé à un public averti, l'oxymoral est l'arme absolue contre toute chicaneuse, offrant à chaque reproche son contraire. Livré en exclusivité dans un cuir de Tolède, il est cependant destiné, par son double tranchant à des mains expertes.
« L'obscur éclaire ta nuit, veilleuse qui ne sera plus jamais blanche J'ai noué mes draps en corde et ainsi je resterai En évasion dans les plis et les à-plats de tes soirs Tant que tout le silence m'y nommera d'amour »
5 - la rebelle pure
Cet intellectuel toujours de gauche est certifié « Rebelle 2008 » par le MEDEF et la Fédération Anarchiste de France (notez qu'une rime manque !). Il est garanti jusqu'en 2012, et offre à peu de frais une bonne conscience. Existe aussi sur commande en rimes bio.
« C'est la nuit des mots salauds : Sans-papiers charterisés valdingués, Passés au crible du facho Sarko Me reste mon « je t'aime », ma deuxième peau. »
6- Le Villon - Ronsard
Authentiquement bourgeois, conforme aux normes de la conservation du Patrimoine, des Harengs-Saurs et de la Protection de l'Enfance, ce quatrain badin, garanti de racines christiano-japhetiennes, fera merveille dans les soirées de l'ambassadeur qui seront ainsi toujours un succès. Possibilité de déduction fiscale sur demande.
« Oncques ne connus telle nuit qu'icelle m'adoubant vôtre Fors vous aimant, tout m'est ennui Vous mon repos et nulle autre »
7 - le Vas-y Bouffon
Soldé. Discount. Fourni sans les piles. Paiement d'avance en liquide exigé. Discrétion contractuelle exigée.
« C toi mon antikeufs C toi ma supermeuf Sur le Coran, je viens en courant cette nuit t'es au courant : c'est toi qui chtarbe tout mon courant »
Bouquin de vieilles fables mijotées, Avec morale pour fauves dépecés, Il ombre entre les ombres, léger buisson filé composé sur la haute couture des lèvres de la forêt, alentour de l'ourlet de l'orée, chuchotis de dolichotis rognant des gribouillis de broutilles. Tout à sa garenne, le lièvre musarde ici, puis là, et ici, au gré des taches tracées à deux pinceaux pour dérouter la vue.
J'aime cette goutte de rosée ici elle se glisse en cette rose-là par pure convenance personnelle oui en ajoutant une beauté à cette beauté-là sans demander au moindre pétale non d'être un étendard claquant ici au-dessus du moindre de ses gibets.