Marie Wald

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Oct 4, 2008

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Monday, May 05, 2008

Extrait de Sans elle

 

Je venais juste d'arrêter la voiture dans le parking de la gare lorsqu'elle se mit à me poser un tas de questions.

Je l'observais depuis le départ de la maison. Je sentais bien qu'elle n'était pas bien. Ce long silence ne lui ressemblait pas. Il y avait une telle pression en elle, qu'il fallait bien qu'elle crève l'abcès à un moment ou à un autre.

Cela me rappelait un temps où je devais faire face à ses crises de nerfs. Instinctivement, je me remis dans cet état d'esprit où par mon calme j'anéantissais la déferlante.



« - Pourquoi tu m'as menti ?

  • Parce que tu étais trop petite pour entendre la vérité.

  • Ce n'est pas vrai !

  • Qu'est-ce que tu aurais compris à quatre ans ? C'était assez dur comme ça !

  • Alors tu l'as laissée partir sans rien dire ?

  • Il n'y avait plus rien à faire...

  • Et moi, je ne comptais pas ?

  • Tu ne comptais plus que pour moi.

  • Mais plus pour elle ?

  • C'est différent.

  • Tu la protèges encore... je la hais !

  • Ce n'est pas vrai... sinon tu ne chercherais pas à savoir.

  • Et maintenant qu'elle se réveille, tu me laisses chez elle.

  • Juste pour une semaine.

  • Je ne veux pas y aller, tu m'entends ?

  • On ne va pas recommencer cette discussion. Je te l'ai déjà expliqué. Elle a le droit de te voir, et je ne peux m'y opposer.

  • J'aurais préféré qu'elle soit vraiment malade, et qu'elle en crève !

  • Je t'interdis de dire cela. Tu n'en as pas le droit !

  • Je m'en fiche ! Et puis j'en ai marre ! Je ne suis pas un jouet moi !

  • Cela va faire neuf ans maintenant...

  • J'étais bien avec toi papa. Elle gâche tout comme d'habitude.

  • Regarde le bon côté des choses, elle t'aime encore.

  • Parce que c'est ça aimer ?

  • C'est une manière.

  • Et toi, tu vas me laisser avec elle si elle l'exiges ?

  • Je me battrai pour toi jusqu'à la fin !

  • N'empêche qu'on va prendre ce train contre ma volonté...

  • Juste une semaine

  • Ca va être long...

  • Pour moi aussi.

  • Alors, reste là-bas, avec moi !

  • Je ne peux pas.

  • Pourquoi ?

  • Mes affaires...

  • Et je passe encore après tes affaires !!

  • Tu exagères toujours.

  • Non, je suis la dernière roue du carrosse.

  • Tu crois que c'est facile pour moi ? Tu crois que je suis heureux ? Qui va se retrouver seul maintenant ?

  • C'est pas pareil ! Tu as ton travail et Béatrice.

  • Et ta chambre vi..é de la mienne...

  • Et si tu profitais de ce voyage pour tout m'expliquer, je me sentirais mieux tu sais.

  • Ça ne changera pas ta destination.

- Mais je suis perdue moi!

  • D'accord. »

Je n'avais pas vraiment envie de retracer notre passé. Il avait été assez douloureux comme cela. Même si la plaie s'était refermée et avait bien cicatrisé, j'aurais aimé ne plus la voir réapparaître.


Noémie avait peut-être raison. Il était temps pour elle de connaître les quelques bribes de sa petite enfance que je taisais depuis si longtemps.

 

Texte protégé

12:00 - 12 Comments - 19 Kudos - Add Comment

Extrait de Passé caché

 

Et pour me punir une nouvelle fois, elle m'enferma dans le grenier.


Il devait être tout près de dix-sept heures, la nuit commençait à tomber. J'entendais la pluie marteler le velux. Je grelottais sous mon tee-shirt à manches longues, regrettant déjà ma paresse près du feu de la cheminée.


Qu'avais-je donc fait cette fois-ci pour me retrouver dans cet endroit sordide, alors que mes frères et mes soeurs s'apprêtaient à partir chez tante Héloïse pour y passer une délicieuse soirée ? Je n'en savais rien, ou presque...


Maman m'avait bien demandé deux ou trois fois de ranger ma chambre avant de descendre l'aider à étendre le linge, mais le roman que j'avais entre les mains me paraissait beaucoup plus intéressant que toutes ces tâches ménagères.

J'avais retapé mon lit et glisser vipère au poing dans la poche arrière de mon jean. Le salon était vide. J'avais improvisé un lit de coussins douillets près de l'âtre. La boîte de chocolats ouverte la veille me tendait la main. J'en ai puisé quelques uns et je me suis plongée dans ma lecture, oubliant une fois encore la vie de la maisonnée.

La vie de Brasse-Bouillon me fascine. Ses peurs, ses joies, ses combats m'animent. Je trouve en lui le courage qui me manque pour agir et dire tout haut ce que je pense tout bas.

J'essaye d'éviter le pire en me faisant aussi petite que possible mais la réalité me rattrape et je suis face au verdict stricte et sans appel de ma mère. Son regard sévère m'impressionne et me donne la chair de poule. Elle n'a plus besoin de parler. Elle m'arrache mon livre des mains et d'un geste brusque me montre le chemin. Tête basse, je monte les escaliers en silence.


J'aperçois mes frères et mes soeurs dans l'encadrement de la porte de la chambre de Julie. Il n'y a que ma petite Charlotte qui compatisse vraiment. Les autres sont trop absorbés par leurs préparatifs pour comprendre ce qui se passe. Je ne leur en veux pas. Ils sont trop jeunes. Un jour peut-être se souviendront-ils de ces injustices auxquelles j'avais droit quand ma mère n'allait pas bien. Je ne veux pas qu'ils me plaignent, mais juste qu'ils réalisent qu'être l'aînée d'une fratrie de cinq enfants n'ouvraient pas toutes les portes de la liberté.


Je gravis sans hâte le petit escalier en colimaçon que mon père a construit pour accéder aux oubliettes. Je tourne la poignée ronde, ma mère claque la porte et la ferme à clé avant de redescendre.


Me voici seule face à ma peine. Je m'effondre sur le vieux matelas qui traîne par terre. Non, vraiment, un si petit crime ne méritait pas un tel châtiment ! Si seulement papa était là, il aurait pris ma défense... ou bien il m'aurait envoyée dans ma chambre le temps que je réfléchisse aux excuses à présenter à ma mère. Mais il est en déplacement et ne reviendra que demain après-midi.


C'est la troisième fois qu'elle m'enferme ici. Et à chaque fois, papa n'est pas là ! Elle doit avoir peur de lui. Mais maintenant je connais son secret et quand papa reviendra je tiendrai ma vengeance. Je vais la faire mijoter à petits bouillons et ensuite ce sera le feu d'artifice !


 

Je me lève et colle mon oreille contre la porte. Ils sont en train de mettre leurs manteaux et leurs chaussures. Ils y vont sans moi ! Elle va me laisser seule !

 

Texte protégé

03:04 - 4 Comments - 8 Kudos - Add Comment


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