michèle sébal

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Jun 9, 2008

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Friday, May 30, 2008

Céleste

Déjà 6 chapitres de Céleste en ligne sur mon over-blog.
le dernier, c'est ici Céleste 6
et si vous avez manqué les précédents :
Céleste 5
Céleste 4
Céleste 3
Céleste 2
Céleste


4:25 AM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Sunday, January 13, 2008

mangues oblongues

plaisir de fruit, à  déguster sur mon over-blog,
mangues oblongues
sans modération

10:40 AM - 5 Comments - 5 Kudos - Add Comment

Naémila, extrait


 

 

A présent, le soleil est haut dans le ciel et Awa se met à le détester. Entre ses cils, elle tente de soutenir le regard blanc, en vain. Il fait trop chaud. Des rigoles de sueur filent le long de son front, lui piquent les yeux et ravinent ses lèvres entrouvertes avant de marquer son cou puis ses seins de fines traînées qui se perdent dans le pagne roulé autour de sa taille. Encore quelques heures et le rideau d'arbres aura étendu son ombre sur son visage. Quelques heures avant que le soleil ne colore la savane au loin, tandis qu'à l'opposé, le village s'enfoncera dans la nuit.

Le village ! … un éclair de haine traverse ses yeux.

Depuis des semaines elle a choisi le lieu et maintenant elle est là, adossée au gros fromager. L'endroit est idéal : les racines de l'arbre sont des bras,  un abri. D'ordinaire, les fromagers sont enfouis dans la forêt mais celui-ci a poussé  à cet endroit, sans doute pour un tel jour. L'arbre fétiche lui donnera la force d'aller jusqu'au bout. Bien sûr il est loin du village et tout à l'heure, quand tout sera fini, le chemin du retour sera long… si retour il y a. Tant pis, il lui faut l'aide de l'arbre car depuis longtemps, elle a compris que personne ne serait là pour elle.

Elle les hait ! Akoué surtout, Akoué la mauvaise, et tous ces villageois idiots qui ont fait d'elle une paria.

Un spasme de douleur déforme son visage. Awa n'est pas belle à voir. Sa peau a pris une curieuse couleur grise, un voile de cendres sur son teint d'ébène. Ses yeux parlent déjà du pays des ancêtres ; des yeux de poisson échoué sur la plage après la tempête. Elle mord un morceau de son pagne pour ne pas hurler.

La vague reflue tandis qu'elle tête convulsivement l'étoffe.

Des heures qu'elle est adossée là. Awa ne sent plus ses bras dans lesquels elle met toute sa force quand c'est vraiment trop dur. Elle ne sent plus ses doigts qui griffent la terre sèche, ni l'écorce qui imprime ses veines dans la peau de son dos, pas plus que la fourmi rouge qui suce le sang de son mollet. Entre ses jambes écartées, une auréole brune là où la terre a bu l'eau de son ventre. Derrière elle, la brousse est assoupie ; à peine si, de temps à autres, un bruit furtif rappelle que là aussi, il y a de la vie. Awa pense au lion tapi quelque part, aux singes malveillants, aux hyènes et aux serpents. A son arrivée, elle avait si peur de tous ces buveurs de sang, mangeurs d'enfants.

- Ah, venez ! Venez !

Qu'ils la prennent, elle et le petit qu'elle porte. Mourir ! Ne plus sentir l'atroce douleur qui broie ses reins et brise son cri dans le haillon bariolé… Mais autour d'elle, il n'y a que les fourmis.

Le diable qui a pris possession de son ventre s'apaise un moment et elle repense à l'enfant. La mort oui mais avant…

Comment font les autres femmes ? Une mère aurait pu le lui dire, mais elle a grandi sans mère. Au village, l'accouchement est une fête, un rituel auquel on ne l'a jamais conviée. A la naissance du fils d'Amina, les femmes lui ont fait signe de s'en aller, crachant entre leurs dents des histoires de mauvais --il. Elle les a entendues psalmodier et encourager la future mère.

- Personne n'est là pour Awa.

Des larmes roulent sur ses joues.

- Eau salée de la sueur, eau salée de la douleur, eau salée de ma peur, eau salée… chantonne-t-elle,… eau salée qui s'échappe de mon ventre, eau des mères…

Qui était sa mère ? Son père ne le lui a jamais dit.  Pas un mot pour la nommer, la sanctifier ou la salir, rien. Il a bien fallu qu'elle sorte d'un ventre, elle aussi. Un ventre qu'il a dû caresser, un sein gorgé de lait où il s'est peut-être abreuvé…

La douleur déchire à nouveau ses reins et brouille ses pensées… et puis cela s'apaise un peu mais Awa sait que bientôt, elle n'aura plus de répit.

   Lorsqu'elle était petite, à la ville, il y avait des moussos, des femmes qui, durant quelques jours ou quelques mois, partageaient la natte de son père. Certaines la battaient. Les gentilles lui tiraient les cheveux afin de les rendre moins crépus puis elles les séparaient en quartiers avant de les entortiller dans du fil noir. Cela lui faisait une tête d'araignée hirsute. Mais un jour, une grande dame à l'allure de reine est venue dans la cour de l'habitation qu'occupaient son père, ses femmes et quelques autres traîne-savates. Les moussos se sont cachées et les hommes ont courbé la tête devant elle. Dans le cliquetis de ses nombreux colliers et grigris, la grande femme s'est approchée d'Awa et a dit quelque chose que l'enfant n'a pas compris. Puis elle a craché  par terre avec agacement. Apeurée, la petite fille a pris peur mais avant qu'elle ne s'enfuie, la grande dame l'a attrapée par les cheveux et Awa s'est immobilisée. D'un geste précis, la femme a coupé le bout de chaque vilaine tresse et a sorti un peigne de son grand boubou. Asseyant la fillette sur ses genoux, elle a entrepris de la coiffer. Dans la cour, personne n'osait dire un mot. Lorsqu'elle reposa Awa sur le sol, elle lui dit, dans sa langue :

        -  Les jeunes filles de ta lignée ne doivent pas ressembler à des êtres rampants  ; n'oublie pas. Tiens ! Comme ça tu pourras te regarder, ajouta-t-elle en lui tendant un petit miroir.

Awa n'a jamais su qui était cette femme ni ce qu'elle voulait dire mais, à partir de ce jour, aucune des compagnes de son père n'a plus osé la maltraiter. Depuis, elle étire ses cheveux en une haute touffe qu'enserrent plusieurs colliers de graines multicolores. De ses origines incertaines, c'est tout ce qu'elle conserve. Au village, les femmes ont trouvé à cette coiffure une intention hautaine. Avec ses traits d'une finesse étonnante et sa silhouette déliée, Awa a tout de suite été leur ennemie. Et puis, elle venait de la ville et pour les vieilles matrones de ce trou enfoui dans la brousse, Awa ne pouvait qu'être impure et dangereuse.

BAMINAKRO. Lorsque, à la suite de Yao, elle avait dépassé le panneau rougi de latérite, il avait dit ce nom. Baminakro où Awa va mourir mais qui s'en soucie ? Son père a disparu une nuit au cours d'une bagarre : une sale affaire de moussos qui ne rapportaient pas assez … Awa n'avait pas tout compris. La dernière femme de son père l'avait immédiatement chassée en salissant le nom de son père. Awa avait continué à vendre ses oranges au bord de la route, en se gardant des mouches, des policiers, des marchandes plus âgées, des voitures qui lancent des jets de boue fétide pendant la grande saison des pluies… Elle couchait dans un coin du marché couvert, là où l'odeur de la viande imprègne les étals et vous donne mal au c--ur mais où personne ne venait la déranger. Elle en a gardé une horreur tenace pour toute nourriture carnée mais comment expliquer ça à Akoué et aux autres femmes ? Elle s'était contentée de morceaux de poisson séché chapardés ici ou là, d'un reste de galette d'igname ou de taro… Elle s'était battue pour une goyave ou pour une mangue cueillie dans le grand jardin des blancs quand le gardien avait le dos tourné… la démerde, quoi !

Et puis, il y avait eu Yao. Un jour, il s'était arrêté pour acheter des oranges. Ce n'était pas un jeune homme, Yao, mais ses yeux étaient bons. Il n'était pas beau non plus… En fait, il était plutôt laid, avec des narines d'hippopotame qui souffle dans la mare, mais il y avait du miel dans sa voix. Awa avait quatorze ans. Elle était vieille déjà mais fraîche et presque neuve. Yao ne lui avait rien demandé. Jour après jour, il était venu la voir et un matin, il avait dit qu'elle allait être sa femme. Il avait apporté un coq pour le sacrifice du mariage coutumier. Awa n'avait pas posé de questions. Le lendemain, elle l'avait suivi au fond d'une cour où un homme au boubou crasseux avait coupé le cou du coq et fait gicler le sang du volatile devant leurs pieds. L'homme avait ensuite fait cuire le coq par une de ses femmes et Awa avait dû en goûter un morceau. Ils étaient mariés. Ensuite, Yao lui avait dit qu'ils devaient partir tout de suite pour le village car son contrat de magasinier venait d'expirer. Awa n'avait pas posé de questions ; elle devait le suivre, voilà tout.  Quitter la ville, la crasse du seul quartier qu'elle connaissait… Ailleurs, c'était sûrement mieux.

Elle n'avait presque rien : un dernier bout de miroir dans lequel elle se voyait en trois morceaux –ça la faisait rire-, l'amulette en cauris et poils d'éléphant qu'elle portait depuis toujours, son pagne de fête, celui-là même que Yao lui avait offert le deuxième jour de leur rencontre, avec la photo du président. Il devait coûter très cher. La vérité est que Yao l'avait subtilisé dans une pile destinée à un marchand libanais plus soupçonneux que les autres. Ce vol lui avait valu une brutale mise à la porte par le syrien qui l'employait. Tout ça, Awa l'ignorait, et même si elle l'avait su… ce pagne était le plus beau qu'elle ait jamais eu. Elle prit son peigne à six dents, un beau peigne en ébène, lisse et brillant comme devait l'être la peau de sa mère… Le peigne de sa mère, le seul objet que son père ait conservé pour elle.  Elle emporta aussi un morceau de savon noir, un pagne pour les mauvais jours, ses colliers de graines, un bâton de khôl chipé à sa dernière tantine, et enfin le couteau de son père. Pour sceller leur union, Yao avait grossi son baluchon d'un véritable trésor : une bassine émaillée blanche et bleue, à faire brunir de jalousie les commères du marché. Awa avait fièrement disposé ses maigres trésors dans la bassine étincelante et, d'un geste gracieux, elle avait installé le tout sur le sommet de sa touffe de cheveux crépus qui la dispensait du pagne roulé, un véritable amortisseur.

Ils s'étaient mis en route, Yao devant, Awa à cinq pas derrière lui. Il avait fallu marchander le prix du voyage avec le chauffeur du taxi-brousse. Le véhicule était une vieille quatre cent quatre dans laquelle ils allaient s'entasser à huit, sans compter les volailles. « S'en fout la mort » en était la devise et c'était sûrement vrai à en juger par la conduite suicidaire de ce demi-fou qui faisait sans arrêt la course avec d'autres taxis, au risque d'embrasser un grumier qui, dans l'autre sens, « grattait » un autobus. Pour Awa, entre la peur et la griserie de la vitesse, c'était l'expérience la plus excitante de sa courte vie. Elle riait, hurlait de terreur, encourageait le chauffeur selon le moment, à la grande joie de tous les occupants du véhicule ; une vraie fête. Après, le taxi les avait déposés à un croisement dans la forêt, comme au milieu de nulle part. Au fur et à mesure qu'ils s'étaient rapprochés de Baminakro, elle avait senti Yao se renfrogner. Elle n'avait plus ri.

- Aaaah, aide-moi ! Aide-moi, il est là !

Elle sent la tête de l'enfant qui appuie et tente de forcer le passage. Il ne passera pas, pas comme ça. Péniblement, elle ramasse ses jambes et se redresse pour s'accroupir en tenant entre ses mains, ses genoux écartés. Epuisée, elle manque s'affaler sur le coté et se raccroche de justesse à l'une des énormes racines.

- J'ai fait la faute, je vais payer, je vais mourir !

Quelle faute ? Elle n'en sait rien mais il faut bien qu'elle ait fauté, puisqu'à présent, elle est punie.

Elle pousse de toutes ses forces, pousse encore… Elle hurle quand ses chairs intimes se distendent avant de se déchirer. D'un coup, l'enfant se rue hors de son ventre. Awa n'en revient pas. Un moment sidérée, elle regarde la grosse poupée grise qui gigote et crie sa colère. C'était en elle, et c'est sorti ! Elle ne peut le croire. Dans un moment d'hallucination, elle se voit sur le sol malmené. Elle est sa mère, et l'enfant, là… Elle se penche pour le toucher et passe son index sur la peau de sa joue, comme pour être bien sûre. Puis elle le prend contre elle en sanglotant. Lorsqu'elle s'apaise enfin, l'enfant se tait aussi et semble la regarder. Doucement, elle l'essuie avec son pagne. C'est une fille, pas de chance ! La vie d'une fille vaut moins que celle d'un zébu.

Avec le couteau de son père, elle coupe le cordon qui a cessé de battre. Elle sait peu de choses, mais ce qui est dans son ventre, il faut l'en extraire et l'enterrer afin que le double de sa fille ne vienne pas réclamer la vie de l'enfant. Encore un effort et la masse noire du placenta la quitte. Le fromager aura son tribut, si elle a la force de creuser.

Le sang coule de la plaie qu'est devenu son sexe. La déchirure a filé loin derrière, et Awa sait. La vie va peu à peu s'en aller par le filet qui sinue le long de ses cuisses. Sans voir d'où vient sa douleur, elle sait qu'il sera trop tard pour demander au sorcier les herbes qui soignent. Elle regarde l'enfant. Elle est fière, malgré tout. C'est un beau bébé.

- Et maintenant, il faut creuser.

Elle n'est même pas triste. Sa vie ne valait rien. Celle de sa fille sera peut-être meilleure.

Awa marche. Il fait nuit à présent. Tenant contre elle le bébé endormi, elle suit en trébuchant la rivière dont la chanson la guidera jusqu'au village. L'enfant dort tandis que  les pas de sa mère se font de plus en plus hésitants, alors que le sang coule le long du chemin et entre les plis du pagne devenu raide.

Autour de l'arbre à palabres, quelques hommes sont rassemblés… Ils ont l'air de danser tout en étant assis. Les lampes à pétrole dansent, elles aussi. Dans un demi rêve, Awa sourit et croit voir, près du marigot, des femmes et des calebasses.

Encore quelques pas, encore quelques pas…

La scène s'est figée. Tous regardent approcher l'étrangère. Akoué a été prévenue et elle accourt. Yao est là, lui aussi. Ils la regardent avancer, trébucher. Amina esquisse un mouvement mais elle se ravise en voyant qu'elle n'est pas suivie.

Encore quelques pas pour venir s'écrouler aux pieds d'Akoué en lui tendant l'enfant.

- Naémila ! Naémila… Naémi… et puis le brouillard.

Awa ne s'est pas réveillée. Elle n'avait pas seize ans.


 

 

10:05 AM - 0 Comments - 2 Kudos - Add Comment

Sunday, January 06, 2008

vol vertical (fin)

déjà la fin du "vol vertical"... à lire sur mon over-blog.
vol vertical (fin)
bonne lecture et puis aussi
Le manque,
Constance Lolita
Moxas... à découvrir sur l'over-blog

11:36 AM - 1 Comments - 2 Kudos - Add Comment

Saturday, January 05, 2008

vol vertical (suite)

un lien à cliquer pour lire sur mon over-blog
vol vertical (suite)

8:09 AM - 0 Comments - 2 Kudos - Add Comment

Friday, January 04, 2008

vol vertical

à cliquer directement pour lire sur mon over-blog
vol vertical
(1ère partie et la suite)

2:42 PM - 1 Comments - 4 Kudos - Add Comment

Friday, December 21, 2007

Ecoute, écoute



Chacun d'entre nous a une façon particulière de voir, de sentir, d'entendre… et de mêler ses sens. Je suis restée très enfant, plus ou moins fixée à l'époque où j'écoutais « Le Petit Prince », raconté par Gérard Philippe, ou les aventures de Tintin sur 33 tours. Dans ma tête se créaient des images qui, soutenues par la lecture des mêmes histoires, avaient une densité magique. J'aime toujours les histoires et mon métier me permet d'entendre des histoires de vie, d'instants, de rêves... Lorsque j'écoute se forment dans ma tête quantité d'images, sans que j'aie à « penser », parfois à partir d'un mot. C'est comme si j'avançais vers un paysage que je ne vois pas encore et qui se dessine au fur et à mesure que j'avance. Comment se représenter « l'écoute flottante » de l'analyste ?  Grâce à la voile, peut-être.

 

J'aime les mots de la voile. Lorsque l'on entend les « voileux » parler de pare-battage, bittes d'amarrage, babord-amure, des drisses qui s'entrechoquent… On est déjà ailleurs. Et lorsque l'on est psychanalyste, l'oreille se dresse à entendre ces mots toujours susceptibles de naviguer entre plusieurs eaux.

Les gens de mer sont superstitieux. A bord, on ne dit pas le mot « corde » , sans doute parce qu'il arrivait que les marins mutins soient pendus haut et court. Peut-être aussi parce que de « corde », on pourrait glisser vers « le corps de… »,  perdu en mer… ?  En mer, une corde se dit une « écoute ». Avec une écoute marine, on peut hisser, border, choquer (les voiles), et lier… Il peut en être ainsi de l'écoute d'un « psy » selon sa façon d'entendre. Il arrive qu'une écoute marine soit un peu déroulée et on la voit, flottant dans l'eau sur un flanc du bateau. On dira qu'il s'agit là d'un bateau mal tenu car une écoute marine se doit d'être sagement enroulée sur le pont, à la différence de l'écoute d'un analyste qui se doit d'être flottante, faute de quoi, elle ne permet pas de « bien » entendre.

Sur la mer vogue un voilier sur lequel j'ai embarqué. J'en suis le skipper, bien que je ne sache pas quel sera notre cap. Je dis « notre » car nous sommes deux sur ce bateau, et l'autre attend de moi que nous naviguions sans encombre. Nous sommes sur la mer de l'analysant. Tant que nous restons près des côtes celui-ci évoque le paysage qui l'entoure (compagnon, enfants, patron, père, mère, soucis…). Parfois, même en ce début d'aventure, celui qui se dit, parle de la mer sur laquelle nous naviguons, y plonge pour en remonter des souvenirs, des rêves, des sensations, des émotions… Parfois, il parle du confort ou de l'inconfort du navire, ne se permettant pas encore de râler très fort. 

Et mon écoute, me direz-vous ?

Sur le navire, j'entends les mots de mon compagnon, mais aussi sa respiration, le bruit des vents, ceux de sa mer, mes propres mots (car il arrive que je parle), ma respiration… tout en laissant traîner mon écoute dans son eau. Parfois, elle ne fait que glisser entre deux eaux. Il arrive qu'un poisson vienne à s'y accrocher alors, je le ramène sur le pont et nous regardons sa couleur… Parfois, il s'agit d'une chaussure, plus ou moins vieille et abîmée par le brassage de l'eau. A priori, nul ne sait très bien quoi en faire alors je la pose sur le pont en attendant de trouver, peut-être, l'autre chaussure. En laissant traîner mon écoute dans le sillage du bateau, quantité de choses peuvent s'y trouver accrochées. Même le mat d'un grand navire. On ne sait pas toujours l'énormité de ce qu'on vient d'effleurer et c'est parfois tant mieux car lorsque l'on réalise la grosseur de la « prise », on peut ressentir l'émotion du chasseur de trésors et être tenté de hisser le tout avec excitation. Le navire est alors en grand danger car si la prise est grosse, l'écoute peut s'enrouler autour du mat. Le bateau se met à tourner sans fin autour du grand navire naufragé et on ne peut plus rien voir ni entendre d'autre. L'analyse tourne en rond, sans fin ou presque. Il peut aussi arriver que le frêle voilier sur lequel nous sommes embarqués finisse par sombrer et l'analyse prend fin prématurément car pour le passager, le naufrage est trop douloureux. Or si, lorsque l'écoute accroche l'épave, on peut le faire remarquer au passager, en laissant à l'analysant le choix d'aller faire une petite plongée pour voir ce qu'il en est, rien n'empêchera d'y revenir car dans ce voyage, on prend le temps. Et puis, ce premier gros navire n'est peut-être pas le seul à découvrir…

L'écoute peut aussi ramener sur le pont,
des étoiles de mer.

3:25 PM - 3 Comments - 4 Kudos - Add Comment

Thursday, December 20, 2007

Cérébrales amours

Petit rappel de biologie (même si pour moi aussi, la bio, c'est loin) : la scissure de Sylvius et la scissure de Rolando sont des fentes situées dans notre cerveau, dans les aires sensitivo-sensorielles. En gros, ces fentes sont séparées par les lobes des aires sensitives du toucher. Ce qui se passe là nous échappe la plupart du temps.


Dans un monde bien au-delà de notre entendement de pauvres hères, et pourtant présent en chacun de nous, nichaient nos héros. Peu importe qu'ils fussent mâles ou femelles. Sexués, assurément car le désir, dans leurs fibres, était tumultueux, menaçant d'excéder leurs contours, de jaillir de leurs sillons. A ce point d'exception, le Ying et le Yang aspirent à se mêler en un parfum capiteux et vivant.

Leurs noms, masculins, auraient pu se dire aussi au féminin. Il-elle était Rolando, elle-il était Sylvius. Des monts les séparaient mais des démons les poussaient, de la scissure de l'un vers la scissure de l'autre, irrésistiblement. Ils se parlaient en songe, lançaient leurs messages sur les ondes et ne se touchaient qu'en connections dendritiques. A peine s'ils s'étaient aperçus. Eux qui vivaient à la source des cinq sens ne pouvaient en user pour se toucher, se voir, se humer… Ils ne pouvaient que capter les pensées de l'autre.

 

Sylvius, la moins sage, brûlait de l'entendre, le sentir, le goûter… Rolando, son presque frère, s'en amusait, se gorgeait de son  désir, se laissait séduire, feignait la prudence, rallumait sa flamme. Sylvius n'était pas de celles qui se languissent d'amour. Elle se disait : « Bah, je me lasserai ! » C'était faire fi de la patience de Rolando, de sa capacité à créer pour elle des pensées qui la caressaient de leurs couleurs et la faisaient frissonner. Dans ce monde d'esprit, c'était un filtre puissant qui la tenait liée à lui.

 

Ils résistèrent quelques temps au désir d'icelle, se contentant d'effleurages, d'effeuillages, de baisers fantasmés. Une mise en orbite qui chez des créatures ordinaires aurait pu durer mille ans. Las ! Ceux là ne sauraient se satisfaire d'amours simulés. Sans l'avoir prémédité, « insensiblement », oserais-je dire, ils rapprochèrent leurs scissures, condamnant du même élan leur monde à la destruction. Les monts qui les séparaient tentèrent bien de résister, de maintenir l'arrondi de leurs existences. Les plus grands spécialistes vinrent au chevet de ce monde mourant. Ils n'y comprenaient rien et péroraient sur l'incompréhensible tumeur galopante qui faisait se nécroser le lobe pariétal et se rapprocher irrémédiablement la scissure de Sylvius et celle de Rolando, comme si ces deux-là, doués d'une volonté propre, avaient voulu se fondre l'un dans l'autre.

Ils firent voler en éclat le lobe montueux qui les séparait. Le cataclysme fut monstrueux mais, démons et merveilles, leur union explosive fut un sabbat, un big-bang générateur d'une myriade d'étoiles qui, à une vitesse effarante, quittèrent ce monde désormais mort pour les amants.

 

L'histoire ne dit pas s'ils furent happés par un trou noir ou s'ils fondèrent un nouvel univers, calme ou tumultueux. Elle ne dit pas non plus si le monde qu'ils avaient détruit, privé de son aire sensorielle, renaquît de ses cendres, et s'ils s'en soucièrent.

 

                                                       F I N



4:12 AM - 3 Comments - 5 Kudos - Add Comment

Wednesday, December 19, 2007

préambule

... bientôt des mots

en longs murmures ou en écho

à la violence de ce qui se vit

ou tout en douceur se délie

images de lumière ou d'ombre

de ce qui renaît ou sombre

dans le creux de l'oreille

de celle qui toujours veille.

3:34 PM - 2 Comments - 3 Kudos - Add Comment


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