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Saturday, June 07, 2008
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Enragée
J'ai dû bouffer un lion. Ou bien c'est hormonal. Mais c'est sûr, il doit y avoir une explication.
Lorsque le coordinateur et le chef de mission ont fait mon évaluation en janvier, ils ont souligné le plaisir de bosser avec quelqu'un d'aussi pondéré que moi. Posée, courtoise, tempérée. Ben oui. En plein chaos, avec 5 patients en salle d'attente, des gamins qui crient, quand un collègue me réquisitionne l'interprète avec qui je suis censée monter en consultation, je fais un large sourire à la Brenda (The Closer) à mon patient, « Une minute je vous prie », je pose une main sur l'épaule de mon collègue, je règle le problème et pars en consult sereinement. Jamais un mot de trop. Jamais un signe d'agacement. Alors que des fois, c'est pas l'envie qui me manque d'aligner un bon pain sur la tronche de certains. Mais bon, je souris, je respire, et ça passe.
Seulement voilà. Depuis une semaine, j'interpelle, je taquine, je pointe les dysfonctionnements. Je ne lâche rien, un peu à la Raphaël Nadal. Cela provoque… quelques petites crispations. Et mêmes de grands cris. Cela s'est terminé en hurlement mercredi en réunion. Et moi aussi j'ai donné de la voix. Le chef de service en était estomaqué, il regardait la scène bouche grande ouverte et yeux écarquillés, en la commentant de « ahhhh », un peu comme la marionnette de Hollande des Guignols de Canal.
Pour être honnête, je ne regrette absolument rien de tout ce que j'ai pointé cette semaine. C'est juste que ce que j'encaissais jusque-là ne passe plus du tout. Tu me demandes de remplir pour la dixième fois les mêmes stats parce que tu perds tes papiers ou que tu n'es pas foutu de rentrer tes données sur ton ordi ? Et bien très cher, tu te démerdes, je ne remplis plus rien. M'en fous que tu soies le coordinateur. Et m'en fous que tu soies la chef de mission. Certains de mes collègues applaudissent « allez, vas y !! Ah non, change rien, ce serait dommage ! ». Mais jusqu'à quand ?
Victoria me conseille : « Très bien Chérie, tu as dit tout ce que tu avais à dire à tout le monde cette semaine. Parfait parfait. Mais maintenant, mmmh, ce serait bien si tu pouvais essayer de ne pas te faire virer… donc de te calmer un peu… ». Bla bla. Je hoche la tête, mais je m'en fous. M'en fous d'être virée, m'en fous de ce que tout le monde peut penser, je le jure, je m'en contre fiche.
Mais là, à froid en ce samedi matin je m'interroge :
-est-ce que j'ai bien fait d'essayer d'arrêter de fumer en début de semaine ?
-est-ce que je n'ai pas un nerf qui m'a lâchée dans le cerveau et qui provoque une totale inhibition sur mes pulsions agressives ?
-est-ce que cette agressivité est le signe d'une maladie mentale dégénérative ?
-est-ce que je suis en plein burn out ?
-est-ce que c'est la crise de la trentaine ?
-ou bien une transformation hormonale liée à mes stimulations pour tomber enceinte ?
-ou bien le gentil Microb tout doux a été dévoré par un Bruce Lee déchaîné qui va casser la gueule à tout ceux qui m'emmerdent depuis des mois voire des années ?
-est-ce qu'une transformation en bull dog est irréversible ?
-est-ce que je vais pouvoir me retenir de sauter sur ceux qui vont me répondre : « Gentil Microb, prend un lexo, 3 clopes et vas te coucher » ?
De vraies questions quoi.
01:31
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Sunday, June 01, 2008
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Le plateau
Mes parents m'avaient offert un grand plateau en bois peint en vert lors d'un Noël : « un plateau télé » qu'ils m'avaient dit. Plateau télé ? A l'époque je m'étalais par terre pour manger mes soupes chinoises sur la table basse, et si la télévision était allumée, c'est qu'il n'y avait pas d'ami pour partager ma soupe, ce qui était rare.
Donc au départ, j'ai trouvé l'idée d'avoir un plateau télé un peu inutile, mais bon, dans la famille on n'est pas fortiche en matière de cadeau (tiens ça me refait penser à ce foutu four à pain offert à Victoria !), alors j'ai laissé couler, j'ai dit que c'était très beau, et je me suis empressée de quitter le domicile familial comme je sais si bien le faire, pour regagner ma ville d'élection, Toulouse, mon plateau calé dans le coffre de ma Ford Escort.
C'est une amie qui a découvert les pouvoirs magiques du plateau. Un matin, elle s'est approchée du lit d'où je ne parvenais pas à me tirer, et m'a lancé un « attention ! » victorieux. J'ai ouvert les yeux et j'ai découvert sur le plateau du café chaud, du pain tartiné et du jus d'orange. A partir de ce jour-là le plateau est devenu le compagnon de presque tous mes week-end. Je lui ai voué une fidélité que je n'ai pas eu la délicatesse d'avoir à l'égard de celle qui avait découvert sa subtile fonction. Bref !
Si je repense au plateau avec nostalgie en ce dimanche matin, c'est qu'à la place du « attention ! » de Victoria, j'ai eu un : « Hep ! Tu ronfles, là… ». Hein quoi ? que je me suis dit. Faut dire que j'étais pas très fraîche, après ce que j'ai bu hier, et ce que j'ai fumé… Comment j'ai pu fumer autant ? Victoria m'a secoué le bras, s'est retournée et s'est rendormie.
Pas moi.
En plus le chat pensant (en tout bonne foi j'en suis sûre), que puisqu'on parlait on était réveillée, est venu s'installer confortablement sur ma tête. Après avoir tourné rageusement dans le lit en tentant de réveiller « par mégarde » Victoria, je me suis levée.
Tôt, il est tôt. Dimanche matin de gueule de bois, de bouche en carton et de grogne annoncée.
Et dire que j'avais racheté du jus d'orange cette semaine.
02:02
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Saturday, May 24, 2008
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Rencontre à Manhattan
Je suis assise sur les marches de l'Angelika Theater sur West Houston Street. Le soleil me fait cligner des yeux. J'ai déjà épluché toute la programmation pour les mois à venir du théâtre, j'ai consulté une quinzaine de fois mon portable, et je suis là à me demander ce qui m'a pris d'arriver à l'heure pour une fois, ce n'est pas dans mes habitudes, lorsque soudain je l'aperçois.
J'avais peur de ne pas le reconnaître. 8 ans ont passé. Putain, 8 ans ! La dernière fois je quittai son appartement après avoir bu rapidement mon café pour prendre mon avion. Elle avait les larmes aux yeux, moi je ne me sentais pas triste : j'étais persuadée de la revoir très rapidement, à Toulouse, à New York ou ailleurs. Il n'y avait aucun doute. Et puis… 8 ans étaient passés. J'étais allée à Gaza, j'avais rencontré Victoria, vécue à Paris… La vie avait suivi son cours. Nos promesses étaient restées suspendues, quelque part à New York dans son 3 pièces d'Upper East Side.
Nous nous embrassons, elle me dit que j'ai l'air en pleine forme, et alors que je cherche les mots en anglais pour lui renvoyer le compliment, nous sommes déjà en train de marcher vers le café israélien dont nous avions parlé. Je renonce au compliment. Je marche à ses côtés. Sur sa proposition, nous rentrons dans une boutique qui expose des hideux lustres en verre. J'ai bien envie de rire. Mais la voilà-t-y pas qui pose un index sur sa bouche, prend un air réfléchi et lance un « interesting ! » sur les ignominies. Gloups, elle n'a pas l'air de plaisanter. La scène est surréaliste, j'ai l'impression de me trouver dans un mauvais film new yorkais.
Lorsque je veux évoquer une exposition que j'ai vu la veille au MOMA sur l'utilisation des matières vivantes telles que la cire d'abeille, je mesure l'étendu du désastre grammatical qui est le mien en anglais. Elle hoche la tête sans sourciller. Lorsque j'imite l'abeille en faisant des « bzzzzzz » très évocateurs et qu'elle me dit « bees », je réalise alors que je m'apprête à de drôles de retrouvailles à ses côtés.
Il faut dire que ce n'était pas bien difficile de se faire comprendre à l'époque, lorsqu'il me suffisait d'un vocabulaire restreint pour roucouler dans ses bras, et pour louer les vins rouges que nous savourions à toute heure.
Finalement nous nous installons devant un café. On se met à parler, de nos vies, nos rencontres en évitant soigneusement le sujet tabou de notre séparation qui ne s'est jamais faite explicitement. Il y a dans ce genre de retrouvailles toujours une certaine étrangeté à résumer en quelques heures plusieurs années de sa vie. Je la découvre naïve et attendrissante, un brin dépressive et définitivement névrosée. C'est un choc. Je m'interroge bien sûr sur ce qu'elle pense des quelques kilos que j'ai pris depuis tout ce temps, des lunettes qui sont apparues sur mon nez, de mes cheveux longs moi qui aimais les mèches rebelles, de ma vie bien rangée. Je ne dis rien des livres qu'à l'époque je rêvais d'écrire et qui n'ont toujours pas vu le jour. Elle me demande si j'ai toujours cette foutue manie de me balader avec mon enregistreur et d'enregistrer les sons de la ville qui grouille. Je ne sais pas pourquoi je me prends à mentir en lui répondant que oui, peut-être pour que l'écart entre celle qu'elle avait rencontrée 8 ans auparavant et celle qu'elle découvrait aujourd'hui ne soit pas si abyssal.
Elle me dit que si elle a aimé plusieurs hommes, elle n'a aimé qu'une seule femme. Le temps que ses mots arrivent à mon cerveau, que je m'interroge à toute allure sur qui ça peut bien être, me demandant s'il s'agit de moi, elle n'a pas cessé de me fixer, de ce même regard d'il y a 8 ans, elle me fixe tant et plus que je finis par rougir, et baisser les yeux. J'observe longuement ma tasse de café vide. Et lorsque je relève le nez à nouveau, elle a toujours ce même regard, et un petit sourire.
Et puis tout va très vite. On regagne la rue, elle me propose de l'attendre dans sa voiture le temps qu'elle règle quelques histoires de boulot au téléphone, je lui dis que non, je n'en ai pas envie, et que je préfère aller me balader vers Christopher Street où se trouvent mes amies. Je lui propose de nous rejoindre après si elle le souhaite.
Je marche seule dans les rues. Comme il y a longtemps. Il y a dans la pâle lueur du soir qui tombe sur les buildings une poésie indescriptible. Je m'allume une cigarette délicieuse.
Lorsque j'arrive devant le Stone Wall, j'observe Victoria dans le square en pleine séance photo avec nos amies. Je la regarde sourire, faire ses conneries comme d'habitude. J'ai l'impression qu'il n'y a personne sur cette terre que je connaisse autant qu'elle, que je ne puisse désirer avec cette même évidence tranquille. Jusqu'à quand ?
Juliette dans une de ses chansons y répond merveilleusement : « Jusqu'à ce que le temps souverain, et sa cruelle taquinerie, n'emporte votre amour ou le mien, vers d'autres cieux ou d'autres lits… ».
Voilà. Jusqu'à ce que cela ne soit plus, cela est. Alors je marche vers elle et l'entoure de mes bras.
07:21
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Thursday, May 22, 2008
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Histoire de poil
Moui je sais... J'ai compté moi aussi, et en voilà quelques semaines, mmh quelques mois d'accord, que je joue la carte du silence. Je pourrais bien dire que c'est la faute aux déceptions de ne pas être tombée enceinte. Ou bien la faute à ces deux boulots, et à la thèse... Et pfff que sais-je ? A la vie qui passe. Puis bon, pourquoi chercher des excuses, autant le dire : j'ai un foutu poil dans la main, avec lequel je suis née. Au grand désespoir de Victoria, ce poil m'empêche aussi de faire la vaisselle, la cuisine, le ménage... Mais qu'y puis-je ?
Je me demande bien si c'est pour cette raison que Victoria a récemment investi dans un épilateur laser. Oui ! Un objet apparemment commandé sur internet qui a fait son appartion du jour au lendemain dans notre chambre... Objet magique pour tenter de m'ôter ce foutu poil et qu'enfin je puisse poursuivre mon blog...
14:55
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Friday, January 25, 2008
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Etrange étrange...
C'est un brin surréaliste de se retrouver les 4 fers en l'air devant une doctoresse toute droite sortie de L world. Elle te parle en espagnol et par moment équarquille les yeux devant toi, signe qu'elle t'a posé une question et qu'elle attend une réponse, et toi tu souris, hé hé, malgré l'absurde de la situation, j'entends Victoria à quelques mètres de moi qui me traduit : "elle te demande de tousser !".
Je m'exécute, je tousse. Et voilà que déjà l'affaire est dans le sac si j'ose dire, tu es déjà dans la rue, tout est pareil, tu es à bilbao pour la énième fois, et c'est surréaliste que de penser que peut-être... c'est la dernière.
10:05
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Sunday, January 06, 2008
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Tout compte fait
J'ignore si c'est l'excitation de reprendre dans 2 semaines le chemin de Bilbao qui me tient éveillée depuis 2 nuits, 2 longues nuits, curieusement peu angoissantes. C'est juste le corps qui est dans tous ses états, à sauter comme une puce sur le matelat fatigué de mes brutalités. Sur les conseils de ma pharmacienne bio, je me gave de tilleul. Je me gave, et je continue à sautiller jusqu'au petit matin.
Il se peut que ces insomnies soient liées à l'arrêt de tabac. 1 semaine, bon sang 1 semaine que je tiens, sans une bouffée, sans rien ! Je clamais tellement que je n'étais plus dépendante que l'attérissage est quelque peu déconcertant. Mais il est possible encore que je ne trouve pas le sommeil, parce que de nature, et depuis bien longtemps, je suis un brin insomniaque. Peu importe...
La nuit est toujours l'occasion d'un cogitum aigu... Pour l'heure, je pense à cet(te) enfant, à mon lien avec lui, à cette idée qu'il n'aura pas de père, mais qu'il aura une mère, moi, et qu'il aura Victoria, qui sera son deuxième parent, mais qui sera quoi pour lui ? Sa belle-mère ? Nous serons 2 dans ce partage de la parentalité, Victoria + moi. Mais quelle sera la place que l'enfant accordera à x, l'inconnu généreux ?
Depuis 1 an et demi que les choses se dessinent, je suis toujours fascinée de voir comment nos pensées évoluent, comment les catégories qui nous semblaient fondamentales s'émiettent les unes après les autres. Un père une mère, voilà ce qui est nécessaire me semblait-il. Qui ne m'a pas entendu dire : "Je veux qu'il ait un père cet enfant !". Au final, quelque chose d'autre se construit. Quelque chose qui n'est pas vraiment binaire, mais qui ne me semble pas pour autant hasardeux. Quelque chose de vivant et flexible. Bon, une seule mère que je me disais, une seule mère, car on en a qu'une de mère non ? Vous en avez qu'une, pas vrai ? Moi aussi ! Et puis je regarde Victoria. Je regarde son désir d'enfant. Je regarde le mien, et c'est le même : la différence ? 9 mois que je vais me manger dans les dents, et avec ma malchance, dans les fessiers. Je pensais Victoria comme second parent mais pas mère, pour pas qu'il y ait de confusion pour l'enfant. Voilà, ça c'est mon argument favori : "car il pourrait y avoir une confusion chez l'enfant"... Mais si je déconstruis mes a priori comme la nuit me le conseille, je me rends bien compte que mon incapacité à penser un double maternage est seulement une incapacité à concevoir que les choses ne sont pas telles qu'on me les a enseignées.
Maintenant je sais. Vous devriez voir Victoria, et vous sauriez aussi. Car pour l'enfant à venir, il ne fait pas de doutes pour moi qu'elle sera mère. Et l'impensable se produit : moi qui ait tant résisté à l'équation : Elle + Moi = 2 mères, je cède sous la pression nocturne.
Et encore quelques certitudes de piétinées au bord du lit.
20:32
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Saturday, December 15, 2007
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Du temps qui passe
Victoria dort à côté, j'entends ce souffle qui va et qui vient, lourdement. Il est 10h30 passé. (A moins que ce ne soit le souffle du chat qui lui aussi est étalé sur le lit, au bord du ronflement) Brej elle dort avec une facilité que je lui envie.
Moi je suis debout depuis 7 heures du mat. Les yeux grands ouverts, après une bonne nuit blanche. Mais j'aurais dû me douter que cette énorme tasse de café que j'ai avalé hier soir à 18 heures n'attendait que son heure de gloire.
Je suis en vacances pour 2 semaines. Je m'étais dit que le premier jour serait l'occasion d'une vraie grasse matinée comme je ne parviens plus à en faire le WE par faute d'un rythme trop régulier pendant la semaine. Ben c'est raté.
Il fut un temps pourtant où j'étais la reine de grasse matinée. Mmh, c'est vrai que je ne me couchais pas avant 6 ou 7 heures du matin, et que le réveil en début d'après-midi était délicieux. J'adorais la nuit qui s'avançait, malgré moi, à l'époque si je n'étais pas à parcourir les rues de Toulouse, je pouvais passer une nuit devant un tableau à m'ennivrer des odeurs de thérébentine. Je sais, ça fait cliché et ça a des relents de "la bohème" mais j'y peux rien. C'est que je suis un brin cliché moi ! Y'a qu'à voir : la vingtaine rebelle effontée et libertaire a fait place à la trentaine maquée, stable, projetant d'avoir un enfant... Lorsque je me prends à penser en terme de "plan de carrière", je me fais peur. D'un seul coup, je sens que la sécurité l'a emporté sur le goût de l'errance et de l'incertitude. Et bien sûr que ça a du bon, sans quoi je serais probablement toujours au même point que lorsque j'avais 20 ans. Mais bon, j'ai la trentaine un tantinet trop docile parfois.
Toujours est-il que me voilà debout. Bien sûr je vais peindre. Et écrire, et lire et massacrer Chopin au piano (ah non tiens, ce sera le tour de Barbara aujourd'hui). Peut-être que mes pinceaux, l'odeur de thérébentine et le café me feront oublier que des années se sont écoulées depuis mon dernier tableau.
01:21
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Friday, December 07, 2007
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Ah si j’étais Bette Porter...
J'aurais un tailleur impécablement repassé, un sens artistique détonnant, une taille de guêpe, une maison avec piscine, et ma seule grande question de la journée alors que je prendrai un verre au Planet serait : "Dois-je vraiment revenir avec Tina ?".
Mais je suis Microb, j'ai un jean un peu crad et des bottes qui ont la fâcheuse tendance à me faire descendre les chaussettes en boule sur les orteils ; ma taille, ah... ma taille, n'en parlons pas ; une piscine me serait bien inutile avec le temps qu'il fait (curieux non, qu'il se mette précisément à pleuvoir à chaque fois que je mets le nez dehors ?) ; moi je ne suis pas Bette, j'ai juste un emploi du temps à la Bette, c'est ça de bosser pour un ong qui adore te prévenir la veille qu'une équipe a été rapatriée d'urgence en France après une sévère agression au Tchad... "T'as pas du temps entre deux consultations ?" Ben oui, on m'appelle Oreille Magique, ou Oreille Extensible, venez venez mes bons enfants déverser votre lot de souffrance, j'ai une écoute internationale !
Voilà, ça se passe près de chez vous. Dans la banlieue de Paris. Mais je doute fort qu'on en fasse un film...
12:02
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Sunday, November 04, 2007
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35 bouches à nourrir
Heure de vérité hier, lors de l'écho à J7, la grande question étant : partira, partira pas à Bilbao ? Me voilà allongée sur la table des échos, une fois de plus les 4 fers en l'air. Pour me détendre, Victoria était là, caméra en main.
Ben oui. Figurez vous qu'elle s'est mise en tête de filmer l'incroyable parcours qui est le nôtre pour avoir un enfant, qu'elle compte interroger nos amis, nos familles... Dans l'idée de ce reportage-témoignage j'étais enthousiaste. Le seule hic bien sûr c'est d'avoir à supporter de voir ma tête dans des moments peu avantageux pour moi ("Poussez madame, allez poussez !!!", et moi rouge comme un âne à pousser, avec de la fumée me sortant par les oreilles...). Dans le concret, déjà la veille j'avais goûté aux joies de la caméra quand j'ai dû me piquer au bide pour ma stimulation dans un ralenti artistique... J'avais presque oublié la chose quand Victoria m'a dit : "C'est à quelle heure ton écho demain ?Je t'accompagne ! Je me demande si je pourrai filmer...", "Hi hi" que j'ai fait un brin déconcertée. "Hi hi" est souvent ma réaction lorsque rien d'autre ne vient, "hi hi" ça ne mange pas de pain, on peut tout en penser. "Hi hi", donc.
Lorsque Victoria lui a demandé l'autorisation de filmer, l'échographe s'est tourné vers moi : "Mais vous êtes enceinte ?". "Ben non, j'en suis juste aux stimulations, c'est la première écho de J7". "Ah, parce que d'habitude on me demande de filmer pour voir l'enfant". "Hi, hi" que j'ai fait pour me donner une contenance, "Alors je peux filmer ?" a insisté Victoria, et nous y voilà, moi en bien mauvaise posture, elle la caméra au poing. J'essaye de ne pas y penser. L'échographe est assez détendu et s'est déjà mis a explorer l'ovaire droit. Il observe, semble absorbé par sa tâche. Moi je regarde les grosses tâches sombres sur l'écran, à mon avis je dois avoir au moins 2 ou 3 follicules dans chaque ovaire, c'est parfait. Les inséminations se font lorsque l'on a 3 follicules arrivés à maturité, le plus grand pouvant être de 17, 18 mm.
L'échographe me regarde et m'annonce :
-Bon, ben vous avez 25 follicules à droite.
J'entends que derrière la caméra ça fait un "Oupsss" étouffé. Moi je ne peux même pas faire mon "Hi hi" tant ça me semble énorme. L'échographe est concentré, d'autant qu'il s'est mis à les mesurer.
-25, vraiment ? que je fais, m'efforçant de ne pas céder à la panique.
-Oui, le plus gros fait 16 mm...
-Ahhhhhh ??
-Les autres font 14,5 puis 13,7, et...
J'écoute plus. Je tourne la tête vers Victoria qui a l'air toute contente d'avoir chopé un scoop. Merde ! 25 ??
Et nous voilà du côté gauche. Je m'attends au pire, ce qui ne manque pas de venir :
-Et 10 du côté gauche, ce qui nous fait 35 follicules.
-Ah ?
Je le laisse à ses comptage, un vent de panique me saisissant tout à coup. 35, me voilà potentiellement mère de 35 enfants... Et ça m'inspire un "Hi hi" drôlement crispé adressé à la caméra ! J'interroge tout de même de mon air le plus décontracté :
-Mmh... Et à partir de combien de follicules on peux parler d'hyperstimulation ?
L'échographe me fait une réponse qui me laisse un peu dans le flou : "Tout dépend de la taille des ovaires, et bla bla bla". "En tout cas, conclue-t-il, vous réagissez vraiment très bien à la stimulation".
Ben tu l'as dit bouffi. Un peu trop bien non ? Parce que je ne veux pas faire ma mauvaise tête dans ce moment clef de mon existence, je ne voudrais pas gâcher l'ambiance, mais 35, bon sang 35, vous réalisez ?? Imaginez que seuls les follicules au-dessus de 10 mm vont arriver à maturité, ce qui en fait 13... Putain c'est encore trop. Bon, alors on compte que ceux au-dessus de 12, ce qui est déjà... Ben il en reste encore 7 !! Vous voyez où je veux en venir ? Je n'ai rien contre le Guiness des records, sauf que j'aimerais autant ne pas être la première femme française à expérimenter un accouchement septuple !
Prochaine écho à J 10. En espérant que d'ici je n'ai pas implosé sachant que les follicules grandissent à peu près de 2 mm par jour...
"Hi hi", c'est sûr. Parce qu'au vue de ce charmant tableau et des délicieuses perspectives qu'il laisse entrevoir, je ne sais pas trop ce que je pourrais dire d'autre.
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Tuesday, October 30, 2007
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Sur les starting blocks
Jamais règles n'ont été plus attendues. Une impatience dévorante, un brin hystérique, et enfin, enfin les premiers signes puis soudain mon explosion de joie : "ça y est !!" ai-je clamé victorieusement à Victoria comme si je venais d'accomplir l'exploit de l'année. Le chrono s'est déclenché, une petite quinzaine de jours marathons, et vas-y que je te pique par là, et te repique par-ci, je compte les jours, je calcule les heures, et fait des plans sur la comète. Le tout dernier : vivre à Marseille dans ces maisons qui sont au prix d'un appart parisien, et écrire, écrire, écrire, en regardant si les oliviers dans le jardin ne sont pas en train de choper des saloperies.
Et on voudrait que je me concentre sur mon travail ?
(Pauvre gosse quand même : même pas conçu et déjà victime de l'hystérie de sa mère...)
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