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Monday, July 17, 2006
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Sarko et internet
La première campagne présidentielle par Internet.
En marketing, la notion clé pour se faire connaître, c'est la publicité. M.Sarkozy l'a très bien compris. Depuis qu'il a récupéré la présidence de l'UMP, auparavant dirigé par M. Chirac, il peut bénéficier des budgets pubs du parti a son avantage. Ainsi, Nicolas Sarkozy a récemment envoyé plusieurs mailings a des centaines de milliers d'internautes. En récupérant les adresses emails transmises par des sites commerciaux comme la SNCF par exemple, il devient facile de monter une bonne opération publicitaire. (En effet, lorsque on achète un billet sur le site de la SNCF, on doit entrer son adresse email.). Au moins 300 000 internautes auraient reçus le mail de M.Sarkozy, leur expliquant les bienfaits de la politique de M.Sarkozy, et l'intérêt d'adhérer a l'UMP. Le coût de l'opération serait de 60 000 euros (20 centimes par email selon l'article, multipliés par 300 000 mails). Le tout payé par l'UMP, et au seul profit de M.Sarkozy ! Messieurs Chirac et Villepin feraient bien de se méfier ... Voyons la suite. En plus des emails, tout bon publicitaire se doit d'utiliser les services des moteurs de recherche. Avec le service pub de Google (Google AdWords), on peut acheter des mot-clés publicitaires à Google, et ainsi faire apparaître un lien commercial associé au mot lorsque un internaute fait une recherche sur Google. Nicolas Sarkozy utilise cette méthode massivement, plusieurs journaux en ont même parlé lors des émeutes en banlieues, ou des mots comme "racaille", "émeutes", ou "banlieues" avaient étés achetés par l'UMP. Les liens commerciaux titraient alors : "Soutenez la politique de Nicolas Sarkozy pour rétablir l'ordre", et pointait directement sur le site de l'UMP. En allant sur le site, l'internaute pouvait signer une pétition, et s'inscrire a l'UMP. C'est là que M.Sarkozy montre toute sa finesse : Si un internaute, convaincu par l'argument, s'inscrit a l'UMP en suivant ce lien, il y a fort à parier qu'il votera Sarkozy aux primaires de l'UMP en 2007 ... Le prix de l'adhésion au mouvement est très faible : 10 euros pour les moins de 30 ans, 25 pour les autres. Mais est-ce que ça marche vraiment ? Il semblerait que oui. Dans ce discours récent, M.Sarkozy veut a tout prix que ce soit les militants de l'UMP qui choisissent le candidat a la présidentielle en 2005. Rappelons-nous, ça n'était pas le cas en 1995, ou Balladur et Chirac avait été tous les deux devant les Français, ni en 2002 ou les ténors de l'UMP avait choisi de laisser M.Chirac se représenter pour un deuxième mandat. Grâce à la pub, M.Sarkozy a également affirmé qu'il était en mesure de doubler le nombre d'adhérents a l'UMP, et que ce chiffre pourrait atteindre 200 000 a la fin de l'année. Une enquête IPSOS, révele par ailleurs que ce qui a séduit les nouveaux militants, c'est la personnalité de M.Sarkozy. C'est bien normal, toute la publicité pour adhérer est tournée en ce sens, en associant chaque fois Sarkozy et UMP, jusqu'à la page d'inscription sur le site de l'UMP, qui ne montre et ne parle que de M.Sarkozy. Si M.Sarkozy parvient à augmenter significativement le nombre d'adhérents, et qu'il persuade les autres dirigeants de l'UMP de laisser les militants désigner le candidat (démocratie ...), il est sur de se faire élire aux primaires de l'UMP. Les autres prétendants au trône, M.Villepin en tête, moins au fait des nouvelles techniques de communication, ne pourra que se soumettre.
Tiré du blog : http://sarkodanger.blogspot.com/
4:53 AM
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2 articles sur les Lois Sarko (immigration) tirés du journal Politis n° 908
Portrait de la France réelle
Denis Sieffert
À quoi donc servent les mythes ? À faire rêver. Et la France est ce pays qui nen finit pas de senivrer de quelques textes grandioses façonnés par lHistoire. Rêvons donc encore un instant en relisant ces simples mots : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » (Déclaration des droits de lhomme et du citoyen, du 26 août 1789) ; « Le but de la société est le bonheur commun » (Constitution du 24 juin 1793) ; « Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit dasile sur les territoires de la République » (Préambule à la Constitution du 27 octobre 1946). Et encore ceci : « Chacun a le devoir de travailler et le droit dobtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances » (préambule de 1946). Bien sûr, linadéquation de ces textes avec la « réalité rugueuse » ne date pas tout à fait daujourdhui. Mais il y a des semaines comme ça où tout semble se conjuguer pour aiguiser la contradiction, et donner soudain à nos beaux principes une altitude vertigineuse. Trois noms dinégale notoriété symbolisent ces jours-ci ce décalage : Outreau, Gil-Robles, Sarkozy.
Le premier évoquera pour longtemps lun des plus grands scandales de notre histoire judiciaire. Pas seulement parce quun juge sest lourdement trompé en jetant en prison des innocents, mais aussi parce quà mesure que ceux que lon appelle maintenant les « acquittés dOutreau » faisaient le récit des supplices endurés, lopinion publique, si dubitative quand la dénonciation vient dun jeune de banlieue, a pris conscience du sordide. Le comportement des geôliers flics ou matons , les lieux de détention, les rebuffades essuyées par les avocats, tout cela a fini par brosser un étrange portrait de la France des droits de lhomme. Et on se dit que, si lerreur judiciaire a été finalement mise au jour, et si on ose encore lespérer elle est tout de même rare, en revanche, ces humiliations et ces tortures, physiques ou morales, subies dans le huis clos dune zone de non-droit, poste de police, prison, fourgon ou bout de trottoir, doivent lêtre beaucoup moins. Cest aussi ce que nous a révélé, comme en contrebande de lessentiel, laffaire dOutreau. Un petit tas dinavouables lâchetés.
Cest aussi ce que confirme au même moment un rapport européen très officiel qui fait étrangement écho aux témoignages des acquittés dOutreau. Des cellules minuscules. Des prisons surpeuplées. Des traitements inhumains. Un abus de la détention provisoire, un mépris des droits de la défense... on a le sentiment de se répéter. Mais les mots cette fois ne sont plus tirés dun récit personnel en proie à lémotion. Ils sont ceux dun austère document de deux cents pages qui survole notre système pénitentiaire, et scrute plus généralement toutes ces infractions aux droits de lhomme dont pâtissent les plus vulnérables, à commencer par les étrangers.
Évidemment, cela nous le savions. Combien de fois nous ici à Politis et quelques autres, alertés souvent par lObservatoire international des prisons lavons-nous dit, écrit, et crié. Mais, aujourdhui, cest une enquête menée par un commissaire missionné par le Conseil de lEurope, Alvaro Gil-Robles, qui corrobore le pire de ce que nous imaginions.
Cest que, dune certaine façon, ce rapport (voir p. 5) enterre la notion de « bavures » qui a si longtemps entretenu lambiguïté. Car cela semble assez évident maintenant : ce qui filtre parfois par accident dans les pages faits divers de nos journaux nest certes pas la règle et on imagine même quil y a toujours une majorité de fonctionnaires qui font correctement leur travail mais ce nest déjà plus lexception. Ceux qui se livrent à ces abus de pouvoir ne sont pas les « brebis galeuses » dun système imparfait. Ils sont les employés dun régime qui leur assure trop souvent une forme dimpunité. Et Henri Leclerc, dont nous publions cette semaine un texte passionnant, a mille fois raison de se tourner vers les politiques. Bien entendu, il ny a jamais dordre pour encourager à la transgression du droit. Tout juste un climat. Ultra-sécuritaire. Et nous ne sommes pas loin de prononcer ici le troisième nom, celui de Nicolas Sarkozy, bien sûr. Car le ministre de lIntérieur nest pas pour rien dans cette situation, quil na pas inventée mais quil aggrave.
Pourtant, ce nest pas en raison dincitations à la répression, ou de ces mouvements de menton bravaches dont il est coutumier, que nous le citons cette semaine. Mais bien parce quil est lauteur dun projet de loi qui respire à plein nez le néocolonialisme, et parachève ce portrait de la France réelle de ce début du XXIe siècle. Cette immigration « choisie » au gré de nos besoins économiques, cette incroyable licence que nous nous accordons de sélectionner dans nos anciennes colonies les meilleurs éléments, de les mettre au service de nos entreprises, puis de les renvoyer ensuite, est déjà moralement détestable.
Il sy ajoutera de redoutables effets collatéraux. Cette « immigration jetable » redeviendra massivement clandestine quand on voudra la pousser dehors. Elle rejoindra dans le non-droit tous les déboutés les non-choisis qui auront réussi à franchir les chevaux de frise qui entoureront la patrie des droits de lhomme...
Immigration : la résistance à Sarkozy
Françoise Galland
La loi Ceseda, dite d« immigration choisie », provoque une levée de boucliers. Des Églises, des pays africains, des mouvements humanitaires et sociaux, jusquau sein de la droite, refusent le concept de « bons » et de « mauvais » immigrés. Signe des temps, la mobilisation sans précédent autour des enfants de sans-papiers. La politique du ministre de lIntérieur fait-elle renaître un mouvement citoyen ?
e concept d« immigration choisie » lancé par Nicolas Sarkozy lan dernier, qui devait être le fleuron de la politique dimmigration de la droite, a fait long feu. Il nen restera que lidée dune immigration soumise au bon vouloir des politiques répressives du gouvernement. Le ministre de lIntérieur peine à faire voter la loi Ceseda (code entrée-séjour-asile) et à en maintenir le cap initial. En effet, cette loi devait encadrer à la fois sa vision de léconomie et celle dune société dordre.
En sappuyant sur la notion de patriotisme économique et en reconnaissant que la France a besoin dimmigrés mais de « bons » immigrés, ceux dont manqueraient lindustrie ou les services, Nicolas Sarkozy pensait mettre lopinion publique de son côté et remporter une victoire facile. Cette bataille de la communication, il la perdue.
Lidée dimmigration choisie devait, à lorigine, sappuyer sur trois volets : expulser les « indésirables », intégrer les « honnêtes gens » et attirer ceux dont les métiers et les savoirs sont utiles. Mais la loi se résume finalement à une série de mesures renforçant les difficultés dentrée et de séjour, et facilitant les renvois à la frontière. Sur le coeur même du projet (« immigration choisie »), elle reste évasive, à moins de considérer que la nouvelle carte « capacité et talents » en soit lunique symbole.
Le texte de Nicolas Sarkozy a essuyé une série de critiques, en premier lieu des organisations dimmigrés et de solidarité, regroupées dans le collectif « Uni(e)s contre limmigration jetable ». Les attaques se sont essentiellement concentrées sur laspect répressif : difficultés accrues concernant le regroupement familial, suppression de la possibilité de régularisation dune personne pouvant prouver sa résidence en France depuis dix ans, expulsions plus massives et plus rapides, etc. Il faut bien dire que ces dispositions étaient déjà largement appliquées par les préfets, qui ont autorité pour gérer de nombreuses situations.
Mais la loi a aussi été critiquée et contestée par de nombreux courants de pensée, et jusque dans le camp de la droite : les églises chrétiennes ont très officiellement demandé des comptes sur le sort des clandestins, expliquant quon ne pouvait laisser sans espoir de régularisation des milliers de personnes résidant en France. Cette position faisait écho au mécontentement des chefs dÉtat africains, qui se sont unanimement insurgés contre les aspects néocolonialistes (pillage des cerveaux et des forces vives de leur pays) du texte de Nicolas Sarkozy. Habituellement soumis à lancienne puissance coloniale, ils ont, cette fois-ci, fait connaître leur désaccord lors de la tournée africaine du ministre. Certains députés et certains sénateurs de droite se sont également exprimés contre la mise en cause du droit de vivre en famille, et contre le soupçon systématique pesant sur les mariages dits mixtes.
Mais cest la mobilisation autour du Réseau Éducation sans frontières qui a sans doute le mieux réussi à faire la démonstration de linhumanité de cette loi. Créée en 2004, en Seine-Saint-Denis, pour soutenir de jeunes adultes de lycées professionnels, cette structure est devenue, depuis le mois de janvier, lemblème de la lutte contre les expulsions de familles, et donc contre la loi Ceseda.
Depuis les années 1970, limmigration a changé de nature. Les immigrés ont dabord été des hommes seuls, souvent jeunes, qui envoyaient largent gagné à leur famille restée au pays. Puis la fermeture des frontières na fait que renforcer le phénomène les immigrés ont voulu vivre en famille, comme tout le monde. Les enfants, venus du pays dorigine, ont été scolarisés, dautres sont nés sur le territoire français, les femmes se sont intégrées dans les quartiers. Or, avec la restriction des droits accordés aux étrangers, de plus en plus de parents sont sans titre de séjour. Depuis plusieurs années déjà, des enfants et leurs parents disparaissaient, et un certain mystère entourait leurs départs. Les voisins, les enseignants ont réagi, mettant au jour une pratique dexpulsion de familles entières. La solidarité sest organisée (voir notre reportage pp. 15 et16).
La mobilisation autour des enfants de sans-papiers a rouvert lensemble du débat sur la politique de limmigration. Les mobilisations, bien au-delà du cas des parents délèves, touchent à de nombreuses questions : le droit dasile, le droit de vivre en famille, le droit des enfants à la scolarisation, le droit des femmes à être indépendantes de leur statut familial... Ajoutons à ce tour dhorizon que le déficit démographique et les pénuries de main-doeuvre poussent le patronat à lorgner sur un assouplissement des possibilités dentrée de certaines catégories détrangers, communautaires, mais aussi non communautaires. Dans un tel contexte, les mesures répressives anti-immigrés ont pour effet de déstabiliser la population non nationale au lieu de lintégrer, de conserver un volant desclaves sans droits, les sans-papiers, et de mettre en concurrence, pour lacquisition dun logement ou pour un emploi, des Français, des étrangers communautaires et des étrangers non-communautaires, avec ou sans titre de séjour.
Assurément, le thème de limmigration occupera le débat précédant les prochaines échéances électorales. La droite, désorientée par léchec du projet de Nicolas Sarkozy, hésite entre une alliance avec lélectorat de lextrême droite et un rapprochement avec les courants plus humanistes. La gauche, plus ouverte aux aspects démocratiques, en quête de popularité parmi son électorat traditionnel, commence à suivre le mouvement de défense des enfants. Mais Ségolène Royal, sur ce dossier comme sur dautres, joue sa propre partition : elle suggère que les « autorisations de travail soient gérées par les préfets de région en concertation avec les régions qui sont responsables du développement économique et en contact avec les entreprises » (1). Ce qui, en dépit dune décentralisation de la décision, nest guère différent du discours de Nicolas Sarkozy.
Lire lensemble de notre dossier dans Politis n° 908
(1) Voir entretien du Monde daté du 23 juin.
3:23 AM
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