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Jun 13, 2008

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Tuesday, January 08, 2008

LA ligne de monsieur Gonzales

Le pro au quotidien : LA ligne de Gonz à Créteil...

une anecdote fabuleusement dérisoire contée et illustrée par Sourya Panday.

Le principe d'une tournée de skate est tellement simple qu'un nourrisson ne faisant aucune différence entre sa tétine et un ver de terre en comprend aisément les rouages; et par conséquent, je suis personnellement convaincu que vous aussi, après la brève explication que je vais vous en faire, devriez y voir un peu plus clair.

Typiquement, et pour faire simple, des gens qui faisaient régulièrement du skate il y a de celà dix ans, voire quinze -voire qui n'ont jamais fait de skate très régulièrement-, investissent de l'argent dans des compagnies de skate qu'ils gèrent du mieux qu'ils peuvent, dans le but d'en récupérer en retour un profit. Suivant les lois de ce micromarché, ils embauchent un designer graphique, et s'achètent une troupe d'ambassadeurs, que sont les pros reconnus, dont le travail sera de skater -ou le cas échéant de faire semblant mais de manière crédible- et de faire rêver le jeune pour ensuite le pousser à acheter tout ce qu'il est possible de vendre, plus quelques babioles. Ceci implique donc que ces pros soient vus, si possible du plus grand nombre, d'où les tournées aux quatres coins du monde, caméra vidéo sur l'épaule et appreil photo en bandoulière, afin que l'argent investi dans le moindre crooked grind puisse être rentabilisé. Rien de bien méchant là-dedans. Ca s'appelle de l'économie. Personne ne s'en plaint car tout le monde a quelque chose à y gagner, de chaque côté de la barrière. Mais revenons à nos moutons. C'est du Gonz qu'il s'agit ici. Et d'une tournée Krooked en France.

La marque a besoin d'affirmer son image? Qu'à cela ne tienne, faisons une vidéo. Mark Gonzales est le pilier central de la marque, si ce n'est sa raison d'être? Qu'à cela ne tienne, envoyons Mark Gonzales sur tous les spots d'Europe nous filmer une petite part. Rien de plus simple. Problème résolu.

Sauf que non. Si la démarche est la bonne pour le commun des pros, Mark Gonzales n'est pas vraiment...disons qu'il est un peu...qu'il a perdu les...comment dit-on déjà? Ah oui, c'est un artiste. Un vrai j'entends. En un mot comme en cent, il a autant les pieds sur terre que les mains à la place des cheveux. C'est aussi là ce qui fait son charme. Ne vous méprenez pas, c'est quelqu'un que je respecte énormément. Contrairement à beaucoup, il n'essaie pas d'être, il est.

Mais revenons si vous le voulez bien (vous en mourrez d'envie, je le vois bien) au sujet qui nous occupe. A savoir, pour ceux qui auraient déjà oublié, la tournée Krooked à Paris, dont le but inavoué -et bien plus compliqué qu'il n'y parait sur le papier- était de ramener aux aidcouarteurz de la marque quelques images fraîches de Gonz pour la vidéo Krooked tant attendue. Et v'là t'y pas qu'en âme charitable que je suis, je m'en vais d'un pas seigneur guider la troupe vers... Ah. On me fait signe que non. Mark est parti acheter un pain au chocolat à l'autre bout de la ville, et Matt Newton, le team manager, en panique, essaie tant bien que mal de ne pas perdre la trace de cet investissement-à-risque ambulant. Et aussi parce qu'il va sans doute falloir payer ce pain au chocolat, ce à quoi Mark n'avait peut-être pas pensé dans son élan fougueux. Ne bougez pas, ils vont revenir dans cinq minutes tout au plus.

Une demie heure plus tard, les revoilà tous les deux, Mark avec un sourire d'enfant jusqu'aux oreilles, et Matt avec dix ans de plus que trente minutes auparavant. Nous nous engorgeons dans une bouche de métro, marchons en direction de la ligne désirée, puis celle-ci trouvée, nous ressortons de la même bouche de métro en hâte, après nous être aperçu que Mark n'était plus à nos côtés. En y regardant de plus près, on peut aussi s'apercevoir que Matt, après avoir fini de se ronger les ongles, a commencé à se ronger les doigts. Bref. Une fois Mark retrouvé (il lui fallait acheter un timbre puis regarder un plafond), nous envahissons ladite ligne de métro pour nous rendre sur le spot, et tout se passe enfin le plus normalement du monde : certains discutent philosophie, d'autres écoutent de la musique, Mark joue avec un stylo bille à ressort qui apparemment fait -je cite- "un joli bruit", et Matt, maintenant manchot, développe ses premiers tics nerveux. Dans la deuxième main de Mark, je remarque non sans un certain amusement une planche de type supermarché, toute blanche, et qui semble dater des années 80. Me voyant interrogatif, il me tend l'objet en question, marmonant un "c'est ma planche ninja" de sa voix nasillarde, un sourire jusqu'aux oreilles. A ma plus tellement grande surprise, je m'aperçois que ce jouet fatigué est la seule "planche" que Gonz emmène aujourd'hui sur le spot. Pour filmer sa part sans doute.

A notre arrivée sur le spot, Mark disparaît encore, Matt tombe dans le coma, et le reste de la session bat son plein. Bobby Worrest déblatère son répertoire de figures à un plan incliné tout ouïe, le filmeur le filme et tout le monde est captivé.

Ah. Mark vient de réapparaître. Il jauge la situation d'un air pensif, voire sérieux, voire même un poil jaloux de l'attention que Bobby centralise sur lui, puis lance au caméraman -avec ce naïf sourire d'enfant qui le caractérise- un : "Hé, filme moi, je vais faire une line!". A ce moment là, le temps se fige. Matt sors de son coma, les oiseaux s'arrètent de chanter, les enfants de jouer, et Bobby de pousser -immobilisé en plein élan, comme mis sur pause. Et tout le monde de tourner la tête vers Mark pour être sûr d'avoir bien entendu. Mark va pour s'élancer, bon sang!, branle-bas de combat, le filmeur se jette tête la première et caméra en marche pour ne pas en louper une miette, et pour être complètement sûr, Matt se met lui aussi à filmer Mark à l'aide de son téléphone portable. On est jamais trop prudent. Le footage vaut de l'or.

Voilà l'anecdote de LA ligne de Mark Gonzales à Paris.

Ah, vous voulez savoir ce que c'est, la ligne? Humm. Mark Gonzales qui descent une pente puis fait un léger kick-turn sur un des plans inclinés en brique de Créteil, sur sa planche ninja blanche. Faites une tarte aux pommes en remplaçant les pommes par du riz basmati -même de première qualité- si vous voulez, mais ne vous étonnez pas si vous n'obtenez pas le résultat escompté.

5:11 AM - 4 Comments - 2 Kudos - Add Comment

Monday, August 13, 2007

Wassup Larry Clark (SUGAR magazine)

"J'ai rencontré ces kids de ghetto dans un skatepark de LA, et j'ai voulu faire un documentaire sur leur vie...".

C'est à peu près en ces termes que Larry Clark -photographe de jeunes torses prépubères, cinéaste spécialisé dans la sexualité des moins de seize ans, et réalisateur controversé de Kids et Ken Park- nous explique les origines de son dernier film. Wassup Rockers -à mi-chemin entre réalité frelaté et fiction commune- relate ainsi l'histoire d'une bande de jeunes latinos du ghetto de South Central, passionnés de skate, de sexe et de rock'n'roll.

En caméra embarquée, Larry va donc -pendant de longs mois- suivre, dans l'intimité de leur chambre sombre, Jonathan, Kiko, Milton, Carlos "Spermball", Luis, Eddie et quelques autres -des adolescents de 14 à 18 ans à la moustache timide-, avant que la confiance ne s'installe, que les langues ne se délient et que, dans la plus pure tradition Clark,  les tee-shirts ne quittent ces torses en croissance; révélant ainsi autant de témoignages à la limite de l'émouvant sur la dure réalité de leur quotidien -guerre de gangs, balles perdues, sessions de skate et solidarité fraternelle- que de gourmandes parcelles de peaux brunies par le soleil californien -épaules galbées, abdominaux saillants, cuisses douces et bisceps frétillants. Après quoi, matière première en poche, il s'en est allé d'un pas seigneur s'asseoir à une terrasse de café, prendre un demi et griffonner sur un coin de sa facture les deux lignes et demie du scénario: un résumé quelque peu -mais surtout mal- romancé de toutes ces tranches de vie, dans une histoire se déroulant vraisemblablement, et à vue de nez, en 36 heures invraisemblables. Tant que je n'ai pas pu résister à l'envie de vous en dire trop.

Voici donc ce à quoi vous vous exposeriez si vous décidiez malgré tout d'insérer le DVD dans un lecteur qui ne mériterait pourtant pas de payer le prix de vos caprices:

-Un jeune de l'école, ami de la troupe, se fait assassiner de quelques balles lui traversant le corps.

-Pour noyer le chagrin qui ne transparait absolument pas sur leur visage, Jonathan et ses camarades s'offrent une petite session de skate, interrompue par Rosalia -la fille (très) facile du quartier (c'est-à-dire que pour être plus facile, il aurait fallu qu'elle arrive déjà nue)- qui doit absolument se mettre quelque chose sous la dent, dans le sens le plus littéral qui soit. Jonathan ayant déjà une copine, elle se rabat sur Spermball, qui n'a rien contre goûter aux plaisirs interdits derrière un buisson avoisinant, à condition qu'il puisse garder son pantalon.

-Le soir venu, Jonathan couche avec sa copine officielle avant d'aller s'arracher les cordes vocales en essayant d'avaler un micro avec pour tout accompagnement un brouhaha en sauce.

-Le brouhaha terminé, Kiko s'adonne à des pratiques sexuelles sans doute illégales avec Rosalia –dont on apprend qu'elle s'est déjà fait un joli collier du pucelage du reste de la bande- alors que, dans la salle de bain, "Spermball" tente de mettre fin à ses jours en se noyant dans un évier.

-Le lendemain matin, en route pour aller skater un set de marches à Beverly Hills, Jonathan invite une fille qui passait par là à coucher avec lui dans le coffre de la voiture, qui contient déjà sept planches de skate plus quelques babioles. Invitation qu'elle accepte le plus naturellement du monde.

-Arrétés à mi-chemin par la police pour conduite sans papier, la voiture doit être abandonnée sur place et le trajet finit en bus. Devant l'officier de police, la voiture à l'arrêt tremble encore des ébats amoureux de Jonathan. Aucune précision n'est donné quant à la possibilité que Jonathan ait dû finir sa petite affaire dans le coffre du bus.

-Arrivé au spot de skate, Jonathan se fait remarquer par une vague caricature de Paris Hilton, qui l'invite lui et ses amis à venir chez elle à toute heure du jour ou de la nuit. Le coup classique quoi. Cela m'arrive aussi assez régulièrement. En ce qui me concerne, c'est plus généralement une vague caricature de Line Renaud, mais c'est sans doute parce que je vis en France.

-Viré du spot par un officier de police grassement tourné en ridicule, la petite bande s'enfuit en courant, non sans avoir piquer un cheese burger sur le siège passager dudit policier. Et non sans avoir par la même occasion abandonné lachement, voire oublié, un de leurs amis aux griffes de l'agent de l'Etat, ami dont il ne sera plus fait mention par la suite. Son absence semble ne troubler personne.

-Après quelques minutes de marche, la troupe arrive devant la villa de Paris Hilton, et en moins de temps qu'il ne m'en aura fallu pour écrire le titre de cet article, Jonathan se retrouve sous la couette de la jeune fille à essayer de se souvenir où il a rangé son duvet naissant. Pour les plus curieux d'entre vous, il semblerait que ledit duvet ait été retrouvé taillant le bout de gras avec son homologue de la zone la plus tropicale de l'anatomie sans conteste très féminine de la nymphe.

-Pendant ce temps là, Kiko et Nicky Hilton -qui discutaient guerre des gangs en tout bien tout honneur et en sous-vêtements- se font surprendre par ce qu'on pourrait supposer être les frères des riches héritières, et qui décident tout naturellement, comme le font généralement des gosses de riches quand leur maison est envahie d'une petite dizaine de latinos du ghetto, de défenestrer notre bon vieux Kiko avant de s'en aller donner une explication à Jonathan en langage des signes.

-Après une petite bagarre où les nez cassés côtoient les déballustrades, la troupe en fuite se réfugie dans une villa voisine, où un créateur de mode mondialement célèbre donne une petite réception. Là -est-il utile de le préciser?- ledit créateur voit instantanément en nos jeunes talents du cinéma indépendant américain les icones de sa prochaine collection, et décide sans plus attendre d'aller rincer son oeil de créateur pédophile -ne le sont-ils pas tous après tout?- en allant observer l'un d'entre eux en train de s'entretenir avec sa vessie. Surpris par ce dernier, il se jette tête la première dans les escaliers, et est laissé pour mort par les jeunes latinos, qui partent déjà se rendre au niveau supérieur du jeu, dans la villa voisine.

-Là, un Charlton Heston qui ressemble à s'y méprendre à un sosie de Clint Eastwood décide, avec l'accord implicite, bien qu' à postériori, de la police de Beverly Hills, de tester la résistance des crânes latins aux balles de revolver américains. A la surprise générale, la balle l'emporte haut la main, mais qu'importe. Nos jeunes ne semblent pas à un ami près.  "Tiens, un de moins...la routine. Bof. Bon, on continue les gars?" semblent-ils dire en coeur, avant de s'en aller voir ce qui se passe dans la villa suivante.

-Dois-je vraiment poursuivre?

-Ca ne me fait pas plus plaisir qu'à vous, vous savez...

Remarquez, la suite, vous l'aurez tous deviné: ils sont pris en charge par des femmes de ménages portuguaises qui les cachent dans la maison d'une bourgeoise alcoolique, laquelle ne peut résister au sex appeal juvénile de Jonathan et décide d'aller lui faire prendre un bain avant de s'éléctrocuter dans sa baignoire, dans la joie et la bonne humeur (scène d'une faiblesse que seuls certains escargots sujets à une forme d'anémie particulièrement aigue ne sauraient concurrencer), alors que nos héros de la contre-culture repartent vers chez eux cotoyer la mort par balle et les gangsters de rue en se disant au-revoir sur fond de soleil levant, non sans que Spermball ne finisse par verser une petite larme -non pas de tristesse envers son ami mort d'une balle dans la tête quelques heures auparavant, mais d'émotion, parce que ses amis l'ont enfin appelé de son vrai prénom, Carlos.

Bref, une journée somme toute assez banale, portée à l'écran par des acteurs de génie -qui, soit dit en passant, ne le sont justement pas, acteurs. Pour plus d'authenticité nous dit-on. Personnellement, et au cas où vous auriez encore quelques doutes, ça ne m'aura pas vraiment convaincu. Quitte à risquer de passer à côté de l'authenticité, quand je vais au restaurant, je préfère pour ma part que mon plat soit préparé par un vrai cuisinier. Vaut-il mieux, pour porter une histoire, quelqu'un dont le métier est de savoir mentir, ou quelqu'un de sincèrement mauvais et d'honnêtement pas crédible? Mon coeur balance tellement peu entre les deux que, par peur que son jugement ne soit pas assez clairement visible, il s'est carrément arrêté de battre. Bref.

En lieu et place d'un pied-de-nez intelligent à la société américaine et à la façon dont ses différents protagonistes voient le skate et les skaters -ce que, à de nombreux et gros détails près, le film aurait pu être-, Larry Clark nous livre finalement une critique facile et baclée, trop second degré pour être prise au sérieux mais pas assez pour être drôle.

En fin de compte, peut-être aurais-je dû prendre la suggestion de Vivien Feil au pied de la lettre.

"Je n'écrirais rien sur ce film, c'est une merde."

1:52 PM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Saturday, August 11, 2007

Les quatres saisons de Trevor Prescott (SUGAR magazine)

"Seasons change with the scenery; Weaving time in a tapestry.
Won't you stop and remember me, At any convenient time?

I look around, Leaves are brown, And the sky is a hazy shade of winter."

-Paul simon

Nous sommes à l'aube des années 1990, Trevor Prescott est au Printemps de sa vie.

Il grandit à Eugene, dans l'Oregon, et fait du skate. Plutôt bien d'ailleurs. Même de mieux en mieux, fluide et tout en finesse; si bien qu'il ne tarde pas à se faire remarquer par Blockhead, marque mythique qui avait lancé quelques années auparavant les carrières de Jeremy Wray, Steve Berra, Rick Howard et autres Jason Dill. Très rapidement, il passe amateur, part en tournées faire des démos, et accessoirement reste humble et discret. Car contrairement à la tendance générale en pareille occasion, Trévor garde la tête sur les épaules et reste abordable.

Mais Blockhead s'essoufle et s'éteint bientôt, et Trevor rejoint Invisible. Les pantalons sont larges, les roues petites, et Trévor filme une excellente part pour leur vidéo -au nom ironiquement annonciateur du destin de la marque -Vanishing Point- puis ce qu'elle sera la dernière avant qu'Invisible ne disparaisse à son tour.

Il filme et monte aussi des petites vidéos locales à ses heures perdues. Peut-être précisemment pour qu'elles ne le soient pas. Trevor est un skataholic pour qui les heures ne se perdent pas.


Pour entrer de plein pied dans l'Eté, Trevor décide de s'installer dans la nouvelle Mècque du skate, là où tout se passe et où tout le monde habite: San Francisco.

L'EMBarcadero connait ses dernières heures, les blocs de Pier 7 leurs premièrs flirts -avant de s'acoquiner plus sérieusement avec quelques techniciens de la ville-, et Union Square est une mère -tour à tour bienveillante ou sévère- pour tous les skaters de la baie. Si Trevor reconnaît la valeur de ces spots, il ne s'y cantonne néanmoins pas. Il skate jours et nuits et est de toutes les sessions. Notamment de celles oubliées, celles des descentes et des rues perdues. Généralement avec une caméra dans son sac, pour documenter tout ce qui passe en dehors de l'embarcadère numéro 7.

Il se voit bientôt confier la réalisation des vidéos de quelques-unes des marques pour lesquelles il skate. Il filme et monte ainsi la tant attendue vidéo FTC III, largement à la hauteur des attentes laissées par la Penal Code 100A d'Aaron Meza quatre ans plus tôt, utilise tous ses footages oubliées dans un petit montage d'une vingtaine de minute intitulé Interactions -dont les acteurs principaux sont autant les Nick Matlin, Jessee Hotchkiss et autres Lucian Moon que les clochards et freaks qui peuplent les rues de San Francisco depuis les années 60-, puis réalise la vidéo Supernaut, Urban Canvas, marque pour laquelle il est récemment passé amateur.

S'il devient de plus en plus impliqué derrière la caméra et la table de montage, Trevor n'en a pas pour autant dit son dernier mot sur un skate. FTC III et Urban Canvas sont les preuves flagrantes que Trevor n'a rien à envier aux skaters les plus médiatisés -si ce n'est ladite médiatisation, triste témoignage que l'humilité et la discrétion ne paient pas toujours dans ce milieu. Son style est toujours aussi plaisant, ses backside flips et fakie tres sont parmis ce qui se fait de mieux en la matière, et Trevor montre qu'il est aussi à l'aise pour descendre en skate des rues que vous auriez peur de grimper en voiture, que pour faire nollie hardflip sur les fameuses Seven d'EMBarcadero, ou flip back tail flip back out sur les ledges d'Union Square.


Si les feuilles d'arbres commencent à se teinter de brun, plus par habitude que par réelle nécessité, l'Automne qui arrive, lui, prend des allures d'été indien.

Outre de se contortionner d'un côté ou de l'autre de la caméra pour la vidéo Satori, In Search of Roots and Culture (dont le montage sera confié à Mike Manzoori), et de skater à temps complet pour Supernaut, Trevor concrétise le projet qu'il ruminait depuis quelques temps: rappeler au monde, à travers une série de vidéos intitulées Seasons, que les rues de San Francisco regorgent de spots pour qui sait ouvrir l'oeil. D'ailleurs, Trevor ne déniche pas que des spots, et les parts de Dave Caddo (Seasons 1) et de Zach Martin (Seasons 3) sont de parfaites illustrations que Frisco ne compte pas que des rues en descentes et des allumés en descente d'acide depuis 30 ans. Un tout autre style -bien plus intéressant- de Speed Freaks est revenu peupler la ville, et Trevor nous ouvre une fenêtre sur leur monde. Ses vidéos donnent la part belle aux soldats inconnus, aux spots tordus, aux rues à plus de 45° d'inclinaison, aux lignes harmonieuses, à la créativité -à toutes ces choses qui rendent le skate si drôle et les images de SF si intéressantes. Trevor réalise trois volets de Seasons.


Puis arrive l'Hiver, la "quatrième" et dernière saison de l'année, celle où la nature se met en deuil, et la dernière à voir Trevor sourire.

Trevor disparait le 19 janvier 2006, emporté seul dans son appartement par ce qui semblerait être une mauvaise grippe, aussi discrètement et humblement qu'il a mené sa vie. Par sa gentillesse et son dévouement, Trevor a marqué tous les gens qu'il cotoyait et filmait. Par ses vidéos, témoignages indiscutables d'une vision particulière du skate, Trevor a réussi à marquer et influencer des gens qu'il n'a même jamais croisé, éparpillés aux quatre coins de la planète.

Les feuilles mortes tombent, se mélangent à la terre, et rendent le sol plus fertile. Mais le vent glacial qui vous fouette le visage n'en est pas pour autant moins violent.

3:16 PM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Monday, August 13, 2007

Bud skateshop à Malaga (SUGAR magazine)

Quand Bud skateshop m'a proposé de partir faire les fêtes de Noel à Malaga pour finir de filmer la vidéo, je m'étais imaginé les palmiers, les cocotiers, les palaces 5 étoiles avec piscine, et les filles espagnoles bronzées et courtes vétues nous suppliant de bien vouloir les laisser nous masser. Et en toute honneteté, je n'étais pas très loin de la vérité. Si ce n'est que je n'ai pas vu un seul cocotier. Mais commençons par le commencement...

Prologue

Au début était la dérive des continents. Le sud de l'Espagne, et par conséquent Malaga, était reliée au nord de l'Afrique. De cette tragique rupture est restée...les deux du fond, ça ne vous intéresse pas ce que je raconte?! Ha je vois. Dès que ça parle sérieux cinq minutes, y a plus personnes. Très bien, si c'est comme ça, je resterais très classique. Je m'en fous, je la connais l'histoire, moi.

Logue

Où est-ce que j'en étais moi? Ha oui, la tournée Bud.  Nous sommes donc parti de Paris le dimanche 21 décembre en minibus. Charlie "Biebel" Simon et votre humble serviteur nous relayons équitablement au volant - enfin lui est beaucoup plus équitable que moi - tandis que Paul Labadie, filmeur officiel, prend la place de copilote (inutile donc de préciser que nous nous sommes rapidement perdu). A l'arrière, Cédric Viollet s'attaque verbalement à sa nouvelle proie, Vivien Feil, laissant Jérémie Villermaux et Pierre-Louis "Popi" jacter sans cesse dans ce qui aurait pu être un brouhaha insupportable si leur timidité respective ne les avait pas conduit à ne jacter qu'en leur fort intérieur, la bouche plus fermée que l'esprit d'un supporter de foot. Le corps d'Abdou M'Baye est lui aussi présent, mais son esprit ne nous rejoindra que deux jours avant la fin du trip, quand la batterie de son ipod sera déchargée. Le trajet est beaucoup moins long qu'il n'y parait sur une carte. A peine 23 heures de voiture non stop, tout au plus. L'arret dans un hotel sur la route n'étant pas plus prévu dans le planning que dans le budget, nous ferons donc la route d'une traite, si ce n'est une pose de 17 heure à 17 heure 02. Et parce que cela semblait manquer un peu de "challenge" pour un aventurier tel que moi, je me suis amusé, le matin du départ, à m'administrer un sévère petit torticoli. Quelle poilade les amis!

Le trajet

Après concertation, nous avons décidé de ne conduire uniquement que toute la journée et toute la nuit, gardant le reste du temps libre pour diverses activités champestres, telles que dégustation des différents arômes de café proposés dans la station service qui semblait suivre le même itinéraire que nous, toujours avec un peu d'avance néanmoins. A noter : une fois au beau milieu de l'Espagne et au beau milieu de la nuit, la station service ne propose plus de café à l'intérieur de ses murs, mais en extérieur. A noter également : une fois au beau milieu de l'Espagne et  au beau milieu de la nuit fin décembre, il fait aux alentours de -45° centigrades. Toujours prêts  à braver tous les dangers, et aussi parce que c'était mon tour de conduire, je m'y suis aventuré, sur le coup des 5h30 du matin. Pendant l'attente de préparation du café, j'ai remarqué un étrange bruit qui venait perturber ce jusqu'alors si paisible silence. D'abord un peu inquiété (cela aurait pu être un individu mal-intentionné), je me suis vite calmé quand j'ai compris que ce n'était que le froid qui faisait mes dents s'entrechoquer. Puis j'ai vite reperdu mon calme quand les  premiers éclats de dents gelées sont tombés de ma bouche. Ca va, je plaisante. Reprenons. Ledit café avait l'air excellent. Je dis "avais l'air" car je n'ai pas vraiment eu l'occasion d'en boire des masses, l'état de tremblement de froid de l'ensemble de mon corps n'ayant épargné que le fond de mon verre. Tout ceci est parfaitement authentique... Que vous etes naïfs! Enfin, voyons, un acrobate tel que moi ne laisserai jamais s'échapper une goutte d'une boisson pour lequel j'ai dépensé de l'argent. Soutiré à Charlie. D'autant plus quand ce breuvage est ce qui doit me tenir éveillé pour les 5 heures à venir.  C'est donc par un indescriptible miracle (que d'aucun qualifierait d'habileté naturelle) que j'ai réussi à sauver mon café. Mais j'avoue avoir été un peu aidé par le fait que la température extérieure ait transformé ce dernier en glace, figeant ainsi les remous susceptible de devenir des gouttes qui s'échapperaient du gobelet. Mais bref, je m'égare, et vous ne m'aidez pas.

Pour reprendre les termes d'un rédacteur en chef d'un magazine concurrent, "un tour implique généralement que l'on passe un certain temps sur la route et donc qu'on se prenne la tete pour écouter telle musique plutot que telle autre". Charlie étant le seul à avoir pensé à ramener des cd, et les goûts musicaux de Charlie étant ce qu'ils sont, c'est-à-dire allant des morceaux de hip hop du cd bleu aux morceaux de hip hop du cd vert, le choix entre "telle musique plutot que telle autre" s'est rapidement restreint à "telle musique". Mais effectivement, ça nous a pris la tete. Enfin, mis à part pour Vivien, qui de toute façon écoute "Trilogy" de Kurupt en boucle depuis le début du trajet. Il est d'ailleurs à noter que la dernière phrase de ladite chanson ("i got pistols, pills, acid, bombs, crancks, christallized coke and limes, i don't give a fuck!") sera un peu, avec le refrain de P.I.M.P. de 50 cents, l'hymne de la tournée, puisque absolument tout le monde, mis à part peut être Paulo, Charlie, Abdou, Popi, Jérémie et Cédric, la scandera en permanence pendant la semaine à venir.

Familiarisation avec les lieux

Lundi 22, sur le coups des 11 heures du matin, nous arrivons au centre de Malaga. Au bout de la rue sur laquelle nous évoluons trône un magnifique palace 5 étoiles, sans aucun doute notre lieu de séjour pour ces vacances de Noel. Je me réjouis d'avance, la piscine doit être à l'image de l'immeuble, gigantesque et bien entretenue. Simple maladresse par contre, il semblerait que les propriétaires se soient  trompés dans le nom de leur propre hôtel, celui-ci ne correspondant pas du tout au "residencia universitaria benito benivabente" inscrit sur notre confirmation de réservation. Attendez, ne me dites pas que...

A ma grande surprise, tout le monde semble au courant que ce n'est pas notre hotel. Nous continuons notre chemin, sortons un peu de la ville, et alors que je remarque, non sans un certain amusement, un van du meme acabit que le notre, si ce n'est un peu plus brûlé et abandonné sur le bas coté, j'entends Paulo annoncer que ça y est nous y voilà, ouah c'est chouette on va bien se la donner. Je suppose alors que notre palace se trouve quelque part derrière cet immeuble glauque assis en face de nous. Mais non. C'est cette résidence universitaire, plus proche de la prison dans un quartier louche que du palace 5 étoiles, qui sera notre pied à terre. Inutile de préciser que nos masseuses dénudées, étudiantes en droit le reste du temps, étaient rentrées chez leurs parents pour les fêtes. Au contraire du gardien de la prison, plus présent que jamais. "Miguel" comme nous l'appellerons affectueusement, est partout à la fois, et tout le temps. Je crois qu'il ne dort pas, puisqu'à toute heure du jour où de la nuit, nous le croisons, lui et son regard effrayant. Il possède cette faculté extraordinaire de se trouver derrière toutes les portes que nous tentons d'ouvrir.

Juste le temps de poser nos affaires, de prendre une douche, et nous revoilà parti explorer la ville, et surtout trouver quelque chose à manger. Mais le sort en décidera autrement, puisqu'à peine arrivé au centre ville, notre van se fait déjà aggressé par la voiture de ce qui semblerait etre une femme...ou peut etre un homme...dans le doute, nous appelerons ça un "fomme". Je tente de m'eclipser avec Cédric, mais il semblerait que je sois le seul habilité à remplir le constat, donc me voilà piégé par le fomme, dont la mémoire du tour de bras me fait encore frémir à ce jour. Heureusement pour moi, c'est elle qui était en tort. Mais comment aurait-elle pu éviter la catastrophe? Nous roulions à une vitesse mirobolante, environ 3,5km/h et un agent de circulation l'aidait à sortir de sa place de parking en marche arrière. L'accident était inévitable.

La journée : skate

Malaga possède quelques très bons spots, tels que la place de la Marina par exemple, sur laquelle il est très agréable de passer quelques après midi, surtout par 23°c en plein milieu de l'hiver. Mais le récit de ce qui se passe durant la journée ne me parait pas spécialement intéressant. Disons simplement que tout le monde est motivé, et que tout le monde skate. Ou presque. Je vous prierais donc de bien vouloir vous reporter aux photos. Merci.

Le soir : activité libre

Nos activités nocturnes se prètent plus à l'écriture. Non pas que nous ayons fait des folies le soir, car celà n'est pas le cas, mais nos "non-activités" me paraissent plus cocasses que nos activités diurnes.

Par exemple, tous les soirs sans exception, le trip au restaurant le plus proche est remplacé par un trip à la supérette du coin. Et par conséquent, le repas chaud est tous les jours remplacé par un sandwich pain-kiri et une pomme, pris dans la chambre commune, à savoir celle de Paulo et Charly. Imaginez 7 personnes rassemblées dans une chambre de 9 mètres carrés aux murs d'un bleu gris et à la peinture lézardées, à manger leur sandwich en regardant la pub Dim par la fenètre, à discuter de tout et de rien. Surtout de rien d'ailleurs. En bon insomniaque, et squattant avec Cédric la chambre voisine, je suis généralement le dernier a quitter la pièce, et le premier à venir les réveiller le matin, empèchant ainsi Charly et Paulo de dormir aussi bien le soir que le matin.

Même le soir du réveillon, le repas n'étant toujours pas prévu dans le budget, pas grand monde n'est motivé pour aller manger quelquepart. Certains hérétiques ne croient meme pas en Jésus notre sauveur et refusent de faire quoi que ce soit ce soir. Je ne citerai pas de nom. C'EST VIVIEN!!! Pour casser la routine, nous décidons donc de manger des sandwich pain-kiri entassés à 7 dans la chambre de Paulo. Mais pour donner à la soirée des allures de fête, nous buvons des whisky-coca dans des canettes de biere vidées de leur contenu par des rouennais dignes de ce nom, en nous souhaitant mutuellement un joyeux Noel en se regardant tour a tour dans le blanc des yeux ou dans le blanc sale des murs lézardés. Je crois que c'est un des moments les plus glauques de mon existence. Pourtant, comme dirait un bon ami à moi, et c'est la stricte vérité, "nous avons ri, une photo l'atteste" (Les Piétinements, Guillaume Noyelle, disponible dans toutes les bonnes librairies, dépechez-vous!!). Et si le repas du réveillon vous a fait rêver, sachez que le repas de Noel n'était ni plus ni moins que les restes du repas de réveillon, étant donné que TOUS les magasins sont fermés. En Espagne, on ne rigole pas avec la religion.

Le soir du lendemain de Noel, après un saut à la supérette (nos reserves de pain et kiri étant épuisées), nous décidons de faire un tour des spots du quartiers de notre résidence, étant donné que celui-ci semble en réaménagement. Quelques chantiers séparent les unes des autres quelques nouvelles batisses qui respirent le ledge pimpant. Paulo sort de la voiture pour aller jeter un oeil, escalade une grille, quand une voiture passe et ralentit a notre vue. Pour écarter les soupçons, nous redémarrons le van pour nous éloigner de quelques metres, laissant Paulo à l'intérieur des grilles. Celui ci ressort juste au moment où la voiture repasse dans l'autre sens. Comme dans un film américain, la voiture italienne pile des quatres roues en voyant le français escalader la grille en sens inverse, et de là sortent deux brutes espagnoles dont la carrure force le respect (ou la peur, au choix). Paulo, qui est maintenant sorti de l'enclos de la résidence privée, tente d'expliquer à nos nouveaux amis que ce n'est pas un voleur mais qu'il est juste là pour voir s'il y a moyen de faire du skate mais que finalement non ce serait dommage d'esquinter un si beau batiment. Ce que les gardiens de nuit comprennent très bien d'ailleurs. Tout en acquiessant, un des gardiens s'empare d'une "barre de faire" d'un bon metre cinquante dans la voiture, sans doute une offrande coutumière, puis se met à courir derriere le rouennais, qui avait entamé son chemin vers le van en pressant un peu le pas, se disant que c'est bien sympa tout ça mais que le fond de l'air est frais. Alors que Paul, tel Luke Duke dans Sheriff fais moi peur, saute littéralement dans le van par le biais d'une fenetre ouverte, Cédric scinde l'air d'un "Cuba libré! Cuba libré!" tonitruant et d'actualité. Si  la scène s'était déroulée à Cuba.

En arrivant à la résidence, Cédric, que d'aucun qualifierait de chaud comme une baraque à frites, profitant de mon absence, se jette sur son ipod pour écouter à la suite tous les titres de Booba que celui-ce contient, non sans saisir cette occasion pour recharger ce miracle de technologie en le branchant sur la seule  prise qu'il trouve, parmi les trois que la chambre compte. Notons quand même que les deux autres prises se trouvent respectivement au-dessus de son lit à hauteur de visage et près de la porte à coté de l'interrupteur. Non. Cédric optera pour la prise cachée tout au fond de mon coté de la pièce, derrière une sorte de grosse caisse murale en bois. Il est aussi à noter que c'est la seule prise parmi les trois qui est occuppée, puisqu'un fil éléctrique la relie à ladite caisse murale. Il y a des jours où le sens logique de ce garçon m'effraie. Mais la nuit suit son cours. Et demain il fera jour (proverbe)(stupide, je vous l'accorde).

Exténuée comme elle peut l'être par une éprouvante journée de chill, notre petite troupe arrive un soir de plus dans cet endroit glauque et frigorifique qu'est notre résidence désertée de ses étudiantes, avec pour seule envie (si l'on ne tient pas compte des envies de manger un bon repas chaud, de dormir dans un endroit chauffé, ou de parler poésie avec les étudiantes en droit qui auraient dû partager nos chambrées) de prendre une douche chaude. Mais bizarrement, depuis la veille au soir, la douche ne distribue plus d'eau chaude. A écouter Cédric, qui est rarement le dernier à perdre son calme, c'est surement un coup du gérant malhonnête! Mais bref. Nous convoquons donc "Miguel" pour lui faire part de notre insatisfaction quant au manque d'eau chaude. Constatant que le pommeau de douche crache effectivement des glaçons, le type se rend d'un pas serein dans la chambre que Cédric et moi occupons, se dirige vers le fond de la pièce, débranche le ipod de Cédric, rebranche le cumulus d'eau chaude que contient la caisse murale, et quitte la pièce, non sans nous avoir souhaité une bonne nuit de sa douce voix rauque.

Et pis logue.

Le dernier soir, après une semaine au sandwich pain-kiri, nous nous décidons enfin à tenter notre chance dans un des restaurants traditionnels de Malaga. Car c'est vrai, à quoi bon partir et voyager si ce n'est pour découvrir d'autres cultures, d'autres moeurs et aussi d'autres mets délicats. En meme temps, il semblerait que l'ensemble de la gent féminine de passage à Malaga se soit réfugié dans le restaurant chinois qui sied à coté du restaurant espagnol traditionnel (qui de plus se trouvait etre une pizzeria tenue par des turcs)(attention, je n'ai rien contre les turcs)(ni contre les pizzeria)(ça ne vous énerve pas toutes ces parenthèses?). Le repas sera donc définitivement chinois. Enfin, en théorie.

Nous entrons donc dans le restaurant chinois (qui est peut etre le seul restaurant chinois du monde où il est impossible d'avoir des baguettes pour manger), et coup de chance, notre table se trouve quasi côte à côte avec la table des touristes feminines sus-citées, puisque seuls quelques dizaines de metres, des demi cloisons, pots de fleurs et autres tables occupées ne nous séparent. Bref.

Certains commandent des plats chinois traditionnels, tels poulets basquaises et assiettes de frites (authentique)(non pas que le reste ne le soit pas d'ailleurs..), d'autres des rouleaux de printemps qui ressembleront à s'y méprendre à des beignets aux pommes, tandis que je tente d'éviter de me battre avec une serveuse qui ne parle que ce qui ressemble à un mélange de chinois et d'allemand et ne semble accepter de m'apporter un plat végétarien que si celui-ci contient un peu de viande ou de poisson. Finalement, les sandwichs pain-kiri n'étaient pas si mauvais.

Nous repartons le lendemain matin pour encore 23 heures de route non stop, et mon seul regret sera finalement de ne pas avoir vu un seul cocotier

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Saturday, August 11, 2007

De Miami jusqu’à San Francisco (SUGAR magazine)

Un cauchemar hilarant, deux rêves érotiques et un réveil pluvieux...

un récit anecdotique de Sourya Panday

Souvenez-vous. C'était en mars dernier. La France et vous-mêmes grelottiez encore comme un seul homme, et ma cheville -sur laquelle je m'étais amusé à m'asseoir dans le sens inverse des aiguilles d'une montre quelques mois auparavant- refusait de se remettre à marcher au pas. Quant au reste de mon corps, il devait partir rejoindre Paul Shier, Joey Pressey, Dom Marley, Nate Broussard, Danny Renaud et Josh Stewart à Miami, filmer des images pour la vidéo StaticIII, puis Vivien Feil et Alex Klein à San Francisco; et accessoirement revenir avec l'article que vous tenez entre vos mains frêles et toutes tremblottantes d'émotions. Ca ne vous dit vraiment rien? Laissez-moi vous peindre un rapide tableau de la situation.

Enfin, rapide, je m'entends.

Faites chauffer de l'eau pour le café, on risque très franchement d'y passer la nuit.

Miami Vice

Pour ceux qui avaient des doutes, laissez moi vous confier quelque chose: partir filmer et faire des photos quand on n'a pas posé le pied sur un skate depuis trois mois, autant ne pas se le cacher, c'est rarement un très bonne idée pour l'égo. Notamment quand la vidéo en question est la prochaine Static, et que Josh Stewart, réalisateur desdites vidéos, vous y propose une part complète sans vraiment vous avoir vu skater au préalable, aux côtés de types comme Nate Broussard et Danny Renaud. Soit le genre de gars qui, n'ayons pas peur des mots, manient le marteau comme d'autres les fléchettes: ils vous balancent ça par-dessus l'épaule entre deux bières, alors que vous n'avez pas encore eu le temps de vous défaire des crampes aux mollets que les deux heures de voiture jusqu'au spot vous ont gracieusement offertes. C'est donc avec à peu près autant de confiance en moi qu'un hérisson au milieu de l'autoroute que je me suis aventuré sur les terres de Sonny Crockett, Ricardo Tubbs et autres Tony Montana. Et là, à la surprise générale de tous, et à l'encontre de mes propres attentes, j'ai été impeccable! Una machina!! ...Non, je plaisante, j'ai été lamentable. Je me serais cru un petit poussin essayant de picorer du galet de plage. Pitoyable. N'y allons pas par quatre chemins, allons droit au but, des chiffres, nous voulons des chiffres. Soit. Après un solide rendement que m'aurait envié tout le département "comptabilité" de City Stars à la bonne époque -à savoir deux figures filmées en quinze jours-, j'étais à peu près aussi fier qu'un champion olympique qui se serait perdu en route pour les JO. Pour ne pas m'aider, la routine journalière ressemblait à cela: lever aux aurores sur les coups des onze heures du matin, pause déjeuner au mall du coin pour un bagel et un starbucks, trois quarts d'heure de voiture jusqu'au magasin de photo pour acheter des pellicules (enfin, une à la fois, mais j'y reviendrais plus tard), une heure de voiture jusqu'au spot d'échauffement, une heure de flat pour se chauffer, et enfin une heure de voiture pour aller jusqu'au spot inskatable, qui s'est fait rossé par tous les pros américains depuis dix ans d'une part, et par tous les types que Josh y a emmené le mois précédent d'autre part, et dont on risque de se faire jeter en moins de dix minutes. "Vas-y fiston, c'est à toi, fais nous un truc bien!...et...hum...qui n'a pas déjà été fait...c'est-à-dire qu'il te reste le choix entre un McTwist ou un 900...tu as dix minutes". C'est beau l'Amérique. Dans mon pays, quand on se chauffe les muscles des jambes, c'est pour s'en servir juste après, pas pour s'asseoir dessus pendant deux heures en les pliant en sept à l'arrière d'une voiture. Aussi, dans mon pays, on ne va sur un proving ground que lorsque l'on a quelque chose à prouver. Autant dire que généralement, on n'y va pas. Autres pays autres moeurs, dit-on. Pour ma part, je dirais plutôt qu'ils sont complètement perdus. Mais que peut-on attendre d'un pays où un restaurant chic est capable de vous servir un hamburger dans une assiette -sous l'appellation de plat du chef- et de qualifier ça de haute cuisine traditionnelle?

Bref. Toujours est-il qu'après deux semaines à Miami, j'étais prêt à dire à Josh qu'on devrait laisser tomber cette histoire de part pour Static car de toute évidence, je n'en étais pas plus digne que capable; tout comme j'étais à deux doigts de suggérer à tous mes sponsors (vous savez, ces gens qui me versent des millions de dollars US tous les mois en contrepartie de mon incommensurable talent) qu'il serait plus rentable de filer du matériel à un cul-de-jatte manchot. Fort heureusement, je n'en ai rien fait, et aujourd'hui, je roule sur l'or. Tenez, par exemple, pas plus tard qu'hier, je devais m'acheter des pâtes, et bien je ne me suis pas démonté: j'ai pris des pâtes aux oeufs frais.

Un gaz hilarant sous forme humaine.

Mais assez parlé de moi, voulez-vous. (Non, je plaisante, on va continuer d'en parler un peu). A vous écouter, on croirait que j'étais seul et déprimé. Rappelons tout de même que j'étais en réalité suivi en permanence par une troupe de comiques anglais. Ali G venait me tirer du lit, Bhorat me servait mon petit-déjeuner, et FunkyZeit Bruno m'accompagnait jusqu'à la douche, à défaut de pouvoir m'y tenir compagnie. Joey Pressey me caressait dans le sens du poil alors que je m'empressais de me poiler aux non-sens de Paul Shier. A l'entracte, et à défaut de se souvenir de mon nom, Danny Renaud m'offrait une de ses bières.

Puis venait le clou du spectacle: Dom Marley Mesdames et Messieurs! Photographe professionnel amateur de par son statut, et comique troupier de par sa condition. Honnêtement un des types les plus drôles que je connaisse, la plupart du temps volontairement, et parfois indépendamment de son bon vouloir. Le bougre est d'un naturel un peu stressé dès qu'il s'éloigne de plus de quelques kilomètres de son Croydon natal, et le fait que son appartement se soit fait combrioler une semaine avant notre départ pour Miami n'arrangera rien à l'affaire. Il part avec du matériel emprunté à droite à gauche, mais les flashes ne sont pas ceux avec lesquels il travaille d'habitude. La première goutte de sueur froide apparaît sur son front et dévale bientôt sa joue, alors que j'entends son rythme cardiaque s'accélérer jusqu'à atteindre une fréquence que seules certaines voitures tunées des environs de Lille pourraient concurrencer. J'irais bien jusqu'à dire que je pouvais voir les battements de son coeur à travers son pull, mais -allez savoir pourquoi?- vous ne me croiriez pas (et vous auriez tort). Dom est en passe de perdre tous ses moyens.

C'est notre premier jour à Miami. En route pour un smoothie, Dom me fait part de ses premières impressions sur cette ville qu'il n'a pas encore eu le temps de voir: il s'y sent merveilleusement bien et pourrait y rester toute une année. Sortie de sa bouche pour atteindre ses propres oreilles et retourner faire écho dans son cerveau, l'idée lui plaît. Je le vois à son air rêveur. Nous buvons notre smoothie. De rêveur il devient pensif. Et de pensif, il passe à contrarié. Dix minutes plus tard, sur le chemin du retour chez Josh, il me dit vouloir changer son billet pour retourner à Croydon le plus tôt possible. L'idée même d'être à Miami lui est devenue presque insupportable. Nous sommes en passe de perdre tous les moyens de Dom.

Puis vient le moment d'acheter des pellicules pour ces deux semaines à venir. Bof, Dom s'y connait, et si l'on ne compte pas l'heure de voiture pour aller jusqu'au magasin de photo, c'est l'histoire de cinq minutes. Une heure plus tard donc, Dom entre dans le magasin de photo et nous restons dans le van. Josh nous conte les secrets des pyramides d'Egypte, enchaine avec une discussion sur les Franc-Maçons, puis lance un débat sur les origines des attentats du 11 septembre. Au bout de quarante minutes, Dom n'est toujours pas revenu, et nous commençons à nous inquiéter. Alors que je me dévoue (une grandeur d'âme que l'Abbé Pierre lui-même n'aurait pas été le dernier à saluer) pour aller voir s'il n'a pas fait un malaise ou s'il ne s'est pas enfui par une porte dérobée, le voilà qui réapparaît hors de l'établissement, un sachet en papier dans une main et un sourire un peu gêné dans l'autre. Il remonte en voiture et nous repartons sur les chapeaux de roue. Une fois sur l'autoroute, je le vois qui sort deux pellicules (soit de quoi shooter environ deux figures) du sac, et les scrute d'un air contrarié pendant dix bonnes minutes. "C'est tout ce que tu as pris?" m'étonnes-je à voix haute. "Oui, parce qu'une fois arrivé à la caisse, je me suis rendu compte que je n'avais pas pris la bonne marque", me répond-il le plus sereinement du monde. -"Si tu n'avais pas encore payé, pourquoi ne pas être retourné les poser et prendre des films de la bonne marque?" -"J'ai paniqué, Soy. Après, cette marque est tout aussi bien, c'est à peu près la même chose...mais bon. Ce n'est pas ceux avec lesquels je travaille habituellement. Je ne peux pas shooter avec ça. Donc je n'en ai pris que deux. Je crois que je vais arrêter la photo." Ah, donc tout va bien finalement. Me voilà rassuré. L'espace d'un instant, j'ai cru que j'allais devoir faire du skate.

Spring Break à Miami Beach.

Spring Break. Vous savez, cette période de l'année où tous les jeunes américains de moins de 25 ans -et notamment toutes les jeunes américaines, à l'exception peut-être des moches- se rendent à Miami Beach pour se dévouer corps et âme -dans l'ordre- au beach volley, à l'alcoolisme, à la défonce, et au sexe. Les plages de Floride se noircissent de monde, les verres se remplissent de cocktails flamboyants, les peaux brunissent, les joues rougissent et les esprits se grisent. Une accumulation d'amplis crachent un tintamare éléctronique -que certaines chaînes de télé, de concert avec quelques auditeurs sourds, ont l'audace de qualifier de musique- et affrontent du regard l'armée de caméras télé et de techniciens postée en face d'elle. Et sous les yeux des deux camps règne une orgie chaotique de déhanchements indécents, de postures lascives, de tee-shirts mouillés, bikinis minimalistes et autres tenues ne tenant qu'à un fil. Ce ne sont là que les préliminaires. Ajoutez encore quelques degrés d'alcool à la chaleur déjà torride de l'après-midi et vous aurez une idée des soirées. Les tenues habillées du soir ne le sont pas vraiment plus que les deshabillés de la journée, et robes longues comme mini jupes en révèlent autant les unes que les autres; c'est-à-dire que -soyons honnêtes- le grain de beauté le plus intime n'échappera pas à votre regard perçant. Et en toute franchise, il serait dommage de s'en plaindre. L'Amérique est le pays de la démesure. Les filles les plus prudes finissent topless sur les pistes de danse, d'autres s'adonnent à de copieux saphismes pour les caméras de Girls Gone Wild, tandis que les plus libérées (ou les plus vénales, tout dépend) acceptent de tourner dans des petits films amateurs et à caractère très largement sexuel du type de ceux que vous téléchargez sur internet (ne mentez pas: je sais).

Mais je ne vous apprends rien, vous avez du avoir un aperçu de tout ça sur MTV. Je le sais, parce que nous l'avons nous mêmes vu sur MTV. Ah oui, parce qu'avec toutes ces heures passées dans une voiture à tenter de faire des noeuds avec nos jambes, vous vous doutez bien que nous n'avons pas vraiment eu le temps de sortir apprécier tout ça de première main. Ou en tout cas trop peu. Personnellement, j'en ai vu juste assez pour que mon esprit nourrisse les idées les moins décentes au regard de la religion catholique, et refuse de me laisser tranquille jusqu'à San Francisco, ville pour laquelle il est grand temps que je m'envole.

Cinq avions en cinq jours, une escale en altitude.

Je descends d'un avion dans une ville que je ne connais pas. Des panneaux indiquent Seattle Tacoma Airport. Une fille blonde qui m'est inconnue vient me chercher à l'aéroport. Elle ressemble à Michelle Pfeiffer jeune, et veut me faire visiter sa ville d'adoption. Je crois que j'y reste plusieurs jours, mais de la ville, les seules images à imprégner ma mémoire sont celles de scènes figées, au Fish Market et à la fameuse Space Needle. Je revois aussi quelques visites de nuit dans un supermarché désert. Toute sa garde robe est étalée ça et là sur le sol de son appartement. Elle est précieuse, me précise-t-elle. Son lit est défait. Amarrée à un oreiller, elle flotte sur la houle de sa couette, assise, et tapote sur le clavier d'un ordinateur portable. Elle est sérieuse. Le clapotis de ses doigts se mélangent aux potins de Ghostface et de Cappadonna, qui tentent de s'échapper par le biais d'une enceinte. A ses pieds, le long du mur, sont empilés une cinquantaine de bouquins. Dans la prolongation du mur, sous la fenêtre, trône un canapé de velour vert, sur lequel je siège, armé d'une large paire de lunettes de soleil. Je suis Benitio Del Toro dans Fear and Loathing in Las Vegas. Elle rit. A gauche du canapé, une table marque la séparation entre la pièce principale et la cuisine, où de la vaisselle sale s'ennuie dans un lavabo propre. Il fait subitement nuit. Nous sommes dans un bar. Puis dans un autre. Puis dans un club gay. Je suis pourchassé par un videur nazi qui veut m'arracher mon verre des mains. Je suis assis seul dans une rue et semble de mauvaise humeur. Au milieu de la foule, la fille blonde me cherche. Son visage est empreint de panique. Elle est assise à côté de moi. Sa voix est douce et ses paroles rassurantes. Nous sommes chez elle. Je suis dans la cuisine. D'humeur bougonne. Elle me demande ce que je fais. Me dit de venir dormir. Me rejoint. Sa peau est plus douce encore que sa voix. Ses gestes plus rassurants que ses mots. Son regard félin. Elle me débarasse de tout ce qui l'embarasse. Nous sommes dans sa cuisine, nous sommes dans son lit, nous sommes sur son canapé. Nous sommes debout; nous sommes assis; nous sommes couchés. Je suis dans sa bouche et elle est sous mes doigts. Je m'embrase. Je l'embrasse. L'avion amorce sa descente vers San Francisco.

De trombes de pluie en queues de poisson.

Alex Klein et San Francisco m'acceuillent à l'aéroport sous des trombes de pluie. San Francisco est à l'heure, mais Alex a une bonne demi heure de retard. Au fur et à mesure que je vois sa voiture se rapprocher, les étranges formes en mouvement localisées sur la banquette arrière du véhicule se font plus distinctes. Et là Mesdames et Messieurs, mes yeux n'en croient pas leurs oreilles et restent sans voix: je suis un loup tex-averyen qu'un Droopy ne cesse de pourchasser, parvenant toujours à me précéder où que j'aille sur cette planète, eussés-je pris d'innombrables avions et trains pour m'y rendre. A l'arrière de la voiture siège tranquillement -je vous le donne en mille- le seul, l'unique, l'homme aux dix milles surnoms, Pierre Prospero, the man behind the living-levend-the craziest-film-maker-in-Paris, et incidemment ici the man behind the man behind the wheel. Il est à San Francisco avec Sylvain Traverso depuis deux semaines, et la seule parcelle de sol sec qu'ils ont vu jusqu'à présent se trouve dans les murs du skatepark Girl, à L.A., d'où la voiture d'Alex les reconduit tout juste. Ils repartent dans trois jours, mais le soleil ne daignera réapparaître que la semaine suivante, soit quelques jours après l'arrivée de Vivien.

Vivien et moi dormons tour à tour chez Alex -chez qui nous avons une chambre chacun- -voire une salle de bain chacun- -voire même un étage chacun-, chez Richard Hart et Jessie Van R. -chez qui nous avons respectivement un canapé et un tapis de sol-, ou dans les bureaux de I-Path -où Kenny Reed a élu domicile pour son passage en ville, et où nous avons respectivement un tapis et une parcelle de plancher sous un bureau.

Le rythme est très différent de celui de Miami. Si nous visitons régulièrement les voitures d'Alex et de Will Harmon, le plus clair de notre temps est passé à descendre des rues inclinées à plus de 45° Celcius, tout en tentant du mieux que nous pouvons de rester en vie -exercice moins bien simple qu'il n'y parait sur le papier. Nous dévallons des vallées avec David Luraschi l'après-midi et buvons des ballons avec Ocean Howell le soir. Flattons le sol de Newbarcadero avec Marc O'Brien un jour et nous félicitons de la compagnie de Cairo Foster le lendemain. Jouons les équilibristes avec Nikhil, et les contorsionistes avec Strubing. Partageons notre fromage avec Matt Irving et notre vin avec Lindsay. Déblatérons quelques lines pour Satva et quelques singles pour le grand frère Duffel. Dînons japonais avec Kenny et mexicain avec Reed. Nous participons même au tournage d'un petit court métrage Element, FishTales, dirigé par Jeremy Fish et mon ami Matt sus-mentionné, dans lequel, avec d'autres skaters de la baie, nous skatons une planche poisson -dans le sens le plus littéral du terme-, déguisés en pêcheurs (pour ceux que ça intéresse, youtube devrait vous fournir ça)(pour les autres, passez discrètement au paragraphe suivant, je ne m'en offusquerais pas). Mais bon, avouons que notre activité principale durant ces trois semaines restera le basket de salon. Activité pour laquelle je me suis découvert un véritable talent. Cela dit en toute modestie.

Je ne me souviens pas avoir fait une figure de skate plus correcte en trois semaines à San Francisco qu'en deux semaines à Miami, mais ce dont je me souviens, c'est de m'être rendu compte que cela n'avait aucune importance. D'ici ne serait-ce que cinq ans, je ne me souviendrais ni des tricks que j'ai rentré, ni de ceux que j'ai loupé. Ce dont j'espère bien me souvenir par contre, c'est de tous les gens que j'ai eu la chance de rencontrer et des moments j'ai pu partager avec eux, avec ou sans planche de skate. Voici mon journal intime.

Un grand merci à: Anders et Travis de Planet Earth clothing, Josh Stewart, Dom Marley, Alex Klein, Richard Hart, Jessie Van Roechoudt, John Trippe, Matt Irving et Lindsay Upshaw, Satva Leung, Steven Duffel, Darin Howard chez Deluxe, Will Harmon et tous ceux que j'ai oublié.

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La Classe Américaine (SUGAR magazine)

Tout cela s'est passé si vite. Aujourd'hui encore, j'ai du mal à me remémorer la scène sans un pincement au coeur. Avec le recul, je me dit que j'aurais pu éviter la situation, tourner les talons, dire "non". Mais j'étais jeune et naïf. Vulnérable. Influençable. Et j'en paie le prix fort...

Hiver 2002. Je suis jeunesse; je suis innocence (et accessoirement je suis plutôt beau mec, autant ne pas y aller par quatre chemins). Je connais David [Couliau] depuis 6 mois. Il a gagné ma confiance, me carresse dans le sens du poil, me flatte. En d'autres termes, il me tient. Quand il m'invite à passer quelques jours chez lui, à Nantes, je ne vois rien venir. Nous faisons du skate, nous rions aux larmes, nous mangeons des glaces au ralenti et faisons de longues ballades main dans la main sur la plage, sur fond musical de Glenn Mederos...humm. Non, attendez, je me suis peut-être un peu emporté là. Bref. Nous faisons du skate et nous rions. Je vis, sans m'en rendre compte, les dernières heures de mon insouciante jeunesse. Jouis de mes derniers moments en tant qu'homme libre et maître de soi. Bientôt, tout cela ne sera plus qu'un doux souvenir qui me semblera bien vite irréel et lointain. Bientôt, mon corps d'enfant propre sera projeté malgré moi dans l'enfer du monde adulte, sale et répugnant.

"Viens, on va chez moi, il faut que je te montre un truc", me dit-il, le ton rassurant, mais l'oeil qui brille. Il sait. Il est tombé avant moi, et trop faible pour se relever, il veut m'entrainer dans sa chute. Quand il glisse la cassette dans le magnétoscope, à 3h et demi du matin, je suis un peu réticent. "Je ne crois pas que mes parents seraient d'accord", "Non, laisse tomber, ça ne me dit rien". Rien n'y fait. Je suis faible et fatigué et il le sait. "Allez, vas-y, on en regarde juste 5 minutes, et après je te laisse dormir..." Je passe en revue les problèmes familiaux, scolaires, sociaux, amoureux. Tout se bouscule dans ma tête, tout me semble d'une envergure démesurée. Et tout va beaucoup trop vite. Il me faudrait des jours, des semaines pour venir à bout de ma tourmente. Mais David appuie déjà sur "Lecture" et mon avenir est scellé.

Les images s'agitent devant mes yeux comme d'enivrant feufollets. Nous regardons le flim en entier. Je ris de mon dernier rire d'enfant. Je suis Georges Abitbol, je suis Dave, je suis Peter, je suis Steven. Je suis Alice Au Pays Des Merveilles. Je me sens bien.

David, le sourire en coin, me tend une copie. Plus dure sera la chute.

De retour à Paris, je me refait un visionnage. Je ris encore plus que la première fois. Me sens encore mieux. Bientôt, au moindre problème, à la moindre contrariété, je sors la cassette de sa cachette. D'un visionnage par semaine, je tombe à trois par jour. Je deviens un fantôme, ne sors plus de chez moi, n'ai plus de relations sociales, mange mal, n'ouvre plus les volets. Ne m'habille plus. Je ne me lave même plus les joues. Je me contente de passer d'un visionnage à un autre, me complaisant dans ma déchéance et dans ma crasse. J'ai renoncé aux vicissitudes du monde réel au profit de celui de Georges. Je suis heureux d'une joie artificielle et je risque bien d'en crever. Monde de merde.

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India article sidebars (full version) (KINGPIN magazine)

Her Majesty the Holy Indian government...

As those of you who have once mistakenly set foot in a history class and managed to stay awake might remember, India has for quite some time been a colony of the United Kingdom, where -to sum it up briefly-maharajas were promised protection by the British forces -mainly from the British forces too- would they starve their people to death by taxing them of all the produce they would grow, and give a large percentage of it to Her Majesty the Holy Queen, along with a well executed bow on the way out. Judging by the many palaces that have grown on India's dry soils, I would say the maharaja's side of the deal wasn't so bad. It just wasn't too good being a farmer. 

The way it worked is people would pay taxes to the British kingdom, via the maharajas, and in return, they would get the right to stay alive. Fortunately, when the country recovered its freedom from British occupation in 1947, thanks to a clever man's non-violent fight, things changed drastically, so that nowadays, people pay taxes to Indian politicians, and in return, they get the right to stay alive and to wonder, from the confinement of their living room, where the money is going -since drinking water, clean roads, or electricity supply (to name a few), are still nowhere to be seen. The rest hasn't changed too much. Indian politicians have merely replaced their British invaders and adopted their colonialist ways, and the population -divided as it is in millions of people of different casts and religions, all too busy trying to work for the relative amelioration of their own life instead of gathering to fight for a common goal (thanks to Hinduism's teachings)- is expected to jump around in amazement when its corrupted leaders deign lift a finger. Which, let's be honest, they rarely do.

Unfortunately, the colonialist mentality is not the only thing that India inherited from its former rulers. As a goodbye kiss, those brit brats left something that was going to pollute Indian life more than any nuclear plant ever could: bureaucracy and paperwork, which submerge every action you undertake. While office workers will try as best they can to emerge alive from the thousands of tons of paper they're crumbling under behind their desks, you'll be filling in more forms and waiting in line for decades feeling arthritis slyly coming to get you.

"Blame yourself", or how reincarnation keeps the sad happy enough and the masses quiet.

This is pretty good. I'd love to shake hands with the genius who came up with that brilliant idea and managed to have it accepted by millions of people and for thousands of years. Take notes, you young geniuses out there, for if you want to make a name for yourself, you're going to have to one up this.

See, the way reincarnation works is that your behaviour in this life reflects in the quality of your future life. So basically, the better you behave, the better your future life will be. Easy. But wait, there is more. Turn this around and there appears the real genius of the concept: if your current life is a nightmare, you can only accept it and blame yourself, for you are merely paying for the bad things you did in your previous life. Who are you going to riot against if you're the only person responsible for your own misery?

So while the rich candidly enjoy their easy life and despise, or at best pity, the poor and miserable –not without a sense of pride for their previous lives behaviour-, the poor and miserable -whose daily life my brain, in an effort to keep its sanity, has long ago forbid me to even try to imagine-, have no choice but to accept the harsh reality of their life and to docilely behave as good as they can in hopes that their future life will be better.

Actually, now that I come to think of it, I wouldn't be too surprised to see the guy who thought of this at the head of the Nike Corporation; for there sure are some striking similarities in the structure.

"Mind your step".

Whoever has stepped on Indian soil before has been shocked by how hard it is to not step on an Indian beggar at the same time. They are basically everywhere, knocking at your window breathing exhaust pipes with a two year old baby in their arms when your car is stopped at a red light, limping alongside you on the street with missing hands, or simply lying left and right on their stumps and broken legs at every street corner. To make a long story short, mass poverty is literally in your plate, sitting next to your rich Indian dish, and it quite frequently steals your appetite. There is not much you can do about it, and sadly enough, there is not much you should do, besides sharing your food when stumbling upon 'real' starving beggars (easy to spot: they're the ones who won't go "Oh, not one of those again…"). Before giving away your rupees, think of what your actions will support and enhance. Indeed, what renders the atrocities even harder to bear is not as much their abundance or acceptance, than what caused them in the first place. Mendicity is not only cultural in India; it has become an organized business.

Indeed, in Hinduism, as opposed to Protestantism, work ability is seen as a mere survival tool, rather than a mean to better life in society. With the notion of service to the others absent from Hindu moral values -which chose to emphasize on not interfering with others instead-, what started with considering normal that meditating Holy Men should beg for their food, soon turned into mendicity becoming a job like any other. And to face the fierce competition that rules the streets of big touristy cities, what better idea than to give your line of descent a little advantage by physically deforming them, so as to render them more pitiful to the foreigner's eye? A couple broken bones at birth will ensure a better position on the market, no doubt; mutilation is fashionable these days, I heard.

Feed a civilization with peaceful concepts and it will spit out cruelty with violent ease.

Thousands of year's worth of scientific knowledge depicted in religious symbolism, on its way to be thrown out the window.

Have you ever thought of why Ganesha was represented as a man with an elephant's head, of the various concepts underlying the story of his cut-off and glued-back head, of why Nataraja (whose representation you might be more familiar with than his name) was always depicted dancing, or how the concept of reincarnation originated? Well, unfortunately, the vast majority of the world population is in your case. Sadly enough, India is a gathering of millions of people who have long ago given up on trying to decipher the hidden messages their culture has been trying to keep alive for the past four thousand years.

- "What?! He's got the head of an elephant!?! Now that is really something!! Let's all sit down and pray!"

India is obviously not the only faulty one indeed, or early philosophy would not have turned into the many brain locking religions our kind has found necessary to surround itself with. Why try to understand, when it is so much easier to believe?

It is just rather sad to think that -encrypted in meaningful depictions easier to communicate to the uneducated masses than complicated notions- early understanding of biology (like tissue graft as showed in Ganesha's transplant, for instance), chemistry (if Ganesha is again a good example, for he is not a human anymore, nor an elephant, but a completely new entity born out of the creative destruction of two other entities, a concept that underlies all creation; the notion of reincarnation is another good one, with the recycling of molecules from one form of life to another) or of physics laws (the perpetual movement of the universe and all of its component and the non-existence of still matter, as represented by Nataraja's dance), are nowadays being looked upon as merely kitsch art pieces by some or blindly worshiped by others.

Don't be vulgar: keep your brain switched on.

3:36 PM - 1 Comments - 2 Kudos - Add Comment


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