Que du vent

Absinthe

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Sep 2, 2008

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Thursday, June 05, 2008

Deux soeurs... Les expertes
Current mood: procrastinatrice

Deux soeurs... les expertes


Une ville de province. Il fait gris clair. Un ciel uniforme sans nuage. Ou plutôt avec un seul grand nuage blanchâtre. Nous sommes près de la gare. Il n'y a pas un chat.

Le décor : une pizzeria-grill-au-feu-de-bois avec des serveurs au vrai-faux accent italien et des tables aux vraies nappes en plastique couvrant des cartes de la Botte.

Le mois : entre octobre et novembre, le week-end de la Toussaint. Ca n'est peut-être pas un week-end, mais qu'importe, puisque tout le monde est venu passer un moment ensemble avant de déposer les fleurs, les pots de fleurs, les pensées et les larmes au cimetière.

Les protagonistes : une dizaine d'adultes assis autour de la table. Au bout, une petite fille de quatre ans qui fait des coloriages. Nos deux héroïnes, elles, ont pris place du même côté de la grande table, face à leurs filles, loin de la porte et des courants d'air. L'aînée, 80 et des poussières, a commandé la première, comme toujours, et sa cadette, 80 et un peu moins de poussière, a pris la même chose. Entre elles deux, la petite fille de l'aînée, qu'elles ne voient jamais parce qu'elle est à Paris, « alors il faut bien qu'on en profite ». Elles prétextent leur mauvaise oreille et s'abstiennent de participer à la conversation.

Mais soudain on parle séries télé. Les deux cousines, assises en face, s'échangent des infos sur les desperate housewives. L'ainée les interrompt.


L'aînée.C'est quoi ça, Desperate Housewives ?

Sa fille. – C'est une série. Sur quatre voisines dans une banlieue américaine. Elles...

L'aînée, l'interrompant. – De toute façon, moi, je ne regarde pas ça. Je n'aime que les policiers.

Sa fille. – Tu regardes quoi maman ? FBI portés disparus ? Cold case ?

L'aînée. – Non, moi, j'aime les séries américaines.

Sa fille. – ???

L'aînée. – Moi, je regarde les Experts Miami

La cadette. – Moi aussi, j'adore...

L'aînée. – C'est bien fait, ils expliquent tout. Ils arrêtent toujours le meurtrier...

La petite fille, étonnée. – Miami, vous aimez bien ? Moi je préfère Les experts Las Vegas, c'est moins clinquant, et puis surtout il n'y a pas cet insupportable David Caruso.

Les deux soeurs, en choeur. – Qui ça ?

La petite fille. – David Caruso. Le roux. Celui qui joue le rôle du chef de la po...

Les deux soeurs, en choeur. – Horatio ? Tu n'aimes pas Horatio ?

La petite fille. – Non, je trouve qu'il ne joue pas. Il est trop placide. Et puis le personnage donne des leçons en permanence. Il a toujours raison. Il protège la veuve et l'innocent, c'est agaçant à la fin.

L'aînée. – Mais c'est ça qui est bien. Il est là, calme...

La cadette. – Rassurant...

L'aînée. – Posé...

La cadette. – Et beau !

La petite fille, interloquée. – Beau ? Vous le trouvez beau ?

L'aînée. – Oui, beau, et puis posé. On doit se sentir en sécurité dans ses bras.

La cadette, rêveuse. – Je m'y laisserais bien aller, moi.

L'aînée. – Et puis il joue bien. Vraiment bien.

La petite fille, s'emportant. – Mais il joue pas. Jamais ! Il se contente de pencher la tête sur le côté en murmurant des trucs et en prenant l'air concerné. Même le doubleur ça l'endort. La preuve, il est en permanence sur un ton monocorde. Y'a jamais de relief, rien, pas d'émotion.

La cadette. – Mais c'est ça qu'est bien. Il est sobre

L'aînée, doctement. – Il n'en fait pas trop. C'est pour ça qu'il joue bien. Et puis il a l'air doux. J'suis sûre qu'il fait des câlins mon Horatio.

La cadette. – Pour moi, c'est simple, Horatio c'est le meilleur acteur du monde. DU MONDE !

8:29 AM - 2 Comments - 2 Kudos - Add Comment

Saturday, February 23, 2008

Premier métro
Current mood: drunk

Ca faisait longtemps. très longtemps. que je n'avais eu pour m'accueillir les marchands de volaille et les maraîchers du marché. Que je n'avais fait le tour du cadran. Il fallait une bonne raison. L'introduction des vacances corses en était une, l'eau de vie de chataîgne une autre, et les camarades amis vacanciers de ce soir ont achevé de me convaincre. A force de Colombu, d'alcool blanc, puis de bière, me voilà rendue. Presque légère, très grise, au petit matin bleu noir. Pas blême mais piquant, pas solitaire mais vivant. C'est l'heure du rossignol qui niche dans ma rue, il chante sans se lasser. Et celle de mes voisins matinaux. J'ai faim, j'ai sommeil. Et rendez-vous tout à l'heure à la Colline.

Merci mes compères.

Rendez-vous sur l'île.

9:39 PM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Thursday, January 03, 2008

les visiteurs du soir 2 - en rouge et noir
Current mood: enthralled

Je n'ai pas su comment l'insérer dans le blog précédent, mais finalement je ne résiste pas.

Une nuit, j'ai combattu George Clooney, serrée dans une combinaison de cuir, en déployant toutes mes armes de full kickboxeuse de la mort. C'était un rêve en rouge et noir - je rêve en couleur - et nous étions sur le toit d'un train lancé à pleine vitesse dans des tunnels post apocalyptiques. Lui et moi enchaînions les coups les plus délirants, des high kick retournés avec double flip au direct dans ta face, en passant par le coup de coude sans regarder son adversaire. Le coup de coude sans regarder son adversaire s'effectue de dos, c'est un geste élégant pour lequel j'ai une vraie préférence. Il donne l'impression d'une maîtrise totale du combat. Le mieux, c'est encore d'immobiliser le coude pour bien montrer que l'on prend son temps et que l'on domine la situation. Un peu comme le torero qui tourne le dos au taureau, réclamant l'ovation du public juste avant de donner l'estocade.

Bref, nous étions des pros. Nous nous battions avec l'énergie du désespoir pour une très bonne raison : il était un vampire, et moi une chasseuse de vampire.

Après au moins quinze minutes oniriques de combat (une minute onirique correspond à environ un centième de seconde en temps diurne), j'ai fini par avoir le dessus. Je le tenais à ma merci, mon talon (oui, dans ce rêve je portais des cuissardes en cuir à hauts talons, tout l'attirail pour un combat à la loyale quoi !), mon talon, donc, posé sur sa gorge. Nous étions tous les deux couverts d'ecchymoses (si tant est qu'un vampire puisse avoir des bleus) et de sang. Quand, mûe par je ne sais quelle impulsion, je l'ai sauvagement embrassé au lieu de lui planter un pieu dans le coeur.

La suite, vous la trouverez dans n'importe quel épisode de la saison où Buffy vit une aventure assez violente avec Spike la sixième ou la septième je ne sais plus.
Quoi qu'il en soit, demain, c'est décidé, j'attaque Joss Whedon pour plagiat.

12:33 PM - 5 Comments - 4 Kudos - Add Comment

Monday, December 31, 2007

les visiteurs du soir
Current mood: mellow

L'oreiller s'est imprimé sur ma joue, le drap a tout froissé mes seins. Incrustée dans le lit, je suis bien. Je ne veux pas émerger. Non, pas encore. Je veux rester encore un peu dans cette zone floue, où je crois pouvoir replonger dasn mes rêves. Quand les dernières volutes ne sont pas encore dissipées et que j'ai encore sur les lèvres le goût d'herbe et de vanille que mon visiteur y a laissé. Quand je me réveillerai tout à fait, alors je saurai :

  1. Que l'auteur de ce baiser n'a jamais existé ;

  2. Qu'il existe dans un endroit inaccessible au commun des mortels : sur un écran de cinéma, sur une scène ou derrière un instrument de musique ;

  3. Ou, la pire des pires des configurations, qu'il existe bel et bien, tout près de moi, à portée de main et de bouche, et que jamais jamais je ne saurai le saisir.

Une jolie frustration à la clé. Pour un baiser volé dans un monde parallèle, pour une caresse échangée derrière un écran de fumée, pour une nuit passée emmêlés et vivants, combien de troubles, de regrets et de désirs douloureux au réveil ? Pour un visiteur qui laissera un sourire sur mes lèvres pendant plusieurs heures, combien qui me feront rougir dès que je les croiserai dans cette réalité ?

Je soupire. Oui, je soupire. Après Yannick Noah d'abord. Qui a tenté de me convaincre toute une nuit de chanter au prochain concert des Enfants de la terre, prétextant que j'avais une jolie voix. Et qui a fini par sceller cette supplique par un baiser. Celui-là même qui a laissé le goût de la vanille et de l'herbe une fois le jour retrouvé. Tu étais convaincant Yannick, et je dois l'avouer, j'y ai même cru. Mais où sont tes belles promesses aujourd'hui ? J'attends toujours ton coup de fil et ce duo que tu m'a promis.

Tu es pourtant le moins coupable. Que dire de celui qui le lendemain d'une nuit folle, passée à s'aimer une première et une dernière fois avant de mourir tragiquement mais courageusement, ensemble, dans une guerre sanglante et stupide (oui, mes rêves sont construits comme des mélodrames, où Eros, Oniros et Thanatos se donnent rendez-vous). Que dire, donc, quand cet homme de ma vie nocturne m'ignore totalement le lendemain en me croisant dans les couloirs du bureau ? On a quand même vécu quelque chose de fort ! Mon ami, je te le dis bien en face, surtout sachant que tu n'erres pas sur internet et que tu ne risques pas de te reconnaître : C'est nul, tout bonnement nul !

Et toi qui me trouble aussi le jour, et qui profite du fait que dans le sommeil je baisse la garde pour me laisser t'avouer que j'aimerais bien aller plus loin avec toi. Comment faire, quand, sous le soleil, je me rappelle que tu n'es plus vraiment disponible ?

C'est clair, mecs de mes rêves, vous n'assumez pas mes nuits ! Donc, s'il vous plaît, je vous dispense de me visiter. Du moins pas trop souvent. Du moins pas ce soir. Ou alors si vous en avez vraiment envie, vraiment, vraiment envie. Bonne nuit.

10:19 AM - 6 Comments - 10 Kudos - Add Comment

Saturday, October 27, 2007

magic random 3 : thrilling random

Bon, le décor, on le connaît : Paris, la nuit. Les accessoires : un vélib qui crisse et un i-pod rouge vissé et revissé sur les oreilles. L'itinéraire, je crois que je peux maintenant l'appeler le mien : du sud ou du centre de Paris vers Bastille, puis la rue de la Roquette jusqu'au Père Lachaise. Et de là, tout droit, la descente vers Belleville.

C'est encore au Père Lachaise que tout s'est joué. J'arrive péniblement au bout de la côte de la Roquette, et là, dans mes oreilles, une porte grince avant les premières mesures de Thriller. Ah... je longe le cimetière, et cette voix sépulcrale qui a terrorisé mes sept ans, et les cinq ans de mon frère que j'obligeais à rester près de moi pour regarder ce clip fascinant, la voix de Vincent Price : " Darkness falls across the land. The midnite hour is close at land Creatures crawls in search of blood. To terrorize y'awl's neighborhood....  And grizzly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom..."

Bon, j'ai beau ralentir, j'ai beau chercher, les tombes semblent refuser de s'ouvrir sur les goules et les zombies promis. Aucun revenant assoiffé de sang, pas l'ombre de l'ombre de Jim Morrison, ni de Victor Noir. Les abords du cimetière restent calmes et tranquilles

Tant pis !

5:05 PM - 1 Comments - 2 Kudos - Add Comment

Thursday, October 18, 2007

C’est pas Jasseron, mais on s’en approche.
Current mood: productive

 

Deux soeurs


Un cimetière à la périphérie d'une petite ville. Il baigne dans un chaud soleil d'automne. Les tombes, vieilles et jeunes, s'y laissent réchauffer. Les haies sont taillées, les allées sablées sont bien rectilignes, numérotées. Elles se croisent à angle droit.

Trois silhouettes dans l'allée principale. Devant, les héroïnes, deux vieilles dames. Elles marchent bras dessus bras dessous. Elles vont d'un bon pas. Elles sont soeurs. Pas jumelles, mais pas loin. Elles ont un an d'écart. Est-ce que ça compte encore, à 81 et 82 ans ? Oui, ça compte encore.

L'aînée parle sec et haut. Ferme. Elle se tient droite, elle se surveille. Taille fine, pas un kilo de trop, pas un kilo de moins. Aujourd'hui, elle a juste pris une petite tenue de ville. Une jolie veste, de très bonne coupe, sur un pull fin. Une jupe droite, cintrée, qui descend sous le genou. Pas au dessus. Au dessus c'est vulgaire passé un certain âge. Mais pas trop bas non plus. Pour qu'on voit quand même ses mollets de danseuse. Des mollets parfaits : pas un poil, pas une varice qui ne les défigurent. Des mollets de jeune femme galbés dans des bas fins, gris perle. Les pieds sont cambrés dans des escarpins. Un carré bien peigné, un maquillage léger complètent l'uniforme.

A ses côtés sa cadette. La silhouette est un peu plus voûtée, la jupe plus large et longue, les chaussures sont plates. Un gilet bleu marine est fermé sur un chemisier blanc. Lui aussi fermé jusqu'au cou. Une croix ouvragée brille sur sa poitrine. Elle porte ses lunettes et son sac à main.

Leurs visages ont été jolis. Ils sont encore beaux.

Derrière elles, la petite fille de l'aînée. Elle a trente ans, elle sourit. Il fait beau. Elle aime bien ce cimetière. Et ça leur fait plaisir à toutes les deux qu'elle les accompagnent. Elles sont en forme aujourd'hui.

Tout en descendant l'allée, les deux soeurs discutent.


La petite fille.C'est la tombe du maire là non ?

L'aînée. Oui, c'est la sienne.

La petite fille. – Hé ben, cette pierre, sans aucune inscription, c'est plutôt discret pour un homme d'Etat.

Les deux soeurs. – Il était comme ça... simple !

La cadette. – C'est bien, non, cette pierre brute ? J'aime bien.

L'aînée. – Oui, c'est moins salissant.


La cadette. – C'est la tombe de la pauvre Danielle ?

L'aînée. – Oui, c'est bien la sienne.

La cadette. – La pauvre, 51 ans tu te rends compte ? Pauvre petite cousine. Elle était gentille.

L'aînée. – Oui, plus que sa soeur là, l'autre, comment elle s'appelle déjà ?

La cadette. – La Martine ?

L'aînée. – Oui, la Martine. Elle était bien un peu bizarre elle. Un peu sèche, pas très aimable. Et puis cavaleuse ! Qu'est ce qu'elle a cavalée !

La cadette (malicieuse) – Comme disait papa, une fille fidèle, mais quat' sabots au pied du lit.

L'aînée. – Qu'est-ce qu'elle est devenue la Martine ? On a plus de nouvelles.

La cadette. – Elle est ptet' ben morte.

L'aînée. – Ptet' ben.

La petite fille. – Vous l'auriez su quand même !

L'aînée. – Ben par qui ? De ce côté-là de la famille, ils donnent plus de nouvelles. Ils appellent jamais ma ptite fille.

La petite fille. – Par son frère...

L'aînée. – Le Jean-Jacques ? Ben je l'ai pas depuis... Ouh...

La petite fille. – Par maman peut-être.

L'aînée (catégorique) : Comment elle le saurait ta mère ? Non, ils donnent plus de nouvelles, ils donnent plus de nouvelles, c'est tout !


Elles parlent, parlent encore et tournent dans l'allée. Elles ont atteint leur but. Une seule concession pour deux tombes identiques, côte à côte, en pierre de lave noire et brillante. Dessous dorment leurs maris. Elles voulaient être à côté l'une de l'autre et ont réservé la place. Mais les deux Georges les ont précédées. Sur les pierres, des plaques des enfants, des petits enfants, des musiciens, des anciens combattants. Et des fleurs. Artificielles, parce que ça tient plus longtemps. Elles regardent les tombes.


Les deux soeurs, en choeur. Bonjour mon Jojo.

L'aînée. – Comme c'est sale !

La cadette. – Plein de poussière.

L'aînée. – C'est le vent, ça, et cette pluie du désert. Ca nous amène du sable. Et puis avec ce noir, on voit tout.

La cadette. – Mais qu'est-ce que les gens vont penser ? Qu'on vient pas souvent. J'suis pourtant venue l'autre semaine avec ma Régine. Mais y'a rien à faire. Heureusement j'ai apporté un chiffon. (Elle tire un chiffon blanc d'un sac en plastique).

L'aînée. – Elles sont belles ces fleurs que je t'ai achetées pour ton Jojo quand même ! Les jaunes, là, c'est gai.

La cadette. – Ben c'est pas les tiennes. C'est mon Damien qui les a offertes pour son papy.

L'aînée, montant d'un ton – Ah ben c'est les miennes, je reconnais quand même !

La cadette, idem – Ben je sais quand même qui les a offertes, c'est mon Damien je te dis.

L'aînée, sèchement – Tu vas quand même pas me dire que je ne reconnais pas les fleurs que j'ai offertes ?


Silence.


La cadette. – Ah ça, mais il en manque !

L'aînée. – Mais oui !!!

La cadette. – C'est pas dieu possible, mais on nous les a volées !

L'aînée. – Mais dans quel monde on vit ? Dans quel monde on vit ? Voler des fleurs dans un cimetière...


Elles scrutent les tombes alentours.

L'aînée, désignant un caveau voisin – Ca serait-y pas celles-là les nôtres ?

La cadette. – Tu crois ?

L'aînée. – Je sais pas, mais il en manque c'est sûr.


Un temps d'hésitation. Leur regard revient sur les tombes jumelles.


La cadette. – Bon, je vais nettoyer.

L'aînée. – T'as raison. Ca sera fait.

La petite fille. – Laisse tata, te baisse pas, je vais le faire.

L'aînée (bas, retenant sa petite fille par le bras) : Mais laisse donc, laisse donc, sa Régine viendra bien le faire la semaine prochaine.

La cadette. – Tiens, ma fille, voilà un deuxième chiffon, t'as qu'à t'occuper de celle de ton grand-père.


Tout le monde s'affaire. Puis juste la petite fille, d'une tombe à l'autre. Des exclamations rythment son travail : « Quelle poussière ! », « Nettoie bien sous les plaques ! », « Fais attention ! », « De toute façon ça servira à rien, il va pleuvoir dans deux jours. »


L'aînée. – Ah c'est bien ça brille !

La cadette. – Une bonne chose de faite. (un blanc) Oui, mais il y a les traces d'essuyage...

L'aînée. – C'est le noir, ça. C'est joli, mais ça marque.

La cadette. – Et puis avec toutes ces plaques, ça fait des traces. La prochaine fois j'emporterai du savon.


Elles reprennent leur chemin, bras dessus, bras dessous.


La cadette. – De toute façon, moi j'ai prévenu mes enfants. Quand je mourrai...

L'aînée. – Ah... N'en parle pas. Rien que d'y penser, ça me serre.

La cadette. – Faut bien y penser. A nos âges..

L'aînée. – Non, je veux pas. Je préfère ne pas penser que ça va arriver.

La cadette. – Oh ben moi j'm'en fous ! (plus fort !) J'en ai rien à fout'. Rien à fout'

L'aînée. – Mais tais-toi donc Lili, j't'ai dit que je voulais pas en parler.

La cadette. – Mais enfin ma Julie, c'est la vie !

L'aînée. – Ah non, c'est pas la vie. C'est pas la vie. C'est tout le contraire, c'est la mort.

La cadette. – Enfin, j'disais... Quand je mourrai, moi, je veux pas de plaque. Rien. Même pas une croix. Je veux juste une Sainte vierge. Parce que moi, je suis très Sainte vierge. (Elle insiste). Très Sainte Vierge

L'aînée (péremptoire) : C'est nouveau ça ! Très sainte Vierge ! T'es pas sainte vierge toi !

La cadette. – Mais si. Mais si. Moi je la prie tout le temps la Sainte Vierge.

L'aînée, s'emportant – T'es Sainte Bernadette toi ! C'était la maman qu'était Sainte Vierge, mais toi t'es Sainte Bernadette. T'es deux fois par semaines à Saint Gildard pour prier la Bernadette. Alors ?

La petite fille. – Ben c'est bien un peu pareil, puisque Bernadette a vu la Vierge...

L'aînée, l'interrompant – T'es pas Sainte Vierge !

La petite fille, poursuivant – ... elle intercède auprès de la Vierge.

L'aînée. – Puisque je vous dis qu'elle est pas Sainte Vierge !

La cadette. – Mais si ! Mais si !

L'aînée. – Non !

La cadette. – Si !


Fin.

10:45 AM - 5 Comments - 4 Kudos - Add Comment

Saturday, October 06, 2007

magic random 2

    De retour du concert "ouvrez les guillemets", je longe le cimetière du père lachaise toute seule, droite et fière comme un bar-tabac sur mon vélib. A droite, les tombes bien rangées et les fantomes tranquilles. A gauche, deux trois voitures qui rejoignent l'une des fêtes de la nuit blanche. Soudain, dans mon i-pod : "bicycle ! bicycle ! I want to ride my bicycle, I want to ride my bike". Merci Freddy, my moyenne s'est envolée : Bastille-Belleville en moins de vingt minutes.

4:53 PM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

freud n’est pas tout-puissant

Dialogue de fin de soirée, après trop de narguilé :
- Elle est bizarre quand même et puis t'as vu comment elle se tient ? Toute voûtée, toute bizarre avec ses cheveux qui lui masquent le visage. Il faudrait qu'elle voit un psy.
- Elle est moche ! Ca se soigne pas avec la psychanalyse.

4:47 PM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Thursday, August 23, 2007

magic random

Les hommes c'est leur voiture,

Moi c'est mon i-pod.

Un petit coup de random et c'est l'extase, l'orgasme, le nirvana.

C'est même Broadway si Reiser veut bien ressusciter dans mon verre de Bordeaux.

Un exemple.

L'autre nuit, folle nuit, je rentre, moitié vélo/vélib, moitié métro, moitié mes pieds

J'ai bu... un peu. J'ai écouté... Gershwin. J'ai ri... Mark Twain. Et nous étions trois, Pierrot, Véro et moi, pour partager ça.

En rentrant, délicieusement seule pour me remémorer mes heures passées en bonne compagnie, je branche mon lovely red i-pod compagnon. Et lui chante pour me faire plaisir

Violently Happy... but you're not here
violently happy
come calm me down
before i get into trouble

C'est ça. C'est précisément, exactement ça. C'est si juste que ça me poignarde. Ca fait mal et c'est bon. Je souris sous les larmes. Je chante, je danse dans le passage désert. 

Encore ce matin,

Toujours dans le bel état d'une soirée sans fin, je me décide à visionner roots 67. Je l'ai gardé, gardé, gardé sous le coude, pour le regarder au bon moment, et c'est là, maintenant. J'ai bien fait. Les Beatles ont été convoqués toute la soirée mais Franck Monnet, qui donne le dernier la, les invite avec classe : I read the news today oh boy...

Arrivée dans le métro, je colle les écouteurs à mes oreilles. Une liaison bien étanche, un mur de musique. Et sans que je donne un seul indice, c'est Paul qui commence... I read the news today...

Magique je vous dis.  

5:25 PM - 0 Comments - 0 Kudos - Add Comment

Gare à la descente

Sur les planches

Point de salut

Sans vous

Soeurs, bourreaux, tortionnaires, compagnons,

guide, mari, amant aimé…

Même seule plateau nue, je ne suis pas seule

Puisque vous êtes là

En coulisse.

Comment pourrait-on dire alors que je suis seule

Quand le monde entier est là pour me regarder ?

Partenaires, compagnons, complices.

 

Hors les planches,

Je vous salue

Milady légère, tendre et féroce

Pierrot tannique et profond

Cyrano mondain mais grave

Véro lucide et si drôle

Sage hellène séduisant

High teacher, hi teacher, hi !

Les bulles ont coulé

Sous la dame qui scintille,

Appellé les larmes

De joie

Les chansons

Les padam padam padam

 

Après les planches,

Que faire ?

Reprendre le cours devenu fade

De ma vie à moi ?

J'essaie.

Mais le monde s'est réduit à trois dimensions

Fini l'éclat

Envolée la syncope

Vous m'avez manqué tout l'été

Enfants de troupe

Vous me manquerez encore.

 

Merci Shakespeare pour les emprunts

4:46 PM - 2 Comments - 2 Kudos - Add Comment


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