Manifeste pour l’abolition de l’apartheid international
Depuis plus de dix ans que les sans-papiers luttent collectivement contre la situation de discrimination violente qui leur est faite, et qu'ils bénéficient d'un soutien plus ou moins actif d'une fraction de la population française, on n'a pourtant pas avancé d'un poil dans le règlement de la question ; il en va de même au niveau international.
La politique de discrimination des gens en fonction du critère de nationalité au contraire s'est ancrée dans les moeurs, et s'autorise de toujours plus de violence et même de publicité.
Les syndicats ne font toujours pas de la solidarité avec les sans-papiers et des droits égaux pour tous une lutte prioritaire, alors même qu'il est clair que la "clandestinisation" de centaines de milliers de gens les jette en masse dans les bras des pires exploiteurs et fragilise ainsi la position de l'ensemble des "vendeurs de force de travail" ; sans même parler de morale (et pourtant...), un positionnement stratégique de leur part contre cette discrimination arbitraire semblerait aller de soi.
Les collectifs et les orgas de soutien, ou de défense des droits de l'homme, dans leur grande majorité ne soulignent toujours pas que ces discriminations vont à l'encontre du principe fondamental d'égalité de tous les humains, et ni ne les attaquent alors pour ce qu'elles sont : des violations injustifiables du principe d'égalité, qui devraient déboucher sur un refus actif, ferme et engagé, de l'ensemble de la population...
Non seulement aujourd'hui on n'exige pas à haute et intelligible voix justice et égalité en exigeant des papiers pour tout le monde (ou, bien plus positif : l'absence de papiers pour tout le monde !), mais on adopte des postures de mendiants en demandant l'aumône de papiers - au motif que tel enfant devrait pouvoir finir l'école, que tel parent a son enfant dans le pays, que telle personne participe généreusement de l'économie nationale ou de la vie de quartier, etc. En essayant pathétiquement de montrer patte blanche... On part ainsi vaincus d'avance. On reconnaît en quelque sorte la légitimité de ces discriminations en ne les attaquant pas de front, en biaisant, en cherchant à ne jouer que sur l'émotion...
A l'encontre de cette situation, nous mettons en ligne à nouveau une initiative qui date de plus de dix ans déjà, mais qui à l'époque n'avait pas rencontré grand succès, et qui pourtant nous semble fondamentale.
Voyez plutôt ci-dessous le Manifeste, et n'hésitez pas à le diffuser, à vous en faire les porte-parole, à le faire adopter par vos orgas, assos et collectifs, à créer des comités locaux contre les discriminations national(ist)es... à ouvrir dans la population le débat de fond sur l'injustifiabilité de cet apartheid moderne, à oeuvrer au lancement d'une campagne pour l'abolition de ces lois !
(Vous trouverez le Manifeste ci-dessous en ligne, en différentes langues, sur : http://www.apartheid-international.org/ . Certaines traductions sont en cours et nous n'avons fait que commencer à inscrire les signataires, individus ou collectifs)
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Manifeste pour l'abolition de l'apartheid international Le principe éthique et politique d'égalité de tou-tes les individu-es de l'espèce humaine est aujourd'hui reconnu par presque tou-tes. Il est admis quasi universellement que toute discrimination entre individu-es humain-es basée sur un critère arbitraire est injuste et doit être abolie.
Depuis la fin de l'apartheid interracial en Afrique du Sud, plus aucun état ne pratique ouvertement la discrimination entre humain-es en fonction du critère arbitraire de la couleur de la peau. Aujourd'hui, cependant, un autre critère tout aussi arbitraire reste admis et appliqué par presque tous les états du monde. Le fait pour un-e individu-e humain-e de naître en un lieu plutôt qu'en un autre, de parents d'une nationalité plutôt que d'une autre, et donc, de posséder elle ou lui-même une nationalité plutôt qu'une autre, résulte du hasard, et ne peut pas être accepté comme critère non arbitraire de discrimination.
En fonction de ce critère arbitraire de nationalité, les états accordent ou refusent aux individu-es humain-es le droit de séjourner sur leur territoire, ainsi que l'accès aux avantages sociaux dont bénéficient les nati-f-ves. Cette discrimination arbitraire, tout comme l'apartheid interracial en Afrique du Sud, ne serait qu'une curiosité absurde mais relativement bénigne s'il n'en résultait qu'une simple séparation. Or la réalité de fait du monde d'aujourd'hui est marquée par l'existence de vastes zones dont les habitant-es, en majorité, vivent dans un état de misère prononcée et subissent une mortalité élevée; et d'autres zones dont les habitant-es bénéficient de conditions sinon toujours bonnes, du moins considérablement meilleures que celles qui sont la règle dans les régions pauvres. Le refus de permettre à certain-es individu-es sur la base de leur nationalité de séjourner dans les pays riches représente de fait, tout comme l'apartheid interracial, un refus arbitraire d'accorder à certain-es des avantages souvent vitaux accordés à d'autres.
Nous reconnaissons par conséquent comme gravement contraires au principe éthique et politique d'égalité des personnes humaines les lois et règlements des états, et en particulier des états des zones riches, qui interdisent l'entrée et le séjour sur leur territoire à des individu-es en fonction de leur nationalité. Nous exigeons l'abolition de cet apartheid international, et nous exigeons que soient prises toutes les mesures appropriées pour rendre effective cette abolition dans le délai le plus bref.
En application du principe éthique et politique d'égalité des personnes humaines, nous reconnaissons comme illégitimes ces lois et règlements. Nous exigeons leur abolition et nous exigeons que tout être humain, indépendamment de sa nationalité, puisse séjourner sur le territoire de tout état et bénéficier de façon égale de tous les avantages dont bénéficient ses ressortissant-es.
Nous nous déclarons non tenu-es de respecter ces lois illégitimes, et prêt-es, le cas échéant, à les transgresser, et à aider autrui à les transgresser.
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Explications des initiateurs du Manifeste
Une radicalité indispensable Le texte du Manifeste pour l'abolition de l'apartheid international appelle à un changement important par rapport à l'état actuel des choses. Cette radicalité est cependant nécessaire. On ne peut, par exemple, reprocher aux agent-es de l'état de contrôler et d'expulser les immigré-es tout en approuvant les lois qui fondent ces mesures. On ne peut exiger la régularisation des sans-papiers déjà en France tout en acceptant la fermeture des frontières à qui n'a pas eu la chance ou l'habileté de traverser les mailles du filet.
Surtout, on ne peut se dire partisan-e de l'égalité humaine tout en acceptant que le critère arbitraire de la naissance continue à peser aussi lourdement sur le sort des individu-es. On ne peut condamner le cramponnement passé de la population blanche d'Afrique du Sud à l'apartheid sans remettre en question notre propre soutien à un autre apartheid, à l'apartheid qui nous arrange.
L'éthique : une base nécessaire à l'action politique Le Manifeste se fonde sur un raisonnement éthique clair et rationnel accepté, en théorie, par presque tou-tes dans nos sociétés : qu'il est arbitraire, et injuste, de privilégier un-e individu-e par rapport à un-e autre s'il n'existe pas de différence pertinente entre les deux. Or la clarté des fondements éthiques est une condition nécessaire à l'action politique.
L'éthique n'est aucunement une condition suffisante à l'action politique, comme en témoigne la longueur de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud. Mais la conscience claire de la justesse de cette cause a été, de toute évidence, un facteur déterminant dans sa victoire. Sans base éthique, par contre, la lutte politique est sans boussole. Le désir de justice qui habite tout-e un-e chacun-e, s'il n'ose pas se déclarer clairement, est amené à se réfugier dans une attitude défensive de pureté personnelle - « Ne demandez pas à moi de dénoncer les étrangers ! » - voire à dépérir. Ce n'est pas un hasard si maintenant une majorité des Français-es se déclarent un peu ou beaucoup racistes.
Aujourd'hui, pourtant, quelques voix commencent à s'élever et à réclamer la libre circulation mondiale des personnes. Cette exigence ne paraît plus purement idéaliste. La lutte sera longue ; ce manifeste a pour vocation d'en renforcer les bases.
Le sort du Manifeste
Ce manifeste ne sera pas présenté aux députés ou à un ministre ; ceux-ci voteront et appliqueront des lois justes quand la population voudra des lois justes.
L'interlocuteur de ce texte, c'est l'ensemble de la population, de France ou d'autres pays, "développés" ou non. Concrètement, cela implique le recueil du plus possible de signatures suivi de leur publication dans la presse, à titre gratuit ou payant. Cela implique aussi la traduction du manifeste dans d'autres langues et sa diffusion et publication hors de France. Ce travail et le recueil des éventuels fonds nécessaires à l'achat d'espace dans la presse sera la tâche des Comités pour le soutien au Manifeste.
Cette initiative n'a évidemment pas pour but de chapeauter quelque lutte que ce soit ; elle espère simplement apporter sa pierre à l'édifice des luttes en cours, en permettant de se réapproprier un discours offensif.
Dans une logique de multiplication de mes pages internets, j'ai ouvert une nouvelle adresse où vous pourrez désormait lire mon blog.
http://mutagene.blogspot.com/
Si vous considérez que les idées, que j'exprime là, vallent la peine de circuler aidez moi donc à faire connaître cette page. En espérent contaminer le plus de cervelles possible pour nous donner enfin les moyens de foutre ce monde en l'air une bonne fois pour toute.
Text by Anya (see her MySpace and become her friend, you must know her!!!) about our visit in a very special Indian temple...
As we were riding on the train and then the endless crowded bus, Biju announced that as non-Hindus, we would not be allowed to enter but we can "watch from outside." It was too late to go back, so I was like whatever... On arrival to the temple, we went to the executive officer, who questioned me in a stern voice, what was the purpose of my research. I mumbled some anthropological mumbo-jumbo, which was followed by a heated exchange in Malayalam between the officer and Biju. "Only watch." Hmmm. The officer said that we're not going to understand anything if we "only watch," to which we readily nodded. Finally, having declared that we cannot enter inside but we can watch from outside the auxilliary smaller gates - "and absolutely no photos" [sigh]. The monsoon rain was just intensifying as we huddled by the narrow temple gate. The only visible thing was that of one of the shrines close to the gates, where some devotees walking around the temple occasionally approached. We noticed a couple of women dressed not in the usual saris but in simple dresses, looking like night gowns of sorts, with their long black wet hair undone. One woman walked in jerky movements, another was running around and occasionally doing jumps. One was rolling her eyes wildly. She was soon led to the altar, where a fire was burnt for her, which she put out three times with her bare hands. "These are mental patients who hope to get possessed to cure their illnesses," explained Biju. They strongly believe that the Devi, the Goddess who is believed to reside in this temple, has the powers to exorcize their demons. Some people stay for days, some for weeks and some for months, getting possessed every day, hoping to get better. Most stay in the lodge adjacent to the temple while some sleep near the entrance to the temple, lying down on a newspaper spread on the cobble stone ground. In the meanwhile, something was going on inside the temple, but we could barely make out some vague sounds of temple music and priests chanting. Soon the people dissolved, and it looked like the ceremony was over. "Normally much more people here," Biju said apologetically. "It's maybe because of rain." As a Hindu, Biju was able to enter the gate and soon disappeared somewhere inside the temple grounds, as Wlad and I were getting more and more soaked with pouring rain. Suddenly, we heard music approaching and a colorful procession marched right in front of us. There were trumphet players and drummers while in the middle of everything walked an gigantic elephant with a priest on top of it holding what must have been the main Devi (Goddess) image of the temple. The elephant, moving as if in slow-mo with the enourmous chains around his legs and body, was the last thing I expected to see at this seemingly low-key temple. It looked out of this world. "I thought it was Ganesh in person," Wlad whisphered in my ear. Several dozen of devotees walked behind, some of the women we have seen before with undone hair, jumping and splashing in the pools of water. The procession marched around the temple several times and disappeared as suddenly as it came up. After this, nothing much was happening anymore near the temple gates. There was definitely some activity going inside, but it was out of bounds for us. I really wanted to return to our dingy guest house, but Biju was nowhere to be found. It also kept pouring and I was getting angry at myself and Biju - it was obvious from the beginning that we wouldn't be allowed to enter the temple, as is the case with almost all important temples in Kerala. It was silly to even hope it would be otherwise. Even this medical anthropology professor, who was working with mental patients in this temple for a while, was only able to interview patients afterwards and also had to watch everything from outside the gates, as Biju mentioned to us before. I was ready to give up, go back to the hotel and get dry, but I was strangely pulled towards this uninviting dark place, staring emptily into the drops falling into the dark pools of water slowly engulfing the emptiness behind the narrow gates. All of a sudden, I saw Biju appear from the darkness, heading towards us. "Come on, quickly, get in," he shouted excitingly. "I have no idea why but the priest has just agreed to let you watch the ritual. Hurry up, they usually never let Westerners in. You have incredibly good luck." I could not believe it. Why me?? Not finding an answer to this question, we rushed in following Biju around the temple and down some steps. The temple territory turned out to be huge, extending way beyond what we could imagine peeking from outside the gates, with many courtyards, flights of stairs, countless smaller shrines and other premises. Finally, we reached the bottom of the stairs and found ourselves in a dimly lit courtyard near the large shrine. The courtyard was full of people who were crowding outside the low metal fence, which enclosed a band of priests with drums, trumphets and other musicial instruments. As in all temples, all men were bare-chested, and Wlad and Biju hurriedly pulled off their shirts. There was a big square dug-out hole in the middle of the courtyard, where one priest was installing a large torch on a stick. Other priests were getting ritual paraphernalia together, lighting oil lamps and preparing powders. In the corner of the courtyard was a huge crooked banyan tree. Straining my eyes in the darkness, I saw something reminding iron support rods, sticking out from the tree, that made it look like a porcupine. On close inspection, it turned out that these were multiple huge rusty nails, which held ... Barbi-like plastic dolls, nailed to the tree. There was a wide variety of these dolls, some looking exactly like Barbi, some slightly different, some blond, some dark-haired, some sexy, some not so much... The only thing they had in common was that they were all girl dolls, many still in their transparent plastic bags nailed to this tree with enourmous rusty nails. It was completely spooky and surreal. In the meanwhile, the band started playing and the devotees started singing the temple mantra. As they sang it, repeating "Devi Narayana" in multiple fashions, I observed several girls, some of whom, in plain dresses, I have seen before. They have been singing ecstatically, bordering on hysteria, with rolled eyes, swinging to the intensifying music. This was going on for quite a long time, I was getting a bit tired... Suddenly the music stopped. Most people stopped singing, but some women continued chanting very loudly without music. I looked at the priests and they looked quite annoyed, it seemed as if they were saying, all right, that's enough. The women nevertheless continued singing the mantra, louder and louder. Suddenly, the band started playing again, but this time only the drum roll on the tablas. The singing has stopped, and many women started getting possessed, which was expressed first by jerky movements and then, a few minutes later, there was already a whole bunch of women with wild loose hair (and a couple of men) who were dancing to the deafening drum beat. They were swirling around, rolling on the ground and sometimes jumping into the rest of the "audience" who retreated in fear. Some of the women were held by their supposed relatives, one was fighting with a baldish stocky man who tried to hold her, but she set loose every time, screaming and running around the courtyard. It reminded me one of a punk show slam, only that it was much more intense and violent. Some people rolled on the pavement, some jumped around like mad lit by dancing flames of the oil lamps. Others reminded me more of a "burning man" or rave trance-dancing, I swear, the moves these night-gown clad Indian rural women were producing could do well at a rave party or a burners' gathering. One plump girl in a white night gown dress was raising her hands in the air making what in our culture is known as a "devil" sign formed with the index and little fingers of both hands. The "slam" was going on for an awful long, people retreated in waves, moved closer, then retreated again as one of the possessed women jumped too close to the crowd. I got pushed somewhere in the back, so I climbed the base of a column right next to the nailed tree and was looking above everyone's heads. My neck was getting tired from trying to follow what different possessed devotees and various priests were up to as everything and everyone was moving in all directions. In the meanwhile, the ritual went into the next stage - it was naturally a highly choreographed event with rules about which I have to idea at the moment. As the drumbeat intensified, one priest reclined an enourmous brass round jar and started pouring a dark red liquid into the rectangular ditch with a lit torch in the middle. After emptying one jar, there appeared another one, then another one and one more - I haven't noticed them before and I still have no idea where these jars were coming from - but the priest methodically kept pouring out the red liquid, which looked too much like human blood, into the ditch at least for half an hour without stopping to a drum beat culminating in a dramatic crescendo. I was getting completely zoned out, my attention wandered from the bloody-colored liquid to the esctatic devotees to the drummers, as suddenly everything stopped. The possessed women were mostly on the ground surrounded by their relatives. Few minutes later, people started dissolving, formely possessed women limped away with the help of the relatives and soon there were just us and a few curious Indians in the courtyard, who stared at Wlad's tatoos and tried to strike a conversation. We slowly brushed them off and dragged to our logde. Next day, as we were riding the bus and then the train to Kochi, our next destination, I read in one of my books that there's a custom of a priest driving the nail into a wooden column to signify that the evil spirit of a possessed patient has been permanently nailed. There was nothing about the Barbi dolls... I will have to do some research on it after I get back to the US.